Adolphe (roman)

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Adolphe
Image illustrative de l'article Adolphe (roman)
Édition Charpentier, 1842

Auteur Benjamin Constant
Pays Drapeau de la France France
Genre Roman de mœurs et d’analyse
Titre Anecdote trouvée dans les papiers d’un inconnu
Éditeur Treuttel et Würtz
Lieu de parution Paris
Date de parution 1816

Adolphe, anecdote trouvée dans les papiers d’un inconnu, puis publiée est un roman de Benjamin Constant publié en 1816.

Résumé[modifier | modifier le code]

Adolphe raconte l'inexorable décomposition d'une relation amoureuse. Après avoir séduit Ellénore par vanité plus que par amour, suivant une pulsion que l’on peut interpréter selon la théorie de René Girard comme un « désir mimétique »[interprétation personnelle], Adolphe ne parvient ni à rompre ni à aimer. Son indécision, entre sincérité et mauvaise foi, ainsi qu’une sorte de sadisme mêlé de compassion, précipiteront la course à l’abîme de ce couple fatal. Échappé comme par mégarde de la plume de Constant pour se divertir de ses déboires sentimentaux avec Charlotte de Hardenberg et Madame de Staë (c'est une certaine conception de la genèse du texte)[interprétation personnelle], Adolphe est plus qu’une simple anecdote. C’est un chef d’œuvre[interprétation personnelle] du roman d’analyse : une « histoire assez vraie de la misère du cœur humain »[1].

Le récit commence par une mise en place spécifique[interprétation personnelle] : une première instance narrative, « l'éditeur-auteur », précise les conditions d’une rencontre, dans une auberge de Sicile, avec un inconnu décrit comme le type même du mélancolique. Nous sommes censés lire le manuscrit que ce dernier aurait abandonné après un départ précipité. Le récit proprement dit commence alors à la première personne. Après avoir décrit les relations distantes qu’il entretient avec son père, Adolphe nous raconte qu’il quitte Göttingen pour se rendre dans une autre ville allemande, où il se mêle aux courtisans d'une petite cour princière. Il s’y fait délibérément une réputation de « légèreté, de persiflage et de méchanceté ». Pour remplir un vague besoin d'être aimé, il séduit une femme de dix ans son aînée, très belle mais socialement déchue. Cet amour naissant court au don de mercy mais l'union des amants se dégrade très vite : « Ce n'étaient pas les regrets de l'amour, c'était un sentiment plus sombre et plus triste ; l'amour s'identifie tellement à l'objet aimé que dans son désespoir même il y a quelque charme... ». Inquiet de voir son fils compromettre de belles espérances de carrière, le père d’Adolphe lui ordonne de le rejoindre ; mais Ellénore est prête à tout sacrifier, enfants, fortune et protection, pour garder son jeune amant auprès d’elle. Le jeune homme se soumet à sa maîtresse, lié par un don si exorbitant ; mais il se détache d'elle, et même, il s'aperçoit avec horreur qu'il ne l'a jamais véritablement aimée.

Habile à le dissimuler, il reste avec Ellénore laquelle ne tarde pas à comprendre qu'elle ne lui est plus rien. Ne parvenant pas à rompre, les amants prennent la fuite et se fixent à Caden, ville de Bohème où Adolphe rencontre un ami de son père, le baron de T***. Ce dernier lui représente toute l’impasse de sa situation et qu’Ellénore n’est qu’un obstacle entre toutes les voies de la carrière et lui. Adolphe répond par les plus vives protestations d'amour et de fidélité à l'égard de sa maîtresse. Il finit par prendre la résolution de rompre et pour mieux s'y tenir il l'écrit dans une lettre qu’il adresse au Baron. Celui-ci ne laisse pas de la faire parvenir à Ellénore. Terrassée d’affliction, elle meurt peu après. Loin d'être libéré, Adolphe mène à partir de là une existence morne et désespérée qu’il traîne jusqu'à Cerenza où nous le trouvons au début du roman. En guise d'épilogue, un correspondant anonyme adresse à l'éditeur une lettre explicative dans laquelle il l'incite à publier le manuscrit : « L'exemple d'Adolphe ne sera pas moins instructif, si vous ajoutez qu'après avoir repoussé l'être qu'il aimait, il n'a pas été moins inquiet, moins agité, moins mécontent ; qu'il n'a fait aucun usage d'une liberté reconquise au prix de tant de douleurs et de tant de larmes ; et qu'en se rendant bien digne de blâme, il s'est aussi rendu digne de pitié ». Le roman s'achève par une réponse morale de l'éditeur qui accepte la publication et condamne l'attitude du héros : « chacun ne s'instruit qu'à ses dépens... Les circonstances sont bien peu de choses, le caractère est tout... »

