Abu al-Muhajir Dinar

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Abu al-Muhajir Dinar
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Abu al-Muhajir Dinar (en arabe : أبو المهاجر دينار ; mort en 683), est un émir de l'Ifriqiya sous la dynastie des Omeyyades.

Biographie[modifier | modifier le code]

Sa biographie est compliquée de par l'existence de deux versions de l'histoire de la conquête musulmane de l'Afrique du Nord, celles écrites avant le xie siècle et celles écrites plus tard[1].

Il peut avoir été d'origine copte, grecque ou berbère[2]. Il était à l'origine un esclave de Maslama ibn Mukhallad, un membre de l'Ansâr, qui lui a donné sa liberté. Maslama, l'un des compagnons de Mahomet, fut nommé par le premier calife omeyyade Muawiya Ier au poste de gouverneur d'Égypte et d'Ifriqiya. L'incorporation de l'Ifriqiya était symbolique, car jusque-là les Arabes n'avaient fait que des raids temporaires dans cette direction sans tenter de contrôle permanent.

En 675[3], Maslama nomma Abu al-Muhajir au poste d'émir ou de général des forces omeyyades en Ifriqiya. Cette position était déjà occupée par Oqba ibn Nafi, un membre des Banu Quraish. Maslama a conseillé à Abu al-Muhajir de relevé Oqba de sa position avec respect, mais il semble que cela ne soit pas arrivé. Oqba a été enchaîné et jeté en prison, d'où il n'a été libéré que lorsque le calife a demandé à le voir. Comme Oqba a quitté Ifriqiya pour Damas, il a juré de traiter Abu al-Muhajir comme il avait été traité[4].

Oqba avait établi un camp à Kairouan. Il est dit qu'Abu al-Muhajir l'a abandonné (dans certains récits, l'a détruit) et a construit une autre colonie à 3 kilomètres de là[5]. Selon les histoires écrites plusieurs siècles plus tard, cette ville était appelée Tākarwān (en arabe : تاكروان‎)[6]. Jusque-là, les émirs de l'Ifriqiya avaient coutume de retourner en Égypte entre les raids, et Abu al-Muhajir serait le premier émir à rester en permanence en Ifriqiya.

Ce qu'Abu al-Muhajir a accompli dans les neuf années de son commandement n'est pas accepté par les deux versions différentes des histoires. Les histoires écrites au ixe siècle lui attribuent le mérite de ne pas avancer plus à l'ouest que Mila, en Algérie[7], tandis que celles écrites à partir du xie siècle le font capturer Tlemcen.

Le successeur, en tant que calife, de Muawiyah, Yazid Ier, était responsable de la restauration d'Oqba à sa position antérieure[8]. Oqba est arrivé en Ifriqiya en 682 et a immédiatement accompli son vœu. Abu al-Muhajir était enchaîné et forcé d'accompagner Oqba chaque fois qu'il partait en expédition.

En 683[9], les forces d'Oqba furent prises en embuscade par le chef berbère Koceïla près de Tehouda - l'ancien fort romain de Thabudeos - en Algérie. Oqba aurait offert de déchaîner Abu al-Muhajir pour qu'il ait une meilleure chance de se battre, mais Abou al-Muhajir a dit qu'il préférait mourir en se battant avec ses chaînes[10]. Les deux hommes ont été tués dans cette bataille avec 300 membres de la cavalerie d'Oqba.

Il est enterré à Sidi Okba, en Algérie, dans le cimetière d'Al-Shurafa avec 300 morts de la bataille de Vescera, devant la mosquée de Sidi Okba ou ce qui est la tombe d'Oqba ibn Nafi.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Voir Benabbès (2005), Modéran (2005).
  2. (en) Hugh Kennedy, The Great Arab Conquests: How the Spread of Islam Changed the World We Live In, Da Capo Press, (ISBN 9780306815850, lire en ligne), p. 211
  3. Ibn Abd al-Hakam, p. 197 du texte arabe de Torrey, mais à la p. 320 de la traduction anglaise, la date donnée est 10 années plutôt. C'est parce que la traduction est basée sur un seul manuscrit. La date antérieure n'est pas supportée par de meilleurs manuscrits.
  4. Ibn Abd al-Hakam, p. 197 du texte arabe de Torrey, p. 321 de la traduction anglaise.
  5. Location non-connue avec certitude. Ibn Abd al-Hakam, p. 197 du texte arabe ou p. 321 de la traduction, déclare que c'était à 3 kilomètres de Qayrawan. Ibn Idhari a ajouté que c'était en direction de Tunis. Solignac p. 22 suggère une colline ressemblant à un Tell au nord-est de Qayrawan appelée Draa Temmar.
  6. Ad-Dabbagh / Ibn Naji, p. 47 de l'édition du Caire. Dans les post-scriptum, l'éditeur donne deux variations : Tīkīrwān (en arabe : تيكيروان) de Al-Nowaïri (XIVe siècle) et Tīkarwān (en arabe : تيكروان) de Ibn Abi Dinar au xvie siècle.
  7. Ou alternativement, le fort saharien de Gemellae. Khalifa ibn Khayyat, Tarikh, fide Benabbès (2005), Modéran (2005).
  8. Ibn Abd al-Hakam, p. 198 du texte arabe de Torrey, p. 322 de la traduction anglaise.
  9. Ibn Abd al-Hakam, p. 199 du texte arabe de Torrey, p. 324 de la traduction anglaise.
  10. Ibn Abd al-Hakam, p. 199 du texte arabe de Torrey, p. 323 de la traduction anglaise.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Ibn Abd al-Hakam, Kitab Futuh Misr wa'l Maghrib wa'l Andalus. La seule traduction subtantielle de ce travail du ixe siècle est celle de Torrey (qui a aussi édité la version critique en arabe, Yale University Press, 1932): "The Muhammedan Conquest of Egypt and North Africa in the Years 643-705 A.D., traduit de l'arabe originel d'Ibn 'Abd-el Hakem'", Biblical and Semitic Studies vol. 1 (1901), 279-330.
  • Abu Zaid Abd ur-Rahman bin Muhammad ad-Dabbagh (xiiie siècle, mis à jour par Abu al-Fadl Abu al-Qasim ibn Naji in the 15th century), Ma'alim al-Aman fi Ma'arufat Ahl al-Qayrawan. Édition critique en arabe par Ibrahim Shubbuh, Makataba al-Khananaji, Cairo, 1968.
  • A. Benabbès: "Les premiers raids arabes en Numidie byzantine: questions toponymiques." In Identités et Cultures dans l'Algérie Antique, University of Rouen, 2005 (ISBN 2-87775-391-3)
  • Yves Modéran: "Kusayla, l'Afrique et les Arabes." In Identités et Cultures dans l'Algérie Antique, University of Rouen, 2005 (ISBN 2-87775-391-3).
  • Marcel Solignac: Recherches sur les Installations Hydrauliques de Kairouan et des Steppes Tunisiennes du VIIe au XIe Siècle (J.C.), Institut d'Études Orientales de la Faculté des Lettres d'Alger, 1953 (Pas juste sur l'hydraulique, contient plusieurs recherches historiques de valeur).