Turricule

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Morceau de turricule de Lombric (longueur : 1 cm environ)
Morceau de turricule de Lombric (longueur : 1 cm environ)
Schéma de disposition du ver arénicole dans le sédiment et fonctionnement du système. La profondeur est fortement réduite par rapport à la largeur.

Un turricule (« petite tour », du latin turris, « tour » et du suffixe diminutif -culus), parfois appelé tortillon, est le rejet des vers de terre anéciques ou des vers arénicoles marins visibles à la surface du sol (par opposition à d'autres déjections déposées sur les parois des galeries). Ils témoignent notamment de l'importance de la bioturbation verticale dans le substrat[1].

Description[modifier | modifier le code]

La taille des turricules varie de quelques millimètres à quelques centimètres et dépend de celle des espèces de lombrics. Parmi les déjections des lombriciens sont distingués les turricules globulaires (sous-unités coalescentes rendant l'ensemble stable) et des turricules granulaires (accumulation de petites boulettes fragiles)[2].

L’entrée du tunnel est un petit entonnoir circulaire pas toujours visible et la sortie est recouverte d’un tortillon de sable.

La drilosphère est la fraction de la terre qui est passée par le tube digestif des vers de terre et qui constitue la paroi des galeries. L'épaisseur moyenne de la drilosphère est de 2 mm mais peut atteindre 5 à 10 mm autour des galeries de Lumbricus terrestris en forêt[3].

Fonction[modifier | modifier le code]

Les vers jouent un rôle important dans la structuration des sols car leurs galeries sont un mélange de matière organique et matière minérale. En brassant activement le sol, ils exercent une importante activité de bioturbation.

L'étude par fractionnement granulométrique des turricules comparés à la nature du sol au même endroit montre que « les vers ingèrent préférentiellement des particules fines du sol »[4].

Les turricules riches en matières argilo-humiques et consolidés par un mucus sont très résistants à la solubilisation par l'eau.

Ainsi, en complément des galeries qui facilitent l'absorption de l'eau par le susbtrat, lors des fortes pluies selon Le Bayon (1999)« la rugosité créée par la présence des turricules ralentit la formation de la lame d'eau et favorise la percolation au détriment du ruissellement »[5]. Dans divers types de milieux, dont en zone de savane, « diverses observations ont montré un effet positif des turricules sur la biomasse racinaire ainsi que sur la densité de certains groupes de macroinvertébrés »[6]

Jardins[modifier | modifier le code]

Formation[modifier | modifier le code]

Selon les sols, le climat et les espèces de lombrics, on estime entre 40 et 120 tonnes de turricules qui sont excrétées par an et par hectare, autrement dit toute la terre d'un jardin ou d'un champ passe dans le tube digestif des lombrics en une cinquantaine d'années[7].

Les turricules sont fréquemment rencontrés à la surface du sol, notamment au printemps et à l'automne sur les pelouses. Au printemps, s'ils sont trop abondants, ils peuvent être étalés avec un râteau à gazon avant la première tonte. Cela évitera de former un mélange gazon humide - terre grasse qui colmate le carter de la tondeuse[8]. Cependant, les tortillons disparaissent assez vite au printemps après la reprise de la végétation sous l'alternance de la pluie et des phases de sécheresse.

En séchant les tortillons et les crottes déposées dans les galeries par les lombrics forment une structure grumeleuse, véritable couscous de terre, facilitant le développement racinaire[9].

Composition[modifier | modifier le code]

Les turricules concentrent l'humus et les sels minéraux directement assimilables par rapport à la matière environnante ; par exemple ils contiennent 4 fois plus d'azote, 7 fois plus de phosphore, 11 fois plus de potasse, 3 fois plus de magnésium, 2 fois plus de calcium[9]. Du fait du passage de la terre dans le tube digestif du ver de terre, les tortillons sont enrichis en bactéries qui rendent les nutriments immédiatement disponibles pour les racines des plantes avoisinantes, qui s'y approvisionnent en priorité. Les tortillons sont un concentré d'engrais naturel prêt à l'emploi. De fait, certains jardiniers les récupèrent pour nourrir les plantes en pot[10].

Galerie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dash, H. K., Beura, B. N., & Dash, M. C. (1986). Gut load, transit time, gut microflora and turnover of soil, plant and fungal material by some tropical earthworms. Pedobiologia, 29(1), 13-20.
  2. Michel-Claude Girard, Christian Walter, Jean-Claude Rémy, Jacques Berthelin, Jean-Louis Morel, Sols et environnement, Dunod, , p. 96
  3. Bouché, 1975
  4. Brossard, M., Lavelle, P., & Laurent, J. Y. (1996). Digestion of a vertisol by the endogeic earthworm Polypheretima elongata, megascolecidae, increases soil phosphate extractibility. European Journal of Soil Biology, 32(2), 107-111 (résumé).
  5. Le Bayon, R. C. (1999). INFLUENCE DES ACTIVITES DES LOMBRICIENS SUR LA DYNAMIQUE(DISPONIBILITE, TRANSFERT) DU PHOSPHORE EN SOLS TEMPERES (Doctoral dissertation).
  6. Mariani, L., Bernier, N., Jiménez, J. J., & Decaëns, T. (2001). Régime alimentaire d’un ver de terre anécique des savanes colombiennes: une remise en question des types écologiques. Comptes Rendus de l'Académie des Sciences-Series III-Sciences de la Vie, 324(8), 733-742.
  7. Pédofaune ou faune du sol
  8. « Gazon: faut-il retirer les déjections de lombrics ? », sur FIGARO, (consulté le 30 avril 2018)
  9. a et b Denis Pépin, Composts et paillis, Mens, Terre vivante, , 320 p. (ISBN 978-2-36098-091-8), p. 28
  10. « Turricules de vers de terre : c'est quoi ces tortillons ? », sur www.gerbeaud.com (consulté le 30 avril 2018)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Beugnot, M. (1978). Recherches sur la dynamique de production des turricules de vers de terre d'une prairie permanente.
  • Buck, C., Langmaack, M., & Schrader, S. (1999). Nutrient content of earthworm casts influenced by different mulch types. European Journal of Soil Biology, 35(1), 23-30 (résumé).
  • Decaëns, T., Galvis, J. H., & Amézquita, E. (2001). Propriétés des structures produites par les ingénieurs écologiques à la surface du sol d’une savane colombienne. Comptes Rendus de l'Académie des Sciences-Series III-Sciences de la Vie, 324(5), 465-478.
  • Loquet, M. (1974). Etude de l'activite microbiologique d'une prairie permanente: Le Haras du Pin; comparaison avec les turricules de vers. Rev Ecol Biol Sol.
  • Parthasarathi, K., & Ranganathan, L. S. (1999). Longevity of microbial and enzyme activity and their influence on NPK content in pressmud vermicasts. European Journal of soil biology, 35(3), 107-113.