Abbaye de Chassagne

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Abbaye de Chassagne
image de l'abbaye
Vue générale de l'édifice

Nom local Cassiana
Diocèse Archidiocèse de Lyon
Patronage Notre-Dame
Numéro d'ordre (selon Janauschek) CCCLXXIV (374)[1]
Début construction 1er novembre 1162
Cistercien depuis 1145
Dissolution 1791
Abbaye-mère Abbaye de Saint-Sulpice
Lignée de Abbaye de Pontigny
Abbayes-filles Aucune
Congrégation Ordre cistercien
Période ou style

Coordonnées 45° 58′ 01″ nord, 5° 10′ 56″ est[2].
Pays Drapeau de la France France
Province Bresse
Région Auvergne-Rhône-Alpes
Département Ain
Commune Crans
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Abbaye de Chassagne
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Abbaye de Chassagne
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Abbaye de Chassagne

L’abbaye de Chassagne est une ancienne abbaye cistercienne, fondée au XIIe siècle par des cisterciens de l'abbaye de Saint-Sulpice, et qui était située sur le territoire de l'actuelle commune de Crans, dans le département de l'Ain.

Toponymie et localisation[modifier | modifier le code]

Il est courant, dans le vocable des grands défrichements médiévaux, de rappeler, dans le toponyme d'un champ, d'un village ou un monastère, la nature des arbres coupés pour l'établir. En l'occurrence, « chassagne » fait référence au chêne[3].

L'abbaye est située dans une combe donnant vers l'ouest, à environ deux kilomètres et demi du village de Crans, sur le ruisseau dit « Fontaine aux moines », au sud-est du plateau des Dombes[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

Fondation[modifier | modifier le code]

Dès 1145, il est fait mention de la grange cistercienne de Chassagne, dont le terrain a été offert aux moines de Saint-Sulpice par Étienne II de Villars, malade et qui souhaitait que les religieux prient pour lui[5],[6].

Mais il était évident pour le sire de Villars que ce don appelait la construction d'une abbaye. Parti en croisade en 1147, il en revient quelques années plus tard et constate que la construction de l'abbaye n'a pas commencé. De rage, il envoie ses troupes qui brûlent grange et récoltes. La paix n'est effective entre l'abbé de Saint-Sulpice et Étienne qu'en 1158. À cette date, le sire de Villars fait amende honorable, approuvée par l'archevêque de Lyon Héraclius de Montboissier, ce qui pousse l'abbé à accomplir sa promesse. La première pierre de l'abbaye de Chassagne est posée le jour de la Toussaint 1162. Le site comprenait entre autres une forêt et un étang[7],[6].

Au Moyen Âge[modifier | modifier le code]

L'abbaye achevée, Étienne II s'y fit enterrer à sa mort en 1186[7]. L'abbaye, cependant, ne se développe pas beaucoup, ne fondant aucune abbaye fille et ne comptant qu'un petit nombre de moines[8].

Aux XIVe siècle, une importante charge échoit à l'abbaye. Le pont de la Guillotière, situé à Lyon, est alors construit en bois. Par mesure de sécurité et de durabilité, l'archevêque de Lyon, Pierre de Savoie, avait ordonné en 1308 sa construction en pierre par les religieux de l'abbaye d'Hautecombe, ainsi que la gestion de l'Hôtel-Dieu. Mais ceux-ci, pressentant l'énormité de la tâche, demandent à ceux de la Chassagne de les remplacer, ce qui est fait le . Très rapidement, les cisterciens sont ruinés par le chantier ; ils demandent à la ville de Lyon de reprendre le chantier du pont et ne conservent que l'hôpital[8].

La commende[modifier | modifier le code]

Comme l'immense majorité des abbayes européennes, celle de Chassagne tombe en commende à la Renaissance. Son déclin est alors irrémédiable[9]. Au XIXe siècle Frédéric Marchand écrit à ce propos :

« Chassagne continuait à se consumer dans une lente et terne agonie ; elle ne recrutait qu’avec peine quelques membres dont la vocation, plus ou moins douteuse, précipitait son déclin. Les commendataires n’y résidaient plus, plusieurs même n’y parurent jamais. [...] Quel admirable dévouement que celui des prieurs, forcés de s’ingénier pour faire respecter la règle, procurer à leur communauté le nécessaire et l’abriter parfois sous des masures, tandis que de fastueux abbés dépensaient, en pure perte, les revenus du monastère [9]! »

Elle est reconstruite sous l'abbatiat d'Henri des Essarts de Mignieux, en 1677. Mais le déclin est fort avancé à cette période, l'abbaye ne comptant plus que de trois à cinq moines jusqu'en 1789. L'évêque de Belley Mgr de Quincey souhaite en 1767-1768 la réunir à sa maison-mère de Saint-Sulpice, à des fins d'enrichissement personnel, mais ce projet n'aboutit pas[10].

