QQOQCCP

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Le sigle QQOQCCP (pour « Qui fait quoi ? Où ? Quand ? Comment ? Combien ? Et pourquoi ? ») — également connu sous la variante mnémotechnique CQQCOQP — est un sigle résumant une méthode empirique de questionnement. Toute démarche d'analyse implique en effet une phase préalable de « questionnement systématique et exhaustif » dont la qualité conditionne celle de l'analyse proprement dite.
Ceci en vue de collecter les données nécessaires et suffisantes pour dresser l'état des lieux et rendre compte d'une situation, d'un problème, d'un processus.

Sa simplicité, son caractère logique et systématique font que beaucoup l'utilisent aussi pour structurer la restitution des résultats de leurs analyses. En anglais, cette méthode est abrégée en Five Ws (en) (« cinq W », pour « Who, What, Where, When, Why ? »).

Origine[modifier | modifier le code]

Du latin : « Quis, Quid, Ubi, Quibus auxiliis, Cur, Quomodo, Quando » qui sont les 7 questions qui définissent les « circonstances » d'une situation (en latin : « circum-stare » désigne « ce qui se tient autour de »). Plusieurs origines sont évoquées :

  • les «circonstances» définies par le rhéteur grec Hermagoras de Temnos et transmises par saint Augustin : Quis, quid, quando, ubi, cur, quem ad modum, quibus adminiculis.[1]. Elles sont parfois faussement attribuées à Cicéron ;
  • l'hexamètre dit de Quintilien, in De institutione oratoria , pose les «circonstances» suivantes :
    la personne ; le fait ; le lieu ; les moyens ; les motifs ; la manière ; le temps ;
  • Boèce introduit l'usage des « circonstances » dans l'instruction criminelle :
    quel est le coupable ? quel est le crime ? où l'a-t-on commis ? par quels moyens ou avec quels complices ? pourquoi ? de quelle manière ? à quel moment ?.

Intérêt de la méthode[modifier | modifier le code]

L'erreur par omission est l'une des erreurs basiques que peut commettre n'importe quel analyste.
Le risque est d'autant plus élevé que :

  • l'entité ou l'objet analysé est a priori inconnu de l'analyste ou un tant soit peu « exotique » ou « non familier » ;
  • l'analyste a tendance à se laisser porter par une croyance excessive aux vertus de l'intuition ou de l'improvisation.

Pour se prémunir de ces risques, l'analyste prudent et rigoureux n'hésite pas au contraire à se laisser guider dans la mise en œuvre de son questionnement par l'emploi d'une liste raisonnée (ou checklist). Celle-ci lui sert de « fil rouge » et l'incite à poser et répondre à l'intégralité de la panoplie des questions propres à « faire correctement et complètement le tour » de son objet d'analyse.

Bien employée, elle lui assure de ne rien omettre d'essentiel ou d'important.

Utilisation de la méthode[modifier | modifier le code]

« Faire le tour » d'une question conduit à se poser et à répondre à une foule de questions, telles que : « Que fait-on ? Avec quoi le fait-on ? Qui est concerné ? Qui le fait ? Et pourquoi cette personne ? Où le fait-on ? Quand le fait-on ? Avec quelle quantité ? Combien ça coûte ? Comment le fait-on ? Pourquoi ? Pourquoi y a-t-il ce problème ? Pourquoi agit-on ainsi ? Pourquoi est-ce important ? Pourquoi est-ce situé ici ou là ? », etc.

D'où l'idée de résumer et d'ordonner ce questionnement – au premier abord désordonné parce que foisonnant en tous sens – en une liste méthodique et mnémotechnique :

Lettre Question Sous-questions Exemples
Q Qui ? De qui, Avec qui, Pour le compte de qui… Responsable, acteur, sujet, cible…
Q Quoi ? Quoi, Avec quoi, en relation avec quoi… Outil, objet, résultat, objectif…
O Où ? Où, par où, vers où… Lieu, service…
Q Quand ? tous les quand, à partir de quand, jusqu'à quand… Dates, périodicité, durée…
C Comment ? de quelle façon, dans quelles conditions, par quel procédé… Procédure, technique, action, moyens matériel…
C Combien ? Dans quelle mesure, valeurs en cause, à quelle dose… Quantités, budget…
P Pourquoi ?

Pour quoi ?

Cause, facteur déclenchant

Motif, finalité, objectif

Justification par les causes qui ont amené à… (la « raison » d'être, la croyance)

Justification par le souhait, l'ambition, la prévision…

Une variante d'utilisation structure le questionnement non plus sous forme de liste, mais sous forme de tableau.

En colonne, la réponse aux 4 questions est complétée par la réponse aux 3 modalités : Comment ? Combien ? et Pourquoi ?

Réponse aux 4 questions avec en plus à droite, la réponse aux 3 modalités → Comment ? Combien ? Pourquoi ?
Qui ?
Quoi ?
Où ?
Quand ?

Conseils d'utilisation[modifier | modifier le code]

Bien préciser dès le départ l'objet de l'analyse. Que s'agit-il d'analyser : un problème, une situation, un processus, une solution ?

Les « combien ? » et les « pourquoi ? » peuvent se poser à la suite des autres questions mais il convient aussi de se les poser après chaque réponse. Ce procédé permet de renforcer l'argumentaire.

Le « combien ? » est souvent utilisé afin de donner une mesure de l'enjeu global, les valeurs indiquées doivent être le plus représentatives possibles. Ceci est particulièrement appréciable en démarche qualité.

La méthode est d'un usage précieux (en management, ou en qualité) pour identifier rapidement le volume et la qualité de connaissance disponible sur le sujet en question. Ceci en vue de relancer et de réorienter le questionnement chaque fois que nécessaire.

En mode projet, la constatation de lacunes dans les données et informations disponibles peut conduire à stopper définitivement ou à reporter l'action.

Pour ne pas se contenter d'une analyse superficielle, les questions nécessaires doivent être posées avec insistance, jusqu'à ce qu'il ne soit plus possible de trouver de réponses supplémentaires. Cependant l'intégralité des données ainsi cumulées n'est pas forcément utile. Postérieurement à la collecte, il convient d'effectuer une synthèse-évaluation des données obtenues pour en présenter un résumé suffisant et ordonné : c'est-à-dire comprenant les informations essentielles et utiles (l'information réputée excédentaire sera tenue en réserve ou figurera dans les annexes).

Exemples d'application[modifier | modifier le code]

  • Utilisation dans le cadre des activités de prospection des clients : avant de proposer des produits ou services, il s'agit de « découvrir » et de comprendre l'activité, le besoin du client. L'analyse QQOQCCP peut ainsi être appliquée aussi bien à la cible visée qu'à ses concurrents (et si cela est possible, présenter les résultats sous forme comparative benchmarking).
  • Utilisation en gestion de la qualité, en qualité totale (en anglais, TQM, Total Quality Management) : combinée avec les étapes de la roue de Deming, (méthode PDCA, Plan, Do, Check, Act) elle contribue à préparer un plan de qualité… qualitatif.
  • Utilisation en animation de réunion : ainsi, au début d'une session de formation la méthode peut servir de plan d'exposé pour la phase d'accueil. L'accueil doit en effet répondre aux interrogations des participants : qui est qui ? qu'allons nous faire ? où sommes nous ? quel est l'horaire prévu ? etc.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. D. W. Robertson, Jr., A Note on the Classical Origin of 'Circumstances' in the Medieval Confessional, Studies in Philology 43:1:6-14 (January 1946). at JSTOR

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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