Syllabus (pape Pie IX)

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Un syllabus (du latin « sommaire ») est un recueil destiné à rappeler les questions tranchées par l’autorité papale.
Le plus célèbre d’entre eux, celui de Pie IX[1], porte le titre « complectens præciuos nostræ ætatis errores ...» et forme un recueil de questions exposées et tranchées par le pape Pie IX. Il est rédigé pour accompagner son encyclique Quanta Cura, et publié le 8 décembre 1864. Le titre français complet du Syllabus est « Recueil renfermant les principales erreurs de notre temps qui sont signalées dans les allocutions consistoriales, encycliques et autres lettres apostoliques de Notre Très Saint-Père le pape Pie IX ». Dans certaines traductions, le premier mot (Syllabus) est traduit par « Résumé » plutôt que « Recueil ».

Son objectif visait notamment à anéantir tout projet d’assoir sur la chaire de Pierre un adepte du Temple Maçonnique[2].

Contexte[modifier | modifier le code]

Au milieu du trouble des esprits surexcités par la Question romaine (annexion de l’unique vestige des États pontificauxRome — au reste de l’Italie unifiée), Pie IX juge opportun de dénoncer par une encyclique -Quanta cura- les erreurs de l’époque. « Pour lui, la menace contre l’Église ne vient pas de telle ou telle erreur particulière mais du libéralisme[n 1] qui a envahi beaucoup d’esprits. À l’égard des grands problèmes que pose la vie individuelle et collective, elle inspire des solutions entièrement étrangères à la foi. Et il y a au milieu du XIX° siècle une sorte d’enthousiasme pour la science, dont on attend des miracles et qui, pense-t-on doit résoudre comme le dit Ernest Renan: "Tous les problèmes que la Révélation résolvait jadis..." [3] ».

Contenu[modifier | modifier le code]

Le « Syllabus » de Pie IX est un texte adjoint à l’encyclique et énumère une série de propositions précises contenant les erreurs condamnées par les Papes sur des sujets les plus variés.
Sont ainsi énoncées et condamnées 80 propositions rassemblées en 10 sections :

  1. Panthéisme,naturalisme et rationalisme absolu
  2. Rationalisme modéré
  3. Indifférentisme, Latitudinarisme
  4. Socialisme, communisme, sociétés secrètes, sociétés bibliques, sociétés clérico-libérales
  5. Erreurs relatives à L’Église et à ses droits
  6. Erreurs relatives à la société civile considérée soit en elle-même soit dans ses rapports avec l’Église
  7. Erreurs concernant la morale naturelle et chrétienne
  8. Erreurs concernant le mariage chrétien
  9. Erreurs sur le principat civil du pontife romain
  10. Erreurs qui se rapportent au libéralisme moderne

Les propositions en question sont celles qui touchent aux idées « modernes » de l’époque : du libéralisme au socialisme, en passant par le gallicanisme et le rationalisme.
La dernière erreur listée par le syllabus et condamnée est significative : « Le Pontife romain peut et doit se réconcilier et transiger avec le progrès, le libéralisme et la civilisation moderne » .
Le motif exposé en réponse figure dans l’allocution «Jamdudum cernimus» du 18 mars 1861 : il indique que « la modernité ou la nouveauté ne sont pas des critères de vérité » [4].

Conséquences[modifier | modifier le code]

  • Réactions externes à l’église

Les ennemis de l’Église crient au scandale et dénoncent une affirmation de la foi catholique qui leur semble être incompatible voire condamner le monde moderne. Mgr Dupanloup répond sur le fond à ces critiques en affirmant que « les documents pontificaux formulent l’idéal de la société chrétienne, idéal auquel il faut tendre, mais qui n’interdit pas de s’adapter aux conditions de la vie actuelle, en y introduisant la vie chrétienne, dans la mesure où elle est capable de se l’assimiler » [5]

  • Réactions internes à l’église

Montalembert s’écrie dès 1842 : « Jamais en France et dans tout le monde catholique l’autorité du Saint-Siège n’a été plus incontestée et plus amoureusement proclamée ». Ainsi par un singulier contraste, au moment où le Pape était le plus menacé dans ses États temporels, celui-ci voyait son prestige spirituel s’élever vers son zénith[6].

Se situant dans la continuité de la pratique initiée par le même Pie IX (avec dix ans plus tôt la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception), le ton abrupt du Syllabus met certains penseurs de l’Église dans une situation délicate :

Est-il opportun de le diffuser dans cette forme, à cette date ? ( postions de Mgr Félix Dupanloup et Mgr Georges Darboy archevêque de Paris )
Quelle valeur accorder à une déclaration qui semble prendre le risque d’aller à contre-sens de l’Histoire ?
Quel peut être le statut de cette proclamation inhabituelle, faite en vertu de la seule autorité papale et sans l’aval d’un concile ? Là encore, la pratique semble préfigurer le contenu de ce que sera le dogme de l’Infaillibilité pontificale, proclamé plus tard à la suite du concile Vatican I en 1870.

le renouveau de la communication vaticane (Léon XIII)[modifier | modifier le code]

Ce mode d’expression ne sera plus utilisé par la suite. Le pape Léon XIII en particulier adopte une position plus souple que Pie IX : Il conseille aux catholiques français de se rallier à la République et publie notamment la célèbre encyclique Rerum Novarum (« Des choses nouvelles », 1891), qui expose la position de l’Église en matière sociale. Cette encyclique qui aborde de nombreux thèmes fondamentaux a fait l’objet de mises à jour régulières, en 1991 avec Centesimus annus (à l’occasion précisément du centenaire de Rerum Novarum), et surtout sera reprise et mise en perspective en 2004 avec la parution du Compendium de la doctrine sociale de l’Église.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Paul Christophe et Roland Minnerath, Le Syllabus de Pie IX, préface de Mgr Dagens, Paris, Le Cerf, septembre 2000, 106 p.
  • P. L. Goyheneche, Le Syllabus, ses enseignements et son autorité doctrinale, Haton, 1875
  • E. Keller, Le Syllabus de Pie IX et de Pie X et les principes de 1789, Lethielleux, 1909

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « c’est-à-dire le Maçonnisme » selon les termes du docteur en théologie Henri Delassus[2].

Références[modifier | modifier le code]

  1. noté pour cette raison en général avec une majuscule
  2. a et b Henri Delassus, La conjuration antichrétienne, éd. De Brouwer et Cie, t. 2e, chap. XXVII : Inanité des efforts contre la chaire de Pierre, Paris, 1910 [lire en ligne], p. 377 ;
  3. Histoire de l’Église, HX Arquillière, Éditions de l’école, 1941
  4. Article 80.
  5. Histoire de l’Église, op cit
  6. Histoire de l’Église, op cit.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]