Fable de la grenouille

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Une grenouille dans l'eau

La fable de la grenouille relate une observation supposée concernant le comportement d'une grenouille placée dans un récipient contenant de l'eau chauffée progressivement. Elle vise à mettre en garde contre une accoutumance ou habituation conduisant à ne pas réagir à une situation grave.

Si l'on plonge subitement une grenouille dans de l'eau chaude, elle s'échappe d'un bond ; alors que si on la plonge dans l'eau froide et qu'on porte très progressivement l'eau à ébullition, la grenouille s'engourdit ou s'habitue à la température pour finir ébouillantée.

Ce récit presque entièrement fictif insinue que, lorsqu’un changement s’effectue d’une manière suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite ni réaction, ni opposition, ni révolte. Les phénomènes d'adaptation, généralement bénéfiques à l'individu et aux sociétés, se révélent finalement nocifs.

Usages de la fable[modifier | modifier le code]

Roger Donaldson s'en sert en 1997 dans le film catastrophe Le Pic de Dante dont le sujet est le réveil d'un volcan avec de plus en plus de signes alarmants mais dont les autorités ne se soucient guère car ils sont progressifs.

Cette fable sert en 1999 dans un essai de management[1], puis en 2005 dans un recueil de fables commentées, à intention plus large de sagesse pratique[2].

Al Gore l'utilise en 2009 dans le film Une vérité qui dérange pour illustrer la manière dont l'humanité court à sa perte si elle ne réagit pas au lent réchauffement climatique de la planète.

Origines et controverses[modifier | modifier le code]

Les origines de cette fable peuvent être trouvées dans la littérature physiologique du XIXe siècle.

En 1869, le physiologiste allemand Friedrich Goltz, se livrant à des expériences sur la sensibilité nerveuse, montra qu'une grenouille décérébrée restait inerte lorsque la température de son eau augmentait, tandis qu'une grenouille intacte cherchait à s'échapper quand la température atteignait 25 °C.

Un article coécrit par G. Stanley Hall en 1887 évoque de nombreuses expériences sur des grenouilles dans les années 1870 et 1880, dans le but de tester la rapidité de réaction de leur système nerveux, le changement de température faisant partie de ces stimulateurs[3].

Une source de 1897 cite une expérience accomplie en 1882 à l'institut Johns-Hopkins: « Une grenouille vivante peut en fait être bouillie sans qu'elle bouge si l'eau est chauffée assez lentement ; dans une expérience, la température a été augmentée de 0,002 °C par seconde, et la grenouille fut retrouvée morte après 2 heures 30 sans avoir bougé »[4]. La température avait augmenté de 0,002 × 60 × 150 = 18 °C. Si les données sont exactes, la cause de la mort n'est pas l'ébouillantement.

En 2002, le Dr Victor H. Hutchison, professeur émérite de zoologie à l'université d'Oklahoma, a réalisé des expériences pour confirmer ces écrits, mais en se permettant de modifier les paramètres initiaux : dans celles-ci, la température a été augmentée de 2 °F. par minute (ou 0,019 °C par seconde), ce qui représente une augmentation 10 fois supérieure à celle des expériences de 1882[5] sur la grenouille plongée dans de l'eau portée lentement à ébullition. Résultats : la grenouille devient de plus en plus active et tente de s'échapper, en sautant éventuellement si le conteneur lui permet. Le Dr H. Hutchison déclara : « La légende est totalement incorrecte[6],[7],[8] ».

Hors sujet mais non sans humour, le professeur Doug Melton du département de biologie de l'université de Harvard dit quant à lui que « Si l'on plonge une grenouille dans de l'eau bouillante, elle ne s'échappera pas. Elle mourra. Si on la met dans de l'eau froide, elle s'échappera avant qu'elle n'ait chaud — les grenouilles ne restent pas assises tranquillement pour vous[9] ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Debaig et Luis María Huete (trad. de l'espagnol, préf. Brigitte de Gastines), Le paradoxe de la grenouille : rompre avec les paradigmes dominants pour créer de la valeur [« Hacia un nuevo paradigma de gestion : por qué algunas empresas rompen sus mercadores y se convierten en formidables competitores »], Paris, Dunod, (ISBN 2100044826)
  2. Olivier Clerc, La grenouille qui ne savait pas qu'elle était cuite… et autres leçons de vie, JC Lattès, (présentation en ligne).
  3. G. Stanley Hall and Yuzero Motora, « Dermal Sensitiveness to Gradual Pressure Changes » American Journal of Psychology 1, No. 1. (1887): 72-98, on 72-73.
  4. Edward Scripture, The New Psychology (1897): page 300. The original 1882 experiment was cited as: Sedgwick, « On the Variation of Reflex Excitability in the Frog induced by changes of Temperature », Stud. Biol. Lab. Johns Hopkins University (1882): 385.
  5. Véracité scientifique
  6. Victor H. Hutchison - Department of Zoology, University of Oklahoma
  7. (en) « The legend of the boiling frog is just a legend » by Whit Gibbons, Ecoviews, 18 novembre 2002, consulté le 6 janvier 2008
  8. « Slow Boiled Frog » Snopes.com, consulté le 2 juin 2009.
  9. (en) « Next Time, What Say We Boil a Consultant », Fast Company,‎