Mission Voulet-Chanoine

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La Mission Afrique Centrale-Tchad, dite mission Voulet-Chanoine, est une expédition française de conquête coloniale du Tchad, menée à partir de , par les capitaines Paul Voulet et Julien Chanoine. Marquée par de nombreux massacres et par la perte totale de contrôle des autorités françaises sur les deux officiers, cette sanglante expédition constitue un exemple paroxysmique des violences liées aux conquêtes coloniales.

La conquête du Tchad et les massacres[modifier | modifier le code]

Les exactions de la Mission Voulet-Chanoine, 1899

Cette affaire se déroula dans le contexte de concurrence entre puissances européennes dans la colonisation de l'Afrique (conférence de Berlin et course au clocher). Conçue en par le secrétaire d'État aux Colonies, André Lebon, sous la dénomination « Mission Afrique Centrale-Tchad », la colonne Voulet-Chanoine devait atteindre, depuis le Sénégal, le Tchad par l’ouest et le fleuve Niger[1] et opérer la jonction de leur colonne sur le lac Tchad avec deux autres missions, l’une partie d’Algérie, la mission Foureau-Lamy, l’autre du Moyen-Congo, dirigée par Émile Gentil. Ces trois missions devaient parachever la conquête de l'empire français d'Afrique. La progression de la mission, loin d'être conçue comme une entreprise de conquête militaire nécessairement violente, devait s'accompagner de la signature de traités d'alliance avec les chefs indigènes locaux[2].

Les capitaines Paul Voulet et Julien Chanoine s'étaient déjà illustrés lors de la conquête du Royaume Mossi, occupant l'actuel Burkina Faso et une partie du Niger, à partir du Sénégal en 1896. À cette occasion, de très nombreux relevés topographiques furent effectués (cette région était alors inexplorée), pour lesquels les capitaines reçurent les éloges de leurs supérieurs et des sociétés de géographie. Voulet avait par ailleurs pris Ouagadougou.

D'un intérêt stratégique capital, la mission vers le Tchad fut marquée par une grande violence. L'expédition militaire se transforma tout au long de son parcours en véritable colonne infernale, massacrant les populations qui refusaient de leur fournir vivres ou porteurs[2]. De fait, les différentes missions coloniales étaient dans la nécessité de « vivre sur le pays », la capacité d'emport et portage des vivres par des porteurs limitant l'autonomie d'une mission terrestre à 30 jours au grand maximum. C'était le cas de la mission Voulet-Chanoine, composée de 600 soldats, auxiliaires et vétérans des guerres entre Toucouleurs et Bambaras, suivis par 800 porteurs et 600 femmes.

Début avril, les troupes françaises rencontrèrent une forte résistance dans les villages de Lougou et Tongana où les guerriers étaient commandés par la sarraounia (reine et sorcière) locale ; les combats coûtèrent aux Français quatre morts, six blessés et 7000 cartouches. Début , en pays Haoussa, la ville de Birni N’Konni fut prise et un grand nombre d'habitants tués, soldats, hommes, femmes et enfants, alors qu'ils fuyaient. Ce grand village de plus de 10 000 âmes fut entièrement détruit[réf. souhaitée][3].

La mort du colonel Klobb et les débats à Paris[modifier | modifier le code]

Les tombes de Voulet et Chanoine à Maijirgui au Niger.

Les conquêtes africaines précédentes avaient été brutales, mais rien en comparaison de ces massacres. La rumeur de ces derniers arrive à Paris en avril. Le Ministre des Colonies, Antoine Guillain décida alors d'envoyer le colonel Klobb, chargé de la garnison de Tombouctou, pour les arrêter. Klobb partit à leur poursuite sur plus de 2 000 km, découvrant au fur et à mesure de sa progression l'ampleur des massacres perpétrés par Voulet et Chanoine (fillettes pendues aux arbres, etc.)[2].

Alors qu'il les rejoignait à Dankori le , Voulet fit ouvrir le feu et Klobb fut tué, à l'instar d'autres hommes des Voulet et Chanoine, que ces derniers n'hésitaient pas supprimer quand ils refusaient d'exécuter leurs ordres[2]. Chanoine et Voulet, qui proclamait désormais sa volonté de se tailler un empire africain personnel[2], furent tués à leur tour le 16 et le 17 juillet par leurs propres tirailleurs mutinés.

