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Tour de transmission

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L'émetteur de Mayet (Sarthe), la cinquième plus haute construction de France.

Les tours de transmission ou émetteurs sont des structures destinées à émettre les ondes de la télévision et de la radio. Ce sont des constructions verticales (métalliques ou en béton) de type autoportantes ou haubanées, dont l'emplacement a été particulièrement étudié. Elles sont généralement placés en rase-campagne, sur des points hauts ou au centre d'une vaste plaine pour bénéficier du meilleur dégagement. L'importance de la courbure terrestre et la géomorphologie locale a une influence décisive sur la portée d'un émetteur, dépendant aussi de la fréquence ou spectre de travail.

L’histoire des techniques de télévision fait l'objet d'un article séparé.

Antenne d'émission ondes moyennes multifils en T à Springfield (Massachusetts), 1925.

Les premières expériences de radiocommunication remontent à 1894, avec les essais de Popov, Bose et Marconi. L’antenne monopôle avait été brevetée par ce dernier en 1896, Popov étant tenu par le secret militaire. Cette antenne était alors un simple fil conducteur accroché à un mât de plusieurs mètres de hauteur : Marconi reconnut empiriquement que plus l'antenne était haute, plus sa portée d'émission était étendue.

Il faudra cependant attendre 1900 pour que cette invention trouve un débouché commercial[1] : les 20 premières années de la radio ont été en effet dominées par l’expansion de la radiotélégraphie, dont les relais transmettaient leurs signaux exclusivement en ondes longues (bande kilométrique). Comme les antennes les plus hautes ne pouvaient intercepter qu'une fraction de telles longueurs d'ondes, leur résistance de rayonnement était encore très faible (environ 5 à 25 Ohms) ; or une faible résistance de rayonnement entraîne une déperdition critique de puissance par la terre. Pour compenser tant soit peu ce défaut, les premières stations radio augmentaient la capacité électrique des antennes en T en tendant plusieurs fils horizontaux entre des mâts en treillis espacés de 100-300 m[1].

Inauguration de l'émetteur radio de la Tour Eiffel : Sacha Guitry, Yvonne Printemps et le général Ferrié.

Ce n'est qu'après la Première guerre mondiale que les Etats autorisent les stations de radiodiffusion civiles à utiliser la bande d'ondes moyennes, donnant naissance à la Radio AM.

Le choix des ondes moyennes rendait possible l'utilisation d'antennes de hauteur compatible avec la longueur d'onde des signaux. Les antennes de radiodiffusion des années 1920 étaient presque toutes des antennes en T tendues entre deux mâts[1]. La possibilité de concentrer l'émission sur une antenne à un seul mât a fait l'objet de deux articles importants[2], publiés en 1924[1]. En France, à l'instigation du général Ferrié, l’émetteur radio de la Tour Eiffel avait été inauguré le 30 décembre 1921 ; mais la station commerciale Radiola n’émettra qu'à partir[3] du 6 novembre 1922. En Russie, Lénine donne l'ordre d'édifier une tour radio à Moscou pour la radiodiffusion soviétique, selon les plans de l’ingénieur Choukhov : conçue pour une hauteur de 350 m et construite entre 1920 et 1922, elle ne s'élèvera finalement qu'à 148 m par pénurie de matières premières[4]. En Allemagne, l'émetteur de Königs Wusterhausen, utilisé pour les transmissions militaires pendant la guerre, retransmet ses premiers concerts à partir de 1925.

Mâts de l'émetteur radio de Rugby.

Dès 1930, la consommation électrique des antennes radio poussa les exploitants à recourir à des antennes en treillis rhomboédriques, où le corps du mât est électrifié, et forme lui-même une antenne active[1] : un fil, dont l'extrémité est isolée par un embout en céramique ancré dans un socle en béton, pend le long du mât. Les premières antennes de ce type (comme l'antenne demi-onde de la station de Wayne[5],[6] de 1931, haute de 213 m et rayonnant 50 kW) étaient appelées tour Blaw-Knox aux Etats-Unis. On s'aperçut au cours de cette même décennie que ces antennes, par la distribution des courants, émettaient trop de puissance vers le ciel, et étaient sujettes à une dérive du signal : c'est ainsi que les tours radio évoluèrent vers des mâts plus étroits, de section uniforme, qui offrent un diagramme de rayonnement plus efficace pour la réception au sol.

La première transmission française de télévision a été retransmise le par René Barthélemy, et présentée par Suzanne Bridoux devant 800 invités, avec une image de trente lignes (court métrage L'Espagnole à l'éventail, et prises de vues en direct), entre le laboratoire de la Compagnie des compteurs de Montrouge et l'École supérieure d'électricité de Malakoff située à 2 kilomètres. C'est la première transmission par émetteur de télévision, d’autres ayant été réalisées précédemment mais par fil[7].

Structure et appuis

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Les premières tours de transmission étaient des pylônes en treillis analogues aux tours hertziennes des années 1920. Il faudra attendre l'exploit de l'ingénieur allemand Leonhardt, en , avec la tour de Stuttgart, pour qu'apparaissent les premières tours en béton armé.