Personnages principaux[modifier | modifier le code]

Adolphe[modifier | modifier le code]

Adolphe est un jeune homme âgé de vingt-deux ans au début du récit. Il vient d’achever ses études à l’université de Göttingen. C’est un garçon d'une intelligence supérieure et qui se prépare à embrasser une brillante carrière. Il se montre cependant très désabusé et il n’hésite pas à manifester en public une humeur des plus caustiques. Il a en effet reçu une éducation très spéciale, loin de son père et sous l’influence d’une vieille dame très spirituelle et toute pleine d’ironie mordante. Le roman, qui se présente sous la forme d'une confession, s'énonce dans un style dépouillé, comme si le jeune homme « tout en ne s'intéressant qu'à soi, ne s'intéressait que faiblement à lui-même », pour reprendre la célèbre formule constantienne.

Une composante essentielle de la psychologie du personnage se trouve dans ce que l'on a trop rapidement interprété comme de la "lâcheté". En vérité, c’est une suspension de sa capacité d'action dont la source est une sensibilité toute pure. Malgré son désir d’être parfaitement honnête, Adolphe est incapable de dévoiler la véritable nature de ses sentiments pour Ellénore car il a peur de la faire souffrir. Paul Delbouille appelle cela sa « religion de la douleur[2] ». Une telle disposition d'esprit se mêle à l'aristocratisme du personnage : c'est par orgueil qu'Adolphe se fait un devoir de séduire Ellénore. De ce point de vue, on peut le rapprocher du héros de Stendhal dans Le Rouge et le Noir ; à ceci près que Julien Sorel tombe effectivement amoureux de Mme de Rênal : Adolphe n’est pas véritablement amoureux d’Ellénore. Dans la lignée des personnages de Crébillon[3] ou des héros du roman libertin du XVIIIe siècle[3], le héros constantien se révèle parfaitement froid sous le masque de la passion.

Ce qui ajoute encore à la spécificité d’Adolphe, c’est l'exceptionnelle lucidité que manifeste sa confession : le "héros-narrateur" adopte en permanence un certain recul par rapport à la situation qu’il raconte. Plus exactement, il adopte continûment un double point de vue : celui du narrateur et celui du personnage. Ce « double registre », selon l’expression de Jean Rousset[4], est l’effet de la narration postérieure. Adolphe est aussi le narrateur du roman. Par conséquent, il colore son récit de toute une subjectivité : tout ce que nous savons de lui, c’est lui-même qui le dit. Il en va de même s’agissant des autres personnages, dont l’image est rendue presque exclusivement de son point de vue.

Adolphe est souvent considéré à tort comme un héros romantique[5]. Il faut reconnaître que la « lâcheté » qui le paralyse ressemble au « vague des passions » ou au « mal du siècle » Toutefois, Adolphe est moins mélancolique qu’en proie à une « dualité d’intentions ». Ce n’est pas qu’il manque d’énergie. C’est seulement qu’il est pris dans une sorte de fatalité. Il est parfaitement lucide quant à sa situation mais il ne parvient pas à s’en libérer. Cette psychologie est finalement beaucoup plus proche de celle des héros raciniens.

Ellénore[modifier | modifier le code]

Ellénore est le personnage féminin du roman. Belle aristocrate d'origine polonaise exilée en France, elle est la "grande amoureuse" d’Adolphe. C’est l'une des plus belles figures féminines de la littérature. La critique constantienne a voulu retrouver en elle la transposition littéraire d’Anna Lindsay, une belle anglaise avec laquelle Constant a eu une courte aventure. Nul doute que Germaine de Staël a également inspiré la composition du personnage. Du point de vue littéraire, Ellénore est le type la femme de trente ans dévorée par la passion amoureuse. On peut en faire une autre interprétation et la regarder comme l’une des allégories de la fatalité qui pèse sur Adolphe. Certes, l’héroïne est elle-même victime de la fatalité (fatalité de la passion, fatalité sociale, fatalité des circonstances) mais elle apparaît bien plus comme une « élue du destin » pour porter malheur à Adolphe. À cet égard, un trait frappant chez l’héroïne est son évolution. « Elle [Ellénore] était douce, elle devient impérieuse et violente. » En effet, de victime de la société, elle devient geôlière de son amant et va exercer sur lui une violente tyrannie. Un passage significatif de cette emprise se trouve au chapitre IV, lorsqu’elle annonce à Adolphe son intention de rompre avec le comte de P*** :

