Blackbird (chanson)

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Blackbird est une chanson des Beatles, parue sur l'album blanc le 22 novembre 1968 en Grande-Bretagne, et trois jours plus tard aux États-Unis. Si elle est en fait composée par l'unique Paul McCartney, elle est créditée Lennon/McCartney, comme toutes les chansons du groupe composées par John Lennon et Paul McCartney, en collaboration ou non. Ce dernier l'enregistre seul à la guitare le 11 juin 1968 aux studios EMI d'Abbey Road.

Le morceau trouve son inspiration dans la Bourrée en mi mineur de Johann Sebastian Bach. C'est en essayant de l'apprendre que McCartney en compose une variante, devenue Blackbird. Les paroles s'inspirent du combat des Noirs américains pour leurs droits civiques en Amérique, représentés par l'image d'un merle noir blessé (blackbird en anglais) qui se débat pour apprendre à voler. La musique consiste simplement en un fingerpicking à la guitare acoustique, accompagné du chant d'un merle sur le dernier couplet.

Historique[modifier | modifier le code]

Genèse[modifier | modifier le code]

Un merle noir chantant
La métaphore du merle noir à l'aile brisée qui chante sa détresse fait référence aux Noirs qui font entendre leurs voix en Amérique.

Deux versions différentes circulent au sujet de l'histoire de la création de Blackbird. Une chose sûre est qu'elle est composée par Paul McCartney pendant le séjour des Beatles en Inde, entre février et avril 1968[1].

Selon la première version, McCartney s'est simplement réveillé un matin et a entendu un merle noir chanter. Il a pris sa guitare et s'est mis à « transcrire » le chant de l'oiseau en musique[1]. La deuxième histoire suppose qu'il ait entendu à la radio des nouvelles concernant les tensions raciales aux États-Unis, et ait composé la chanson en référence aux Noirs américains (« blackbird » signifie littéralement « oiseau noir »). Le journaliste Steve Turner réfute cette hypothèse, mentionnant que l'assassinat de Martin Luther King, qui a déclenché les émeutes d'avril 1968, s'est produite une semaine après que McCartney soit revenu d'Inde le 26 mars, avec la composition déjà terminée[1]. Mais les tensions raciales et le mouvement afro-américain des droits civiques existaient déjà depuis des années.

En fait, McCartney a expliqué que l'inspiration originale vient d'une composition de Bach, la Bourrée en mi mineur (en), que George Harrison et lui tentaient d'apprendre depuis leur jeunesse. Incapable de la jouer correctement, il a développé sa propre mélodie en s'inspirant du jeu à deux voix : le pouce jouant la ligne de basse et les autres doigts la mélodie[2].

Paul McCartney ajoute foi à l'histoire des tensions raciales américaines ayant inspiré Blackbird. Il explique : « J'avais en tête une femme noire plutôt qu'un oiseau noir. C'était l'époque du mouvement des droits civiques, qui nous passionnait beaucoup. C'est donc vraiment une chanson adressée à une femme noire prise avec ces problèmes en Amérique : « continuez à essayer, gardez la foi, il y a de l'espoir ». Comme d'habitude avec mes compositions, c'était voilé. Plutôt que de parler spécifiquement d'une femme noire vivant à Little Rock, elle est devenue symboliquement un oiseau, pour que ça convienne aux problèmes de tout le monde[2]. » À ce propos, Paul McCartney évoque la militante afro-américaine Angela Davis comme étant la personne à laquelle il pensait en composant sa chanson[3]. Par ailleurs, lors d'un concert caritatif à New York en avril 2009, avant d'entamer Blackbird, il déclare : « C'est si bien de réaliser que plusieurs questions sur les droits civiques ont été résolues. Maintenant, nous avons le président Obama »[4].

Enregistrement[modifier | modifier le code]

La façade des studios Abbey Road, à Londres
C'est aux studios EMI d'Abbey Road qu'est enregistrée la chanson, le 11 juin 1968.

Blackbird est enregistrée par Paul McCartney dans le studio no 2 d'Abbey Road, dans la soirée du 11 juin 1968, alors que le studio no 3 est occupé par John Lennon, qui travaille sur sa pièce expérimentale Revolution 9. Le producteur George Martin et les ingénieurs Geoff Emerick et Phil McDonald se promènent d'un studio à l'autre toute la soirée pour superviser les deux enregistrements[5].

