Ééa

Dans la mythologie grecque, Ééa ou Ææa (en grec ancien Αἰαία / Aiaía) est l'île où vit la magicienne Circé. Ulysse et son équipage y accostent dans l'Odyssée. Sa localisation réelle fait l'objet de débats.
Toponymie
[modifier | modifier le code]Dans l'Odyssée, Homère emploie l'expression « Αἰαίη νῆσος / Aiaíē nē̂sos » (« île d'Ééa ») pour désigner la demeure de Circé[1]. Ce nom est issu de celui d'Éa (d) (« Αἶα / Aîa »), la résidence du roi de Colchide Éétès, le frère de Circé[2].
Mythe
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Dans l’Odyssée, Ulysse aborde à Ééa au chant X. Il y rencontre un cerf géant qu'il tue et rapporte au navire pour en nourrir ses matelots. Peu après, il les divise en deux groupes et, après un tirage au sort, le groupe mené par Euryloque s'enfonce dans l'intérieur de l'île pour l'explorer. Les membres de ce groupe découvrent bientôt le palais de Circé, qui les accueille et leur sert un repas ; mais la déesse a drogué leur boisson et peut ainsi les métamorphoser en porcs. Quelque temps après, Ulysse lui-même part seul à la recherche de ses éclaireurs disparus. Averti par le dieu Hermès du danger que représente Circé et doté par lui d'une plante protectrice, le moly, il parvient à circonvenir Circé et à la contraindre à faire reprendre leur apparence humaine à tous ses compagnons. Circé devient alors inoffensive et même bienveillante.
Ulysse et ses hommes restent quelque temps chez elle. Circé conseille à Ulysse d'aller consulter le devin Tirésias au nécromantéion. Lorsqu'Ulysse en revient, au chant XII, Circé lui donne de nouveaux conseils de route avant son départ, en lui indiquant comment ne pas succomber au charme des sirènes et comment ne pas tomber de Charybde en Scylla.
Lors du voyage retour des Argonautes, ceux-ci accostent à Ééa, où Circé purifie Jason et Médée (sa nièce) du meurtre d'Absyrte ; elle n'offre cependant son hospitalité qu'à Médée[3].
Localisation
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Plusieurs hypothèses ont tenté de faire coïncider les lieux mythologiques comme Ééa avec des localités réelles. Victor Bérard, dans sa reconstitution des navigations d'Ulysse dans l’Odyssée, identifie Ééa au Monte Circeo en Italie. Le navigateur Tim Severin l'identifie pour sa part à Paxos. Ioannis Kakridis la situe en Colchide, à l'embouchure du fleuve Phase, puisque Circé est sœur d'Éétès, roi de Colchide.
Ce nom a aussi pu désigner anciennement une île de la mer de Toscane, réunie depuis à la terre ferme, formant le Circeium promontorium. On y place aussi la résidence de Circé.
Une autre interprétation identifie l'île de Circé à Djerba : en résumé, mythologie et archéologie ne permettent pas de trancher la question.
Postérité
[modifier | modifier le code]Dans le roman Circé de Madeline Miller publié en 2019, Circé est exilée sur Ééa après avoir transformé Scylla en monstre : elle s'y entoure de fauves et apprend à maîtriser sa magie pour se défendre des marins qui accostent sur l'île et tentent de l'agresser[4].
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Gérard Gréco et al., « Αἰαῖος », sur Bailly, (consulté le ).
- ↑ Dion 1971, p. 486.
- ↑ Pierre Grimal (préf. Charles Picard), Dictionnaire de la mythologie grecque et romaine, Paris, Presses universitaires de France, , 12e éd. (1re éd. 1951), 574 p. (ISBN 2-13-044446-6), « Circé », p. 94.
- ↑ Raphaëlle Leyris, « Madeline Miller réenvoûte Homère », Le Monde, (lire en ligne, consulté le ).
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Sources antiques
[modifier | modifier le code]- Homère, Odyssée [détail des éditions] [lire en ligne], X, 135 ; XII, 3.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]Dictionnaires et encyclopédies
[modifier | modifier le code]- Olivier Battistini, « Circé, île de », dans Olivier Battistini, Jean-Dominique Poli, Pierre Ronzeaud et Jean-Jacques Vincensini, Dictionnaire des lieux et pays mythiques, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », , 1303 p. (ISBN 978-2-221-09542-3), p. 309-312.
- (de) Jakob Escher-Bürkli, « Aiaia 1 », dans Realencyclopädie der classischen Altertumswissenschaft, vol. I-1, Stuttgart, Metzler, (lire sur Wikisource), col. 920-921.
Études
[modifier | modifier le code]- Roger Dion, « Où situer la demeure de Circé ? », Bulletin de l'Association Guillaume Budé : Lettres d'humanité, vol. XXX, , p. 479-533 (lire en ligne, consulté le ).
