Physionotrace

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Physionotrace de Louis-Bernard Guyton-Morveau par Quenedey

Le physionotrace est une invention de Gilles-Louis Chrétien (1745-1811), violoncelliste de la chapelle du roi à Versailles, graveur et portraitiste, datant de 1785[1].

À l'origine se trouve le portrait dit « immobile », portrait de profil, réalisé aux pastels, caractérisé par une facture assez naïve, réalisé par des artistes qui cheminaient de bourg en bourg et proposaient leurs services aux notables locaux. Pour les réaliser, on tendait derrière le sujet qui prenait la pose une toile noire afin que le profil se détache mieux. Leur taille est relativement petite, car les artistes transportaient les feuilles de papier dans des boîtes à dos. Certains étaient réalisés sur papier bleu.

Principe[modifier | modifier le code]

L'invention de Chrétien mécanisa le dessin du contour du portrait de profil par l'usage d'un pantographe équipé d'un œilleton de visée.

Physionotrace par Bouchardy

En déplaçant l'œilleton en suivant les contours du sujet, on faisait bouger un crayon qui dessinait le profil du sujet. Le pantographe formé d’un double parallélogramme articulé servait à tracer un dessin aux dimensions réelles. Le portrait grandeur nature, appelé « grand trait », était réalisé en quelques minutes et pouvait être colorié aux pastels par un dessinateur. Si le client le désirait, il était possible dans un second temps de réduire avec un autre pantographe le portrait et de le graver sur une plaque de cuivre à l'eau-forte et d'en tirer une douzaine, pour un prix extrêmement modique. Les portraits gravés portaient le nom et l'adresse de l’opérateur, par exemple : « Dess. aux Physionotrace et gravé par Quenedey, Rue Neuve de Petits Champs n° 15 à Paris, 1808 ». Ils pouvaient également mentionner le nom du modèle, mais la plupart sont anonymes. Ces gravures pouvaient aussi être imprimées en couleurs ou coloriées à la main.

Par extension, on appelle physionotrace aussi bien l’appareil, le grand trait ou les portraits gravés ad vivum.

Le nombre de personnes dont le portrait a été réalisé par ce procédé est estimé à entre quatre et six mille. René Hennequin, l’historien de Quenedey, a catalogué 850 portraits pour la première année (1788-1789). Au salon de 1796, six cents physionotraces ont été exposés.

Pour certains, ils sont d'une facture standard, inexpressifs et sans grande valeur artistique.

Les « physionotypes » sont considérés comme la photographie de l'époque. Le cabinet des estampes de la Bibliothèque nationale de France en conserve 2 800.

Ils constituent, outre le portrait de personnalités célèbres ou moins connues de la société française sous la Révolution, de la famille royale aux Conventionnels Bailly, de Marat, de Pétion, de Robespierre, une source inestimable de renseignements sur l'histoire du costume et de la coiffure à cette époque.

En 1793, Charles Balthazar Julien Fevret de Saint-Memin, Français émigré aux États-Unis, emmène l'invention et en répand l'usage en exécutant le nombreux portraits de profil des fondateurs révolutionnaires de ce pays au physionotrace.

Physionotrace dessiné par Fouquet et gravé par Chrétien en 1793

D'autres systèmes similaires ou inspirés du physionotrace furent inventés :

  • Leonhard Heinrich Hessel, un pastelliste miniaturiste (1757, Saint Petersbourg-1830 Nüremberg ) inventeur du Hessellischen Treffer [2].
  • Ernst Christian Specht autre pastelliste et miniaturiste [3].
  • Gerrit Schipper, (1775 Krommenie-1822 Londres) fils d'un fabricant de voile, il étudia le dessin à Paris vers 1793 puis après être retourné en Hollande, il s'exila à Saint- Petersbourg où il commença une carrière de miniaturiste. De 1802 à 1810 il travailla aux Etats-unis dans différentes villes faisant de la publicité pour son Achromatic camera obscura inspiré du physionotrace. En 1810 il s'installe à Camden Town en Angleterre.

Portraitistes au physionotrace[modifier | modifier le code]

  • Gilles-Louis Chrétien.
  • Bouchardy successeur de Chrétien en 1811.
  • Edme Quenedey des Ricets et ses filles Adèle et Aglaée.
  • François Gonord (1756-1819), il a commencé par des silhouettes en 1788 puis publia, en l'an VII, une Collection des portraits des membres composant le Corps législatif. Ce sont de petits médaillons sur fond noir, encadrés, au nombre de quarante sur chaque feuille.
  • Fournier.
  • Jean ou Jean-Baptiste Fouquet ( vers 1761 Verdun- 1799): minaturiste, il remplaça Quenedey auprès de Chrétien de en 1792 jusqu'en 1798
  • Charles Balthazar Julien Fevret de Saint-Memin, réfugié pendant la Révolution aux États-Unis et qui y importa la technique.
  • Louis Lemet (1779-1832), graveur de Philadelphie.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Journal de L’Orléanois ; Annonces, Affiches et Avis divers. 18 février 1785, p. 36. « INVENTIONS. / M. Chretien Musicien de la Chapelle du Roi, vient d’imaginer un instrument, par le secours duquel on fait un portrait, suivant une grandeur donnée, de profil ou de trois-quarts, en trois ou quatre minutes, sans sçavoir dessiner. Le prix de cette Machine n’excede pas celui de 24 liv[res]. ».
  2. Neil Jeffares Dictionary of pastellists before [1800 http://www.pastellists.com/Articles/Hessell.pdf]
  3. Neil Jeffares Dictionary of pastellists before 1800 [1]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henri Koilski, Serge Nègre , Avant la photographie, le physionotrace, Cahier n°1 du Musée Arthur Batut (1989)
  • René Hennequin, Edme de Quenedey des Ricets, portraitiste au physionotrace (1756-1830), sa vie et son œuvre, J. L. Paton, Troyes (1926-1927)
  • René Hennequin, Avant les photographies ; les portraits au physionotrace, gravés de 1788 à 1830. Catalogue nominatif, biographique et critique, illustré des deux premières séries de ces portraits comprenant les 1 800 estampes cotées de "1" à "R27", J. L. Paton, Troyes (1932)
  • H. Koilski, Physionotrace, bulletin n° 39 du club Niépce Lumière
  • Alfred Löhr: Der Physionotrace. Wie Bürgermeister Smidt zu seinem Profil kam. in: Leder ist Brot. Beiträge zur norddeutschen Landes- und Archivgeschichte, Festschrift für Andreas Röpcke, Thomas Helms Verlag Schwerin 2011 ISBN 978-3-940207-69-2, S. 201–216

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]