« […] si je romps avec le comte, refuserez-vous de me voir ? Le refuserez-vous ? Reprit-elle en saisissant mon bras avec une violence qui me fit frémir. […] »

Et lorsque le jeune homme tente d’émettre une objection :

« Tout est considéré, interrompit-elle. […] Retirez-vous maintenant, ne revenez plus ici. »

En vérité, Ellénore n’a pas besoin d’être si impérieuse. Adolphe est un jeune homme sans expérience qui ne sait pas ce qu’il attend d’une amante conquise avec inconséquence. Il n’imaginait pas l’« avidité » de cette femme de trente ans qui voit sa dernière chance de connaître la passion. Ellénore a bien compris que son amant ne pouvait supporter de la voir souffrir. Elle tire de ses protestations de douleur tout l’empire qu’elle exerce sur lui. Voici un exemple de l’effet produit sur Adolphe par ce spectacle de la douleur d’Ellénore :

« En parlant ainsi, je vis son visage couvert tout à coup de pleurs : je m’arrêtai, je revins sur mes pas, je désavouai, j’expliquai. »

On ne peut manquer de noter que l’extériorisation de cette douleur (teint pâle, visage qui se défait, larmes) revient comme un leitmotiv dans le roman. Enfin, la mort même de l’héroïne est tyrannique : elle laisse à Adolphe toute l’amertume de la culpabilité. Elle lui enlève sa dernière chance de retrouver une dignité dans la rupture à laquelle il s’était enfin résolu. On ne peut pas faire le procès d’une morte. Adolphe se retrouve donc accablé de tous les reproches. Il n’a plus qu’à errer sans but. Ellénore n’a pas seulement tyrannisé son amant dans la vie. Elle se l’est éternellement attaché dans la mort.

Subtilement impliquée par une narration focalisée, cette interprétation du personnage d’Ellénore est préparée afin de contribuer à la stratégie d’autodisculpation du héros-narrateur.

Le baron de T***[modifier | modifier le code]

Le baron de T*** est un personnage secondaire mais qui mérite une certaine attention pour le rôle décisif qu’il joue dans l’intrigue. On ne sait pas grand-chose de lui, aussi bien sur le plan physique que psychique. C’est un homme de morale et en tant qu’ami du père d’Adolphe, il est chargé de réorienter le fils sur le bon chemin. Il intervient à la fin du récit comme le seul en mesure de faire évoluer l’intrigue. Cette intervention révèle que les deux personnages d’Adolphe et d’Ellénore se sont enfermés dans une situation tellement inextricable qu’il faut introduire dans ce huis-clos un élément extérieur pour dénouer l’intrigue.

Thèmes[modifier | modifier le code]

Adolphe pose la question fondamentale de la responsabilité en matière amoureuse[6]. L’une des phrases les plus connues du roman claque comme une sentence sans appel :

« La grande question dans la vie, c’est la douleur que l’on cause, et la métaphysique la plus ingénieuse ne justifie pas l’homme qui a déchiré le cœur qui l’aimait[7]. »

Mais tout le récit est orienté du point de vue d’Adolphe et résonne comme un long plaidoyer. La question de savoir si Adolphe est coupable ou non de la mort d’Ellénore est ouverte et c’est au lecteur de trancher. Ainsi Michel Charles a-t-il pu parler de la « place faite au lecteur » dans l’analyse qu’il a faite du roman.

Autre question posée par le roman, c’est celle de l’identification possible entre Adolphe et Constant lui-même. Le personnage ressemble en effet beaucoup à son créateur. L’étude de la genèse du roman fait apparaître une correspondance évidente entre l’intrigue et les vicissitudes de la relation amoureuse qu’entretenait Constant avec Germaine de Staël. La présence du « je » narratif nous conduit à privilégier la seconde piste. Ainsi a-t-on parlé d’Adolphe comme du « parapluie de Benjamin Constant », allusion aux orages de sa relation avec la talentueuse et rugueuse fille de Necker[8]. Toutefois, comme le souligne T. Todorov, l’hypothèse selon laquelle le bref roman Adolphe a été « longtemps considéré comme une autobiographie à peine déguisée » est une interprétation « devenue aujourd’hui intenable ».

