Abeille tueuse

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Abeille tueuse ou abeille africanisée est le nom donné à une lignée hybride d'abeilles née d'un croisement entre des reines de la sous-espèce africaine Apis mellifera scutellata et des abeilles Apis mellifera ligustica et Apis mellifera iberiensis. Ces abeilles métisses sont plus agressives que les abeilles des races dont elles sont issues.

Généralités et historique[modifier | modifier le code]

Afin d'augmenter la productivité de ses abeilles, le Brésil importa en 1956, de Namibie (ou de Tanzanie), des reines de la sous-espèce africaine Apis mellifera scutellata qui furent croisées avec les abeilles européennes utilisées jusque-là au Brésil : Apis mellifera ligustica et Apis mellifera iberiensis. Ces abeilles tueuses se répandirent dans la nature par mégarde[1]. Si leur venin est identique à celui des autres abeilles, leur agressivité entraîne un grand nombre de piqûres (de 200 à 1000 piqûres simultanées, avec parfois l'attaque de tout l'essaim). En outre, elles peuvent poursuivre un ennemi sur près d'un kilomètre alors que les autres variétés ne le font habituellement que sur une cinquantaine de mètres.

Description et comparatif[modifier | modifier le code]

Vue latérale d'une abeille tueuse africanisée.

Morphologiquement, l'abeille tueuse et l'abeille européenne se ressemblent beaucoup. Néanmoins elles diffèrent sur quelques points :

  • l'abeille tueuse est plus résistante aux maladies et aux conditions climatiques ;
  • elle peut sortir dans de mauvaises conditions météorologiques ;
  • lorsque les ressources autour de la ruche se raréfient, elle n’hésite pas à abandonner la ruche et à migrer vers des lieux plus propices ;
  • les reines qui possèdent des gènes métissés éclosent une journée plus précocement que les reines de race pure. Elles détruisent alors toutes les cellules royales de leurs rivales plus douces[2].

Progression et invasion[modifier | modifier le code]

Cette métisse invasive va coloniser le continent sud-américain dans les années 1960, atteindre le Mexique en 1985 et envahir le sud des États-Unis au début des années 1990. Actuellement, l’invasion continue sa progression vers le nord des États-Unis. Néanmoins, il semblerait que les abeilles tueuses se propagent moins dans cette dernière région. On pense qu'elles s'adaptent moins au climat des régions montagneuses et désertiques. On rencontre donc actuellement ces hyménoptères en Amérique du Sud et dans certains États du sud des États-Unis.

Les abeilles tueuses modifient le patrimoine génétique des abeilles exploitées par les apiculteurs. De plus en plus de mâles de cette lignée métisse s'accouplent avec les abeilles européennes des apiculteurs américains et contribuent à changer la nature de la population d'abeilles américaines.

Physiopathologie[modifier | modifier le code]

Après quelques piqûres la victime peut faire une simple réaction, mais après plusieurs centaines de piqûres on peut voir des cas d'empoisonnements mortels par myolyse, hémolyse et insuffisance rénale aiguë.

La dose létale correspond à environ 1500 piqûres pour un homme de 70 kilos. On a toutefois constaté des décès survenus après 500 piqûres et on rapporte des cas de personnes ayant survécu après plus de 1500 piqûres.

Traitement[modifier | modifier le code]

En cas d'empoisonnement grave, l'hospitalisation est nécessaire. Le traitement est symptomatique et il n'existe pas de sérum antivenimeux spécifique contre la piqûre d'abeille.

Médiatisation[modifier | modifier le code]

Pour le documentariste militant Michael Moore, le terme « Africanized bees » pour désigner ces abeilles au comportement violent dans les médias télévisés américains serait de caractère spécieux et orienté (voir le documentaire Bowling for Columbine).
Dans le documentaire de Markus Imhoof Des Abeilles et des hommes, l'apiculteur de l'Arizona Fred Terry[3] indique que, de sa propre expérience, les abeilles tueuses ne correspondent pas aux stéréotypes agressifs que les chaînes de média ont véhiculé sur elles, et que l'espèce, plus robuste que sa consoeur domestique, produit un miel plus abondant et de surcroît sans pesticides dans la région où se situent ses ruches. Ce passage intervient dans le documentaire dans une réflexion sur la sélection génétique effectuée par des siècles d'apiculture, qui ont rendu docile l'abeille[4], tout en la fragilisant et la rendant vulnérable aux causes multifactorielles qui occasionnent sa disparition actuelle (CCD). Reprendre une exploitation avec les abeilles africanisées serait donc une alternative en cas d'effondrement des premières.

Un reportage leur a été consacré en 2005: Les abeilles tueuses, reportage de Manfred Christ, reconstituant de façon scientifique leur histoire[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Marie-Lyne Pelletier, « L’abeille, la brute et les truands… Quand l’équilibre de la ruche est menacé », Antennae, Société d'entomologie du Québec, vol. 13, no 2,‎ 2006, p. 19-21 (lire en ligne [PDF])
  2. Ce comportement est, du reste, propre à toute reine qui tuera ses rivales, et non spécifiquement lié à l'abeille tueuse.
  3. source sur le site Web du documentaire.
  4. Docile : des abeilles qui piquent moins régulièrement, et des ruches qui essaiment peu.
  5. http://www.arte.tv/fr/les-abeilles-tueuses/940478.html

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références externes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]