Les troupes furent alors dirigées par les lieutenants Pallier, Joalland et Meynier, second de Klobb. Plus tard, le lieutenant Pallier rejoignit le Soudan avec une partie des troupes et la campagne continua sous le nom de mission Joalland-Meynier. À Paris, la presse s'empara un temps de l'affaire. Le gouvernement fut interpellé à ce propos à plusieurs reprises par des députés à la Chambre dont Paul Vigné d'Octon, député de l'Hérault[4] ; une commission d'enquête fut mise en place dès l'arrivée de la nouvelle de la mort de Klobb le 20 août.

Mais l'annonce de la conquête du Tchad et de la mort des deux officiers fit passer au second plan un scandale qui fut mis sur le compte de la folie (« soudanite aiguë ») des deux capitaines : « la "maladie coloniale" fut à l'époque l'ultime recours de ceux qui cherchèrent à comprendre la dérive meurtrière de la mission sous l'emprise de la chaleur, de la soif et de la faim »[2]. L'armée française et le gouvernement Waldeck-Rousseau, qui sortait de l'affaire Dreyfus (Chanoine était le fils du général Jules Chanoine, ancien ministre de la Guerre anti-dreyfusard) qui avait déchiré le pays voulait éviter une nouvelle controverse. On en reparla en 1923 quand Robert Delavignette, administrateur colonial au Niger fit ouvrir les tombes des deux officiers qui se révélèrent vides[réf. nécessaire].

L’aspect psychologique de l’affaire apparaît peu dans les écrits des chercheurs et encore moins dans la filmographie ; cependant les deux capitaines semblent avoir été atteints au dernier stade de la syphilis (vérole) et victimes de méningo-encéphalite aboutissant à la démence[réf. nécessaire]. Le Dr Henric fait cas, dans ses courriers à Joalland et dans le procès qui s’ensuivit, comme le confirme également le lieutenant Joalland[5], du fait qu’ils refusaient de se soigner et subissaient des périodes d'exaltation et de dépression de plus en plus fréquentes et violentes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Isabelle Surun (dir), Les sociétés coloniales à l'âge des Empires (1850-1960), Atlande, 2012, p. 196-197.
  2. a, b, c, d, e et f Isabelle Surun (dir), Les sociétés coloniales à l'âge des Empires (1850-1960), Atlande, 2012, p. 197.
  3. Meyer, Jean, Histoire de la France coloniale, Des origines à 1914, Paris, Armand Colin,‎ , 848 p. (ISBN 2-200-372 18-3), p.663
  4. Blog du Rassemblement Démocratique pour la Paix et les Libertés au Tchad
  5. Le Drame de Dankori

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Témoignages
    • Général (Paul) Joalland, Le Drame de Dankori : mission Voulet-Chanoine - mission Joalland-Meynier, Paris, Nouvelles Éditions Argo (NEA),‎ , 256 p.
    • Octave Meynier, Mission Joalland-Meynier, Paris, Éditions de l'empire français, collection « Les grandes missions coloniales », 1947.
    • Arsène Klobb, À la recherche de Voulet : sur les traces sanglantes de la Mission Afrique centrale, 1898-1899 / Colonel Klobb, Lieutenant Meynier, présentation de Chantal Ahounou, Paris, Cosmopole, 2001.
  • Travaux historiques
    • Michel Pierre, « L'affaire Voulet-Chanoine », L'Histoire, n° 69 (spécial « Le temps des colonies »), juillet 1984, p. 67-71.
    • Gilbert Comte, L'Empire triomphant, Denoël, 1988.
    • Muriel Mathieu, La mission Afrique centrale, L'Harmattan, collection « Racines du présent », 1996.
    • Elara Bertho, « Sarraounia, une reine africaine entre histoire et mythe littéraire (Niger, 1899-2010) », Genre & Histoire [En ligne], 8 | Printemps 2011, mis en ligne le 28 octobre 2011, consulté le 31 mars 2015. URL : http://genrehistoire.revues.org/1218
  • Romans et récits romancés
    • Jacques-Francis Rolland, Le grand capitaine. Un aventurier inconnu de l'épopée coloniale,, Grasset, 1976.
    • Jean-Claude Simoën, Les fils de roi. Le crépuscule sanglant de l'aventure africaine, Jean-Claude Lattès, 1996.
    • Abdoulaye Mamani, Sarraounia. Le drame de la reine magicienne, L'Harmattan, collection « Encres noires », 2000.
    • Patrick Girard, La Soudanite, Calmann-Lévy, 2002.
    • Isabelle Calin, Sarraounia. La reine magicienne du Niger, Cauris Éditions, 2005.
    • Serge Moati et Yves Laurent, Capitaines des ténèbres, Paris, Fayard, 2006.

Bande dessinée

Filmographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]