Le roman apporte également un regard critique sur la société de son époque. Le début du récit rend compte de scènes mondaines qui consistent essentiellement dans un mordant persiflage. L’existence de chacun se retrouve exposée aux yeux de tous. (Cette question relative à la porosité de la frontière entre la sphère publique et la sphère privée, limite que Constant appelait du mot considérable de « liberté », était comme l’on sait l’une de ses préoccupations majeures). Le statut de « maîtresse » est vivement contesté par exemple. Mais cette réprobation morale en matière sexuelle s’exerce exclusivement à l’égard des femmes. Les hommes peuvent à bon droit s’égayer sur celles-ci comme le chasseur sur sa proie. À travers le regard ironique d’Adolphe, à travers aussi le malaise éprouvé par lui avant d’entrer dans ce « monde », la petite société décrite, surtout au début du récit, est vivement critiquée. De ce point de vue, le ton du roman est plus voltairien que « romantique ». Aussi bien cherche-t-on en vain le moindre signe d'affection entre le père et son fils. Leurs rapports sont distants et, du côté du père, uniquement placés sous le signe du conformisme : il ne se montre exigeant que sur le respect des formes qui permettent de faire « carrière dans le monde ».

Le thème de la fatalité est un thème fondamental du roman. On peut voir dans les différentes peintures qui sont faites de la société, des personnages, des circonstances, autant d’allégories de la fatalité. Il en va ainsi jusque dans la structure profonde du roman dont on a pu observer qu’elle suivait le schéma d’une tragédie. La fin catastrophique du récit est véritablement un dénouement de tragédie : Ellénore meurt de douleur amoureuse en héroïne racinienne plus qu’en martyre romantique et laisse Adolphe anéanti. Il ira « laver sa faute » dans l’exil volontaire à Cerenza tel un nouvel Œdipe

Genre de l’œuvre[modifier | modifier le code]

La brièveté de ce « roman » pousse le lecteur à s’interroger sur la catégorie générique de l’œuvre : on ne peut pas tout à fait dire qu’il s’agit d’une nouvelle mais l’intrigue est tout de même très concentrée, le style raccourci (mais brillant) et le récit presque schématique.

En premier lieu, Adolphe se présente comme l’un de ces romans-mémoires, tels qu’on en trouve abondamment dans la littérature française du XVIII siècle. Constant, que l’on considère un peu trop vite comme un auteur « romantique », a surtout été formé par sa lecture des écrivains du siècle des Lumières, dont il a d’ailleurs largement adopté le style coupé. De cette étiquette générique, plusieurs indices font foi. C’est d’abord le paratexte (note de l’éditeur, lettre, réponse) qui entoure le récit proprement dit et qui le présente comme la transcription d’un manuscrit trouvé dans la cassette d’un mystérieux voyageur. C’est aussi la technique de la « narration postérieure » où un narrateur fait après coup le récit de son expérience non sans en émailler les développements par des commentaires et des aphorismes.

D’un autre point de vue, Adolphe est un roman psychologique[9]. En effet, l’intrigue n’est pas très originale. C’est la façon dont le personnage-narrateur s’analyse, se critique et se juge qui fait tout l’intérêt du récit et lui donne sa tonalité.

Adolphe est désigné par le texte même du roman comme une « anecdote ». Il se donne donc à lire d’abord comme un court roman. Si bien que c’est presque une nouvelle. Mais une nouvelle à la manière des Nouvelles exemplaires de Cervantes, c’est-à-dire que la portée morale importe. Du reste, la visée « morale » est clairement explicitée à la fin du roman par un dispositif paratextuel qui consiste dans une correspondance entre « l’éditeur » et un mystérieux personnage ayant connu Adolphe :

« Vous devriez, monsieur, publier cette anecdote. Elle ne peut désormais blesser personne, et ne serait pas, à mon avis, sans utilité. Le malheur d’Ellénore prouve que le sentiment le plus passionné ne saurait lutter contre l’ordre des choses. […] L’exemple d’Adolphe ne sera pas moins instructif. »

— Lettre à l’éditeur

Une autre piste générique à explorer est celle du journal intime[10]. Constant est l’auteur de très remarquables « Journaux » couvrant une large partie de sa vie et de plusieurs œuvres de fiction qui se présentent comme des journaux intimes : « Ma vie » ou « Le Cahier rouge », « Cécile » et « Amélie et Germaine ». Or, « Adolphe » est un récit à la première personne et fait donc croire à une sorte de journal intime. Il ne s’agit pas que de l’utilisation de la première personne mais en même temps du fait que ce « je » qui raconte l’histoire en est aussi l’acteur principal et transforme donc le récit en introspection.