L'abbaye après la Révolution[modifier | modifier le code]

Les moines (alors au nombre de cinq : Antoine Sauvaire, prieur ; Clément Jacquin ; Étienne Jullien de Villeneuve ; Jacques et Anet Dupraz de Vertamy[11]) sont chassés en , contre la promesse non tenue d'une compensation financière. Les bâtiments sont vendus comme bien national le , acquis par le sieur Montessuy de Chalamont, et très rapidement partiellement détruits[10]. La forêt (trois cents hectares) est également saisie et vendue[11].

Architecture et description[modifier | modifier le code]

Il subsiste actuellement :

  • le moulin
  • l'hôtellerie bâtie au XVIIIe siècle
  • la chapelle Sainte-Catherine (datant du XIVe siècle) a été transformée en habitation[6]
  • le portail de l'église est transporté à Meximieux où il est placé à l'entrée de la chapelle des pénitents ;
  • une statue en bois de Marie de Magdala est apportée à l'église de Loyes[11].

Filiation et dépendances[modifier | modifier le code]

Chassagne est fille de l'abbaye de Saint-Sulpice.

Abbés[modifier | modifier le code]

  • Jean des Essarts actif en 1666[12]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (la) Leopold Janauschek, Originum Cisterciensium : in quo, praemissis congregationum domiciliis adjectisque tabulis chronologico-genealogicis, veterum abbatiarum a monachis habitatarum fundationes ad fidem antiquissimorum fontium primus descripsit, t. I, Vienne, , 491 p. (lire en ligne), p. 240.
  2. « Chassagne-en-Bresse », sur http://www.cistercensi.info, Ordre cistercien (consulté le ).
  3. Bernadette Barrière, Limousin médiéval : le temps des créations : occupation du sol, monde laïc, espace cistercien : recueil d'articles, Limoges, Presses universitaires de Limoges, , 728 p. (ISBN 9782842873912, 2 mars 2014, lire en ligne), p. 113, « Villages de défrichement en Haut et Bas-Limousin aux XIe et XIIe siècles ».
  4. « Carte IGN 3130 OT » sur Géoportail (consulté le 12 mars 2014)..
  5. Étienne Goutagny 2004, p. 13.
  6. a b et c Peugniez 2001, p. 426.
  7. a et b Étienne Goutagny 2004, p. 14.
  8. a et b Étienne Goutagny 2004, p. 15.
  9. a et b Michel Guironnet, « Les frères Annet et Jacques Vertamy », sur http://www.histoire-genealogie.com/, Histoire-Généalogie, (consulté le ).
  10. a et b Étienne Goutagny 2004, p. 16.
  11. a b et c Michel Guironnet, « Les frères Annet et Jacques Vertamy », sur http://www.histoire-genealogie.com/, Histoire-Généalogie, (consulté le ).
  12. Archives de la ville de Paris, cote: 6 AZ 1548 Transaction entre Pierre des Essarts, seigneur de Guisigny, et Jeanne de Joigny, son épouse, d’une part, et Jean des Essarts, abbé de l’abbaye de Chassagne-en-Bresse d’autre part, pour mettre fin au procès pendant en Parlement au sujet de la succession de Charles des Essarts, marquis de Meigneux. 2 février 1666

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Frédéric Marchand, L'Abbaye de Chassagne-en-Bresse : notes historiques, Villefranche-sur-Saône, J.-M., , 264 p. (ASIN B001BWVRH6)
  • Louis Josserand, « L'abbaye Notre-Dame-des-Dombes : 120 ans de son histoire », Visages de l'Ain, no 160,‎ (ISSN 0042-6865)(BNF 34349391)
  • Bernard Peugniez, Routier cistercien : Abbayes et sites ; France - Belgique - Luxembourg - Suisse, Moisenay, Édition Gaud, coll. « Le monde cistercien », , 512 p. (ISBN 2-84080-044-6, BNF 37651963)
  • [Étienne Goutagny 2004] Étienne Goutagny, Cisterciens en Dombes : 1859-2001, Paris, Éditions L'Harmattan, coll. « Religions & Spiritualité », , 434 p. (ISBN 9782747571463, BNF 39272152, lire en ligne), « L'expansion cistercienne au XIIe siècle. L'abbaye Notre-Dame de Chassagne »
  • Étienne Goutagny, Cisterciens dans les guerres : l'abbaye N.-D. des Dombes en 1870-1871, 1914-1918, 1939-1945, Paris, L'Harmattan, coll. « Religions & Spiritualité », , 320 p. (ISBN 2-296-01415-1, BNF 40956239)