Clochard

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Le clochard vivant généralement sans domicile fixe, est une personne sujette à une grande désocialisation[1], souvent victime d'une exclusion du monde du travail et confronté à un état de solitude dans lequel la consommation d'alcool peut agir à la fois comme moyen de réconfort et d'autodestruction[2].

Clochard de Paris 2005

Aussi, le mot « clochard »[3] a tendance à tomber en désuétude à cause de sa connotation péjorative.

Origine du terme[modifier | modifier le code]

Il existe deux hypothèses proposées quant à l'origine du mot clochard. La première, de loin la plus cohérente et la plus explicite, affirme que le verbe clocher, attesté en ancien français vers 1120 dans le Psautier d'Oxford, provient du verbe cloppicare, signifiant en latin populaire, "boîter, marcher en traînant la patte". L'adjectif cloppus est le pendant populaire ou vulgaire, du latin classique claudus , de la même racine que le verbe claudire, boîter, marcher en claudiquant, les deux premiers termes signifiant « boîteux ». Le mot "clochard" et le verbe "clocharder", comportent la racine cloche et le suffixe -ard, fréquent en ancien français, puis dans le moyen-français dialectal avant de passer plus ou moins rapidement en français moderne. Ce suffixe-ci connote alors une idée d'assimilation péjorative, mais il dénotait en premier lieu une ressemblance d'objet ou de comportement, qui peut paraître plus tard erratique et vague, à ce que dénomme la racine[4]. Mot et verbe n'apparaissent toutefois que tardivement dans la langue française écrite, à la fin du XIXe siècle. Le handicapé de la marche, l'homme blessé qui va à cloche pied (expression attestée en 1495), pris au sens figuré, porterait ainsi toutes les images peu valorisantes qui sont associées au clochard, à l'éclopé de la vie, au mendiant.

La deuxième hypothèse affirme un lien avec le terme cloche, mot emprunté au latin médiéval clocca, qui est un mot gaélique introduit par les moines de rite colombanien, selon la Vita de saint Colomban. Cette dénomination-ci est adoptée par un grand nombre de missionnaires anglo-irlandais, ainsi que l'objet et l'usage de ce signal sonore pour marquer les heures principales, à l'origine de prière et de culte, puis d'assemblées ou de réunions diverses [5]. Par exemple, le terme clochard se référerait aux cloches annonçant la fin des Halles à Paris et l'autorisation de récupérer les invendus des marchés. L'origine du mot « clochard » pourrait également remonter au temps où l'on faisait appel aux mendiants pour sonner les cloches des églises, moyennant ainsi une rémunération[6].

« La Cloche » désigne dans un français populaire, issu de l'argot urbain, et seulement écrit après 1890, l'ensemble des clochards et des mendiants infirmes[7]. Ils bénéficient d'une meilleure image que le vagabond du XIXe siècle, le cliché du clochard ayant choisi ce type de liberté perdurant[8].

Les mots clochardisation et déclochardisation sont plus récents : ils n'apparaissent que dans les années 1960.

Notes et Références[modifier | modifier le code]

  1. Dans son ouvrage Les naufragés, Patrick Declerck qui affirme : « J'ai passé un peu plus de quinze ans aux clochards de Paris » (Declerck 2003, p. 11), en arrive à conclure sur le fait que la « grande désocialisation est avant tout, une pathologie du lien. Du lien à soi-même, comme du lien aux autres et au monde » (Declerck 2003, p. 365)
  2. Dans sa critiques de livre intitulée “ Les naufragés. Avec les clochards de Paris ” , de Patrick Declerck publié sur cairn.info, Dominique Bourdin écrit ceci : « Les clochards mendient quelques heures par jour. L’alcool, la malnutrition et la fatigue condamnent à vivre un état chronique de faiblesse et d’épuisement. »
  3. Terme apparu en 1895. Source : Clochard, Centre national de ressources textuelles et lexicales
  4. Un clochard ressemble à un marcheur blessé ou éclopé, qui va clopin-clopant, à un vagabond qui se déplace en traînant ici ou là, voire à un Homme en errance, qui divague sans but précis. Le grammairien constate que cette suffixation en -ard concerne souvent mots ou verbes issus du latin populaire. Donnons deux exemples typiques : traginare, proche du latin tragere, signifiant "tirer, traire", a engendré, outre le verbe français traîner, le verbe traînarder et son substantif traînard, attesté en 1611 par le dictionnaire de Randle Cotgrave. Le traînard ne suit plus le train collectif ou le droit chemin; l'ancien-français mus, au sens de museau, face avant du visage (nez, bouche, joue et parfois menton) et le verbe muser, rester le museau en l'air, a donné musard, attesté au XIIe siècle et musarder, avant 1300. Les termes dialectaux ont aussi donné des dérivés par cette suffixation : ainsi le mot normand branque, au sens de branche, a laissé entre le XIVe et le XVe siècle, le brancard, cette sorte de tige ou de branche latérale, qui permet, à l'origine, le portage d'un bard ou la traction d'une charrette.
  5. Clocca est par ailleurs proche du gaulois qui a laissé sa prégnance sur les appellations dialectales des "cloches des vaches". Le latin possédait signum, au sens plurivalent, à l'origine une statue, par exemple en bronze sonore que l'on frappe, une pierre vibrante et résonnante que le bedeau appeleur frappe ou met en branle. Ainsi l'ancien français a encore sin et l'occitan senh pour désigner la cloche religieuse, plus courante au XIIe siècle. A Rome, comme le notait encore Montaigne, l'usage des cloches était bien peu fréquent. On comprend mieux la faible cohérence de la seconde hypothèse lorsqu'on prend en compte, d'une part l'origine cléricale et savante du terme cloche, d'autre part l'absence de dérivés anciens par signum. D'autre part, l'explication seconde paraît uniquement urbaine, car, dans maintes contrées, les cloches des troupeaux sont longtemps plus communes que les très rares clochers construits.
  6. http://ca-m-interesse.over-blog.com/article-d-ou-vient-le-mot-clochard-52224113.html
  7. TLFi, Le Trésor de la langue française informatisé (1971-1994) (cloche2)
  8. Patrick Gaboriau, SDF à la Belle Époque : L'Univers des mendiants vagabonds au tournant des XIXe et XXe siècles, Desclée de Brouwer,‎ 1998, 285 p.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]