Alliance canadienne pour le vote des femmes du Québec

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L'alliance canadienne pour le vote des femmes du Québec (ACVFQ), fondé en 1927 par Idola Saint-Jean, est une organisation féministe militant pour les droits civils et politiques des femmes, dont principalement le suffrage féminin au Québec[1]. L’alliance se situe dans la première vague féministe[2].

Fondation de l’Alliance[modifier | modifier le code]

Idola Saint-Jean fut un membre fondateur du Comité provincial pour le suffrage féminin (CPSF). En 1927, elle quitte le Comité et crée l’Alliance canadienne pour le vote des femmes du Québec. Son départ est dû à trois principaux désaccords avec le CPSF : certains membres du comité comme Thérèse Casgrain sont trop affichés en faveur du Parti Libéral du Québec, le Comité n’est pas assez actif et il est composé de trop de femmes issues du milieu bourgeois[3],[1].

Les enjeux et valeurs défendus par l’Alliance[modifier | modifier le code]

L’alliance canadienne pour le vote des femmes du Québec défend l’égalité juridique et civile entre les hommes et les femmes; lutte pour le suffrage féminin et l’autonomie financière des femmes; militent pour l’individualité des femmes; dénoncent le double standard homme-femme (comme celui sur l’adultère) ; revendiquent l’équité salariale et que toutes les professions soient ouvertes aux femmes, etc. L’ACFVQ a une vision très égalitaire de la relation homme-femme (en contradiction avec les féministes maternaliste très présente au début du XXe siècle)[4],[5].

En créant l’alliance, Idola Saint-Jean veut fonder un regroupement féministe indépendant. L’ACVFQ soutient quiconque militant pour le droit de vote des femmes sans accorder de préférence à un parti politique. De plus, la culture prend une place très importante au sein de l’alliance. L’ACVFQ crée des pièces de théâtre, des conférences sur l’histoire des femmes, des cercles de lecture, une bibliothèque, etc. pour permettre aux femmes de s’éduquer davantage[1]. D’ailleurs, l’alliance se veut inclusive auprès des femmes ouvrières[3].

Lutte pour le suffrage[modifier | modifier le code]

Diverses actions sont entreprises par l’alliance pour militer pour le droit de vote pour les femmes du Québec qui est obtenu seulement en 1940 (alors qu’au Canada, les femmes peuvent voter depuis 1918). De 1927 à 1938, l’ACVFQ envoie une délégation pour assister au projet de loi présenté annuellement à l’Assemblé national sur le suffrage féminin. Un pèlerinage est organisé, chaque année, qui consiste à faire une marche jusqu’à l’hôtel du parlement pour, ensuite, assister au débat sur le suffrage[6].

L’alliance rencontre à plusieurs reprises des politiciens pour revendiquer le suffrage féminin. Par exemple, en 1927, l’alliance déclenche une audience avec le premier ministre Taschereau. Une centaine de féministes de diverses organisations y seront présentes. La même année, Idola Saint-Jean et d’autres membres de l’alliance rencontre le premier ministre du Canada, mais ce dernier refusant d’excéder sa juridiction, n’apporte pas grande aide aux suffragistes québécois[1].

En 1939, le premier ministre Duplessis permet aux suffragistes dont l’Alliance de défendre leur cause devant le Comité des bills publics de l’Assemblée législative pour la première fois[7]. L’alliance y participe et Idola Saint-Jean y fait un discours utilisant les fondements de la démocratie et les droits de la personne pour défendre le suffrage féminin[1].

En plus des actions nommées plus haut, d’autres mesures sont prises pour obtenir le droit de vote comme l’organisation de manifestation, la distribution de dépliants, la création de diverses pétitions, la participation à des émissions de radio et la publication dans des revues comme « La sphère féminine » pour partager leur revendication et éduquer la population[1],[8].

En 1940, les femmes du Québec obtiennent, enfin, le droit de vote[6]. Le 26 avril, l’Alliance canadienne pour le vote des femmes du Québec organise un évènement à l’auditorium de Montréal pour célébrer cette nouvelle. 5000 ouvrières y acclament et y applaudissent Idola Saint-Jean[1].

Lutte pour d’autres enjeux[modifier | modifier le code]

En 1929, le premier ministre Taschereau instaure une commission d’enquête sur les droits civils des femmes, la commission Dorion. L’alliance canadienne pour le vote des femmes du Québec y apporte sa contribution en proposant des suggestions de réformes. Même si certaines féministes considèrent qu’elle ne va pas assez loin, la commission apporte quelques changements. Par exemple, dorénavant les femmes mariées peuvent toucher leur salaire et le dispenser comme elles le veulent[9],[10].  

Tout au long de son existence, l’alliance organise, aussi, des consultations juridiques pour ses membres, particulièrement utilisées pour régler les problèmes conjugaux[4].

Relation entre la Ligue des droits de la femme et l’Alliance canadienne pour le vote du Québec[modifier | modifier le code]

La ligue des droits de la femme et l’Alliance canadienne pour le vote du Québec sont les deux principales organisations qui ont militées pour le droit de vote au Québec jusqu’à la fin. Elles collaborent à de nombreuses reprises pour le suffrage au Québec (comme ce fut le cas pour les pèlerinages jusqu’à l’assemblé national)[5], mais parfois leur relation est tendue. En effet, Idola Saint-Jean critique certaines actions des membres de la Ligue comme le choix de Thérèse Casgrain d’envoyer des fleurs au premier ministre Taschereau pour sa fête[1]. Tandis, que cette dernière considère qu’en créant l’alliance, Idola divise les forces des suffragettes[4].

Fin de l’alliance[modifier | modifier le code]

En 1941, l’ACVFQ devient l’Alliance canadienne des électrices du Québec[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h et i Marie Lavigne et Michèle Santon-Jean, Idola Saint-Jean L'insoumise, Montréal, Boréal, , 382 p.
  2. « Le féminisme québécois », sur http://collections.musee-mccord.qc.ca (consulté le 24 novembre 2018)
  3. a et b « Les pionnières », sur https://ici.radio-canada.ca (consulté le 24 novembre 2018)
  4. a b et c Diane Lamoureux, Citoyennes ? femmes, droit de vote et démocratie, Montréal, Éditions du Remue-Ménage,
  5. a et b Yolande Cohen et Hubert Villeneuve, « La Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, le droit de vote et l’avancement du statut civique et politique des femmes au Québec », Histoire sociale/Social history,‎
  6. a et b Denyse Baillargeon, « Les Québécoises et le vote », Bulletin d’histoire politique,‎
  7. Alexandre Dumas, « Le droit de vote des femmes à l’Assemblée législative du Québec (1922-1940) », Bulletin d'histoire politique,‎
  8. « Droit de vote et d'éligibilité des Québécoises », sur https://www.electionsquebec.qc.ca (consulté le 24 novembre 2018)
  9. Micheline Dumont, Marie Lavigne, Michèle Stanton et Jennifer Stoddart, L’Histoire des femmes au Québec depuis quatre siècles, Montréal, Collectif Clio,
  10. « Dépôt du rapport de la Commission d'enquête sur les droits civiques des femmes au Québec », sur http://bilan.usherbrooke.ca,