La chanson est enregistrée en 32 prises. McCartney ne fait que chanter en jouant de la guitare acoustique, accompagné d'un métronome marquant le tempo. Seuls deux overdubs sont effectués lors de la session. Le premier consiste en une piste de chant sur laquelle le musicien double sa propre voix[5]. Ce procédé est devenu inhabituel en 1968, puisque depuis Revolver les Beatles utilisent principalement le doublage automatique (ADT) pour leurs parties vocales[6]. L'autre ajout sur bande est un enregistrement d'oiseau chantant, enregistré dans un jardin par l'ingénieur du son Stuart Eltham en 1965, et trouvé dans la collection d'effets sonores des studios EMI, que John Lennon utilise beaucoup durant la soirée, pour ses collages sonores dans le studio no 3. Cet effet sonore est mixé différemment en mono et en stéréo[5].

Reprises et utilisations[modifier | modifier le code]

Blackbird a été reprise par une multitude d'artistes, notamment Jaco Pastorius, Drake Bell, Crosby, Stills, Nash & Young, José Feliciano, Dave Grohl, Marillion, Jesse McCartney, Bobby McFerrin, Billy Preston, Carly Simon, Evan Rachel Wood, Brad Mehldau, les King's Singers et les Swingle Singers. Sarah McLachlan l'a interprétée pour la musique du film américain Sam, je suis Sam. Elle est aussi utilisée en 2011 dans la série américaine Glee.

La chanson est utilisée sur Love, la bande sonore du spectacle éponyme du Cirque du Soleil. Elle introduit durant les premières 26 secondes une autre chanson de Paul McCartney, Yesterday. Pour se fondre dans celle-ci, la musique a été abaissée d'un ton et fusionnée en une piste nommée Blackbird/Yesterday[7].

Analyse artistique[modifier | modifier le code]

Les paroles de la chanson décrivent un « oiseau noir chantant dans le calme de la nuit » (« blackbird singing in the dead of night »). Le chanteur lui dit d'utiliser ses ailes brisées et d'apprendre à voler, puisqu'« [il n'attendait] que ce moment pour s'envoler et être libre » (« you were only waiting for this moment to arise/to be free »). Le texte est métaphorique, l'oiseau se débattant pour voler illustrant bien les efforts des Afro-Américains pour faire entendre leurs droits depuis les années 1950[1].

Blackbird est une ritournelle typiquement folk, dans le même esprit dépouillé que la plupart des chansons de l'album blanc, qui ont été composées en Inde sur les seuls instruments disponibles, des guitares acoustiques. Paul McCartney explique la simplicité de la chanson : « C'est un concept assez simple, car il n'y a rien à rajouter par-dessus. À l'époque de Pepper, on l'aurait travaillé jusqu'à pouvoir ajouter des violons ou des trompettes. Mais ce morceau n'en a pas besoin, il n'y a pratiquement rien dans cette chanson. Même quand on a pensé ajouter quelque chose après le faux final, on s'est contenté d'un chant de merle[8]. »

La chanson est dans la tonalité de sol majeur, et la signature rythmique varie constamment entre 3/4, 4/4 et 2/4. Paul McCartney joue de la guitare en fingerpicking, c'est-à-dire avec ses doigts, et non un médiator. Il chante seul pendant les couplets, puis sa voix est doublée pour les refrains[9].

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Steve Turner 2006, p. 192
  2. a et b Barry Miles 2004
  3. (en) « Quiz of the week's news », question 3, BBC News, 10 avril 2009. Consulté le 27 mars 2011.
  4. (en) « Paul McCartney gets emotional during marathon Coachella set », 18 avril 2009, NME. Consulté le 12 août 2010.
  5. a, b et c Mark Lewisohn 1988, p. 137
  6. Mark Lewisohn 1988, p. 70
  7. (en) « Love », Graham Calkin, 2006. Consulté le 26 mars 2011.
  8. Hunter Davies 2004
  9. (en) « Notes on "Blackbird" », Allan W. Pollack, 1997. Consulté le 12 août 2010.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (fr) Hunter Davies (trad. Jean-Luc Piningre), Les Beatles, la biographie, Le cherche midi,‎ 2004, 416 p. (ISBN 2-74910-211-1)
  • (en) Mark Lewisohn (préf. Ken Townsend), The Beatles : Recording Sessions, New York, Harmony Books,‎ 1988, 204 p. (ISBN 0-517-57066-1)
  • (fr) Barry Miles (trad. Meek), Paul McCartney Many Years From Now : les Beatles, les sixties et moi, Paris, Flammarion,‎ 2004, 724 p. (ISBN 2-0806-8725-5)
  • (fr) Steve Turner (trad. Jacques Collin), L'intégrale Beatles : les secrets de toutes leurs chansons, Hors Collection,‎ 2006 (1re éd. 1994, 1999), 288 p. (ISBN 2-258-06585-2)

Liens externes[modifier | modifier le code]