Moly

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Dans la mythologie grecque, le moly (en grec ancien μῶλυ / mỗlu) est une plante magique.

Évocations dans l'Antiquité[modifier | modifier le code]

Selon l’Odyssée, Hermès en offre à Ulysse comme antidote (φάρμακον ἐσθλόν, « herbe de vie ») aux sortilèges de la magicienne Circé, qui transformait ses hommes d'équipage en pourceaux :

« (...) le dieu aux rayons clairs tire du sol une herbe, qu'il m'apprit à connaître avant de la donner : la racine en est noire, et la fleur, blanc de lait ; « molu » disent les dieux ; ce n'est pas sans effort que les mortels l'arrachent ; mais les dieux peuvent tout. »
(X, 302-307 ; trad. Victor Bérard)

Elle est également citée par Ovide lorsqu'il reprend l'épisode dans ses Métamorphoses[1].

Interprétations[modifier | modifier le code]

Article connexe : Circé.
Un Perce-neige, que des biologistes ont proposé d'identifier au moly en 1983.

Interprétations allégoriques[modifier | modifier le code]

L'épisode où apparaît le moly a donné lieu à des interprétations allégoriques, qui peuvent être morales ou philosophiques. Le moly se présente comme l'antithèse du « lotos », la plante de l'oubli consommée par les Lotophages, l'autre végétal énigmatique présent dans l'Odyssée. Car le fait que cette plante empêche le héros de se transformer en pourceau, c'est-à-dire en être non humain, en a fait pour plusieurs commentateurs un symbole de la raison, et par extension de la sagesse (pour Héraclite[2]) ou de la philosophie (pour Budé[3] au XVIe siècle). Dans les deux cas, elle représente alors le don de ramener vers l'humanité ce qui dans l'homme glisse vers l'animalité et la dégradation morale ou physique.

Identifications à une plante réelle[modifier | modifier le code]

Dès l'Antiquité, d'autres commentateurs ont tenté de retrouver sous le nom de moly une plante réelle. Cela a donné naissance à de multiples hypothèses. Théophraste considérait que c'était l'ail[4]. Cependant l’Alium nigrum ne contient pas d'antidote à l'atropine, principe probable de la drogue de Circé selon les études pharmacologiques les plus récentes[5]. D'autres[Qui ?] y ont vu la mandragore[6].

À l'époque contemporaine, les érudits, constatant que le nom de cette plante mystérieuse n'est pas grec, ont cherché à l'identifier, d'abord à partir d'une éventuelle origine sémitique de ce mot, par la racine *m.l.h. Ainsi, Victor Bérard y a vu une plante des sables, que les botanistes appellent atriplex halimus[7]. Des historiens[Qui ?] croient que la transformation en pourceau est une image pour une intoxication anticholinergique, dont les symptômes incluent des pertes de mémoire et des hallucinations. Selon un article publié par Andréas Plaitakis et Roger Duvoisin dans la revue Clinical Neuropharmacology en 1983[8], la description du moly correspond à celle du perce-neige, fleur qui produit des métabolites secondaires qui contre-carrent les anticholinergiques. Ils proposent donc d'identifier le moly au perce-neige, Galanthus nivalis, dont le principe actif, la galanthamine, contrecarre aussi l'action de l'atropine, principe actif de la stramoine.

Postérité[modifier | modifier le code]

Le nom de cette plante moly a trouvé aujourd'hui une certaine postérité. Les botanistes ont donné le nom d’Allium moly à l'ail doré, une espèce proche de l'ail commun. Dans le roman Ulysse de James Joyce, l'épouse de Léopold Bloom se prénomme Molly, en référence à la fleur qui sauve Ulysse. Le moly fait aussi une furtive apparition dans la saga Harry Potter.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Cuisenier :
    • « Lotus et moly : deux plantes énigmatiques chez Homère », dans Cahiers de littérature orale, 2003.
    • Le Périple d'Ulysse, Paris, Fayard, 2003 (ISBN 9-782213-615943), chap. XXII, p. 277-292.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Métamorphoses, XIV, 291-292.
  2. Il ne s'agit pas d'Héraclite d'Éphèse, le philosophe présocratique, mais d'un homonyme ayant vécu sous Auguste ou sous Néron, auteur des Allégories d’Homère (LXXII, 2-4).
  3. Le Passage de l'hellénisme au christianisme, Les Belles Lettres, coll. « Les classiques de l'humanisme », Paris, 1993, p. 179.
  4. Histoire des plantes, IX, 15.
  5. Études de François Clostre, de l'Académie de Pharmacie de Paris, mais aussi de Jean Bruneton et de Y. Cohen.
  6. Interprétation d'après la description de Dioscoride, De materia medica, III, 54.
  7. Odyssée, édition des Belles Lettres, tome II, p. 68-69.
  8. (en) Andréas Plaitakis et Roger Duvoisin, « Homer's Moly identified as Galanthus nivalis L., Physiologic Antidote to Stramonium Poisoning », dans Clinical Neuropharmacology, 1983, vol. 6, no 1, p. 1-5. Voir (en) Homer's moly identified as Galanthus nivalis L.: physiologic antidote to stramonium poisoning.