La majorité des plus hauts et importants pylônes de transmission (TV, radio, télécom, etc.) sont haubanés, mais en zone urbaine du fait du manque de place pour l'ancrage latéral des haubans au sol, les pylônes (dits alors "autostables") sont construits sur la base d'un tripode (Mulhouse, RTL-Dudelange, Anlier, etc.) ou quadripode, comme la tour Eiffel : elle est un centre d'émission de TV, de radio et de télécommunications stratégique important.

L'émetteur le plus haut de France se situe à l'aiguille du Midi dans le massif du Mont-Blanc.

Les deux plus hauts pylônes haubanés de France sont :

L'émetteur de télévision analogique le plus puissant en France a été, avant son arrêt le , celui de Roc'h Trédudon dans le Finistère, avec 703 kW PAR en UHF (PAR étant la puissance apparente rayonnée qui tient compte du gain des antennes).

Dans d'autres pays, notamment en Allemagne, les émetteurs sont souvent placés sur des tours supportant à la fois les équipements de puissance des émetteurs, les antennes et un restaurant panoramique tournant comme à Cologne, Hambourg ou Berlin.

Fonctionnement

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Les émetteurs sont aujourd'hui majoritairement pilotés (alimentés en programmes) par les satellites, reçus sur des paraboles professionnelles. On utilise encore des liaisons point à point appelées faisceaux hertziens qui utilisent des fréquences de l'ordre de 3 GHz à 8 GHz pour transmettre, par bonds de 50 km environ, les signaux depuis la source principale ou les centres secondaires vers le réseau d'émetteurs. Les signaux sont ensuite convertis en VHF ou UHF, présentant une certaine polarisation. Ils peuvent être renvoyés vers les réémetteurs locaux, c'est-à-dire des points de réémission secondaire à plus faible puissance. Cette dernière s'exprime en P.A.R. ou puissance apparente rayonnée, ce qui correspond à la puissance du bloc émetteur amplifié par le gain d'antenne d'émission.

La majorité des émetteurs sont de type omnidirectionnel, c'est-à-dire qu'ils rayonnent sur 360° en fonction de l'importance et du particularisme de la zone à desservir. Cependant, en particulier pour la mise en place de la TNT et afin de limiter le recouvrement des fréquences par des émetteurs proches, plusieurs émetteurs utilisent des antennes unidirectionnelles. C'est par exemple le cas de l'émetteur TNT du mont Ventoux dont le diagramme de rayonnement est orienté sud-ouest (vers Avignon) : la réception est ainsi possible dans la zone urbanisée, au détriment du reste du territoire.

Les émetteurs et les réémetteurs français diffusaient six chaînes nationales en SÉCAM. Aujourd'hui, le numérique, avec la TNT, propose dix-huit chaînes, avec des TV locales dans les plus grandes agglomérations. Les centres d'émission peuvent aussi accueillir les services de téléphonie mobile. Ils accueillent des paraboles orientables destinées à l'acheminement des signaux des reportages TV ou radio. Souvent, des liaisons satellites sont aussi utilisées à cette fin.

Au Congo-Brazzaville, par exemple, il existe le centre émetteur de la TDC situé à Tangombo, un quartier nord de Brazzaville. Ce centre permet ainsi la diffusion des émissions dans toute la ville de Brazzaville ainsi que dans ses environs.

Notes et références

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  1. a b c d et e (en) Edmund A. Laport, Radio Antenna Engineering, McGraw-Hill Book Co., , p. 77–78, 79–81 ; (en) « section 2.1.1, pages 77–78 », sur Radio Antenna Engineering sur vias.org ; (en) « = section 2.1.2, pages 79–81 », sur Radio Antenna Engineering sur vias.org.
  2. Stuart Ballantine, « On the optimum transmitting wave length for a vertical antenna over perfect earth », Proc. of the Inst. Radio Eng., vol. 12, no 6,‎ , p. 823–832, 833–839 (DOI 10.1109/JRPROC.1924.220011, S2CID 51639724)
  3. Marcel Laporte, Les Mémoires de Radiolo, Paris, B. Grasset, .
  4. (de) Christoph Rauhut et Ekaterina Nozhova, « Ein bedrohter Radioturm in Moskau. Symbol der jungen Sowjetunion. », Neue Zürcher Zeitung, vol. 74, no 235,‎ (lire en ligne)
  5. (en) « Half wave mast antenna: A 665 foot structure which constitutes a new departure », Radio-Craft, vol. 3, no 5,‎ , p. 269 (lire en ligne)
  6. (en) Frederick Siemens, « WABC's new "wire-less" antenna », Radio News, vol. 8, no 6,‎ , p. 462–463 (lire en ligne)
  7. Christian Brochand, Histoire générale de la radio et de la télévision en France, tome I « 1921-1944 », Documentation Française, , 692 p.

Articles connexes

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Liens externes

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