Sarraounia

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Sarraounia est le nom donné à une reine africaine qui a régné sur les Azna, un groupe animiste d'Afrique de l'ouest, à la fin du XIXe siècle, dans le sud-ouest du Niger actuel. « Sarraounia » (également orthographié sarauniya) n'est pas un nom, mais un titre - « reine », en langue haoussa - donné à la chef politique et religieuse du village de Lougou (ou Lugu)[1]. Selon les récits existants, la sarraounia de Lougou se serait appelée Mangu[2] (ou Mangou)[1].

Elle est essentiellement connue du fait de la résistance qu'elle opposa à la mission Voulet-Chanoine : à une époque où de nombreux royaumes d'Afrique de l'ouest ont capitulé sans difficultés face aux Français, la tribu de Sarraounia livra bataille aux troupes de l'armée coloniale française, commandées par les officiers Voulet et Chanoine, le 16 avril 1899.

Le livre de souvenirs du général Joalland, membre de l'expédition, décrit Sarraounia comme une « vieille sorcière » qui aurait délibérément défié les Français, en leur adressant une lettre d'insultes dans laquelle elle se vantait de l'invincibilité de ses guerriers. Selon le récit de Joalland, les Français n'auraient pas eu de difficulté à disperser les Africains au bout de quelques feux de salves : ils auraient cependant été contraints de livrer ensuite bataille pour déloger les indigènes de la brousse où ces derniers s'étaient réfugiés, car les troupes françaises devaient camper à côté. Du fait de la résistance des guerriers de Lougou, l'affaire aurait été coûteuse pour les Français, auxquels elle aurait valu quatre morts, six blessés et environ 7000 cartouches[3]. S'étant réfugiés dans la forêt, les Aznas reprirent possession de Lougou quelques semaines plus tard[1].

Les archives du ministère de la guerre, si elles font état de la résistance des habitants de Lougou, ne mentionnent pas le rôle de Sarraounia. C'est principalement la tradition orale africaine qui fait ensuite de la reine une figure populaire dans certaines régions Niger, exaltant sa résistance contre les Français et lui prêtant notamment des pouvoirs de sorcière. L'affrontement de Lougou est relaté dans un passage du livre Le grand capitaine, récit romancé que Jacques-Francis Rolland consacre à la mission Voulet-Chanoine ; l'auteur présente « la Sarraounia » comme une « reine-sorcière » dont les incantations fanatisaient les guerriers de sa tribu et inquiétaient les auxiliaires de l'armée coloniale. Mais c'est surtout en 1980 que l'écrivain nigérien Mamani Abdoulaye popularise Sarraounia, jusque-là un simple personnage de folklore ignoré de l'historiographie, en lui consacrant un roman (Sarraounia : Le drame de la reine magicienne) qui fait d'elle une figure de l'imaginaire collectif nigérien et, plus largement, africain[1].

Mamami dit avoir pris la décision d'écrire son livre en réaction à celui de Rolland, qui lui avait paru méprisant. Assumant sa volonté d'écrire un roman à visée « idéologique », qui donnerait la version africaine de l'histoire de la colonisation, Mamani décrit Sarraounia comme une femme jeune et belle, doublée d'une redoutable guerrière amazone ; il fait d'elle un symbole politique, en lui prêtant un discours aux accents panafricanistes. La figure de Sarraounia, mythifiée par ce récit romancé, héroïne d'un film adapté du roman et réalisé par Med Hondo, devient a posteriori un symbole de la lutte contre la colonisation[4] : personnage peu connu avant 1980, elle devient, sur la base de sa réinvention littéraire, un symbole de fierté africaine et de résistance nationale, et fait son entrée dans les manuels scolaires d'Afrique francophone[2],[1].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Sarraounia, une reine africaine entre histoire et mythe littéraire (Niger, 1899-2010), Genre et histoire, printemps 2011
  2. a et b Odile Goerg et Anna Pondopoulo (dir), Islam et sociétés en Afrique subsaharienne à l'épreuve de l'histoire, Karthala, 2012, pages 157-171
  3. Général Joalland, Le drame de Dankori, Argo, 1930, page 58-59
  4. Antoinette Tidjani Alou, Sarraounia et ses intertextes, Revue électronique internationale de sciences du langage, 2001