Le registre de l’œuvre est pessimiste, ce qui va de pair avec une analyse rigoureuse et sévère parfois de la personnalité d’Adolphe. Le dénouement de l’histoire est tragique. D’autant que ce qui domine l’œuvre, c’est une tension intérieure dans le sens où le héros est tiraillé entre l’envie de quitter Ellénore et l’impossibilité de le faire. Ainsi le roman est-il « travaillé » par une sorte de tentation dramatique que manifeste aussi le long monologue dont le texte est essentiellement constitué.

Séquences et citations clé[modifier | modifier le code]

Le roman étant très court, les séquences clé se suivent rapidement dans le récit. On notera tout d’abord le moment où Adolphe séduit Ellénore puis la séquence où il ne supporte plus la relation étouffante qu’il vit. La séquence clé qui suit est celle où Ellénore quitte le comte de P*** puis celle où après avoir été obligé de suivre Ellénore en Pologne, Adolphe rencontre M. de T*** qui veut l’aider à mettre fin à sa relation. Enfin, la dernière séquence clé est celle de la mort d’Ellénore.

« « Malheur à l’homme qui, dans les premiers moments d’une liaison d’amour, ne croit pas que cette liaison doit être éternelle. »

— Chap. III

« Il y a des choses qu’on est longtemps sans se dire, mais quand une fois elles sont dites, on ne cesse jamais de les répéter. »

— Chap. IV

« Nous parlions d’amour de peur de nous parler d’autre chose. »

— Chap. V

« C’est un affreux malheur de n’être pas aimé quand on aime ; mais c’en est un bien grand d’être aimé avec passion quand on n’aime plus. »

— Chap. V

Historique des éditions du roman[modifier | modifier le code]

Adolphe figure au panthéon de la bibliophilie romantique. Un exemplaire de l’édition originale londonienne (qui a précédé d’une semaine un second tirage, parisien cette fois) peut s’échanger pour près de 10 000 € (vente Tajan en 2006 ; 6 997 € à Drouot le 15 mai 2007). Les exemplaires portent en page de titre la mention « 1816 Chez H. Colburn, Bookseller, 50 Conduit Street, New-Bond », puis en dessous « Paris, Chez Treuttel et Würtz, Rue de Bourbon, no 17 ».

Dans l’édition originale parisienne, ces mentions sont inversées, et l’on trouve, d’autre part, la mention « Crapelet Imprimeur ». La troisième édition possède elle aussi une valeur bibliophilique, moindre cette fois, mais réelle : en effet, éditée chez Brissot-Thivars en 1824, celle-ci comprend une importante préface, inédite, et des corrections qui en font l’édition ne varietur qu’on lit aujourd’hui.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. ''Adolphe : anecdote trouvée dans les papiers d'un inconnu (Nouvelle édition, suivie de la Lettre sur Julie et des Réflexions sur le théâtre allemand...), par Benjamin Constant, 1867, p. 185.
  2. Paul Delbouille, Genèse, structure et destin d’Adolphe, Paris, Les Belles Lettres, 1971.
  3. a et b René Marill Albérès, Histoire du roman moderne, Paris, Albin Michel, 1962, p. 327.
  4. Jean Rousset, Forme et signification, Paris, José Corti,
  5. Olivier Meuwly, Liberté et société : Constant et Tocqueville face aux limites du libéralisme, Genève, Droz, , 258 p. (ISBN 978-2-60000-630-9, lire en ligne), p. 105 :

    « À bien des égards, Adolphe se loge à l'intersection du romantisme et du rationalisme critique de Constant »

  6. Paul Delbouille, Genèse, structure et destin d’Adolphe, Paris, Société d’Édition "Les Belles Lettres", 1971, 642 p., p. 541.
  7. Réponse.
  8. Haag écrit, par exemple : « Nous n’hésitons pas à reconnaitre la personne de Benjamin Constant sons le masque d’Adolphe en admettant néanmoins, que dans beaucoup de détails, a paré sa confession des couleurs du roman. » dans la France protestante, t. 4, Paris, Joël Cherbuliez, 1853, p. 35.
  9. Pierre-Jean Dufief, Les Écritures de l’intime de 1800 à 1914 : autobiographies, mémoires, journaux intimes et correspondances, Rosny-sous-Bois, Bréal, 2001, 207 p., (ISBN 978-2-84291-786-9), p. 42.
  10. Kurt Kloocke, Benjamin Constant : une biographie intellectuelle, Genève, Droz, 1984, 374 p., (OCLC 13271602), p. 146.

Article connexe[modifier | modifier le code]

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