Thomas Jeffords

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Thomas Jefferson Jeffords
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Thomas Jefferson Jeffords
Alias
« Tom »
Naissance
comté de Chautauqua, État de New York
Décès
Monts Tortolita (en), nord de Tucson (Arizona)
Nationalité Américaine
Profession
Éclaireur de l'armée américaine
Directeur d'une société de service postal
Agent indien
Adjoint de shérif
Directeur de compagnie d'eaux
Chercheur d'or

Thomas Jefferson Jeffords ( - [Note 1]) était un éclaireur civil de la United States Army, un directeur d'une société de service postal dans l’État de l'Arizona puis agent indien.

Son amitié avec Cochise — le chef des Apaches de la tribu Chiricahua — a grandement contribué à mettre fin au plus grand conflit de l'armée américaine avec les Apaches dans les États de l'Arizona et du Nouveau-Mexique, en 1872, avec la signature du traité de paix, leur garantissant une réserve sur leurs terres ancestrales[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières années[modifier | modifier le code]

Tom Jeffords est né dans le comté de Chautauqua de l’État de New York où son père économise de l'argent pour acheter une ferme. À sept ans, la famille déménage à Ashtabula dans l'Ohio. Ayant appris à naviguer sur les Grands Lacs avec son frère, il met à profit son expérience, en conduisant, à 20 ans, des bateaux de transport de marchandises sur l'Ohio et sur le Missouri. À la recherche de la fortune, il suit la ruée vers l'or à Pikes Peak, puis participe, en 1859, à la construction de la route de Leavenworth à Denver. Il poursuivit sa quête de l'or à San Juan[Lequel ?] jusqu'à Taos dans le Territoire du Nouveau Mexique, et la même année, il suit la ruée vers l'or du Territoire du Colorado jusqu'au Territoire du Nouveau Mexique, à Gila City (en) et à Pinos Altos (en).

De l'importance des dates et des appellations territoriales[modifier | modifier le code]

Le Territoire du Nouveau-Mexique en l'espace de 6 ans, va être amené à changer trois fois de superficie, identifiant pour chacune d'entre-elles, une histoire. De 1850, date de sa création, sa superficie est la réunion des États actuels de l'Arizona et du Nouveau Mexique.

Devant les succès militaires des confédérés dans le sud ouest des États-Unis durant la guerre de Sécession, depuis le , les confédérés votent le la création du Territoire confédéré de l'Arizona sur les frontières proposées en 1858 avec Messilia pour capitale et Lewis Owings pour gouverneur. Le découpage se fait au détriment du Territoire du Nouveau Mexique, sur le 34e parallèle nord, coupant ainsi en deux parties, sur un axe est-ouest, ce territoire qui devient la partie nord alors que la partie sud revient au nouveau Territoire confédéré de l'Arizona. Bien que le Congrès américain n'ait jamais reconnu cette nouvelle entité, elle existait de facto, et ce jusqu'à la fin de la guerre de Sécession. En 1866, le Territoire confédéré de l'Arizona devient le Territoire de l'Arizona et sa superficie n'est plus déterminée par un découpage d'est-ouest mais par un découpage nord-sud, axé sur le 107e méridien, préfigurant alors, la géographie des États que nous connaissons aujourd'hui.

La guerre civile américaine[modifier | modifier le code]

Le , « Tom » est employé prés de Fort Craig où il participe à la bataille de Valverde comme messager civil. Puis, Jeffords accepte la mission du colonel Edward Canby de chevaucher sur plus de 800 kilomètres, seul à travers le territoire apache pour rejoindre Fort Yuma, en Californie où le colonel James Carleton doit arriver avec le 1er régiment d'infanterie de Californie et un détachement de volontaires de l'Union de la colonne de Californie.

Route de la colonne Californie.

À peine arrivé, Thomas Jeffords retourna vers l'est sur le Territoire du Nouveau-Mexique en 1862, en qualité d’éclaireur civil, à la tête des troupes de l'armée de l'Union de Californie. Depuis l'achat de la partie sud du territoire du Nouveau-Mexique par le Congrès — événement plus connu sous le nom d'« achat Gadsden » — les forces confédérées avaient gagné tout le sud du Territoire fédéral du Nouveau-Mexique. Rapidement en 1863, le Congrès des confédérés créait le Territoire confédéré de l'Arizona au dépens du Territoire fédéral du Nouveau-Mexique qui voit sa superficie, d'est en ouest, divisé en deux. Le colonel Canby recherche alors un messager connaissant la route au travers des terres apaches, le long de la rivière Gila pour porter des messages militaires. Il reste avec l'armée de l'Union jusqu'à la fin de guerre civile en 1865. L'armée s'enlisait dans ses conflits, commencés en 1861, avec les tribus indiennes Navajo, Apache et Comanche[2].

L'affaire Bascom[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Affaire Bascom.

L'ouverture du plus grand conflit armé de l'armée américaine avec les Apaches Chiricahua a commencé en 1861, quand Cochise, un des chefs d'une tribu apache fut accusé par l'Armée américaine de l'Union, de l'enlèvement de Felix Ward, un enfant de 11 ans d'origne mexicaine, — fils adoptif de Johnny Ward, connu plus tard sous le nom de Mickey Free — et du vol de son bétail. Bien que le rapt fut probablement le fait d'Apaches de la tribu Pinal, la piste suivie par les enquêteurs mena jusqu'à la tribu de Cochise.

Le lieutenant George Nicholas Bascom, avec sous ses ordres une cinquantaine d'hommes du 7e régiment d'infanterie et Johnny Ward comme interprète, fut envoyé pour ramener l'enfant. Le lieutenant reçut dans son campement Cochise, venu en visite de courtoisie avec quelques membres de sa famille selon la tradition Apache. Il l'invita à déjeuner sous sa tente et le somma de rendre le bétail volé et l'enfant kidnappé[3].

En effet, à deux reprises, le capitaine Richard S. Ewell, le supérieur de Bascom, avait déjà récupéré du bétail volé à Apache Pass et avait juré « que la prochaine fois, il serait obligé d'en finir défitivement[4]. »

Cochise lui répondit qu'il n'était pas responsable mais qu'il pensait savoir où il était. Bascom décida alors de garder en otage jusqu'à la restitution de l'enfant, Cochise et les membres de sa famille présents. Cochise réussit néanmoins à s'échapper en découpant au couteau la tente dans laquelle il était retenu. Mais son demi-frère, ses deux neveux, sa femme et deux guerriers restèrent confinés comme otage[3].

Les jours suivants, Cochise fit également des otages en vue de procéder à un échange. Entouré par ce qu'il croyait être une armée de 500 Apaches, Bascom envoya chercher de l'aide. Le premier arrivé fut le chirurgien Bernard Irwin, qui, à la tête de 11 hommes, prit 3 otages Apaches supplémentaires en chemin. Il fut gratifié de la Medal of Honor 32 ans plus tard pour cette action[5]

Deux troupes de Dragons arrivèrent sous les commandements des lieutenants Isaiah Moore et Richard Lord. La proposition d'Irwin de pendre les 6 otages fut acceptée après beaucoup d'hésitation par Bascom. La femme et les enfants furent néanmoins libérés au Fort Buchanan[5],[6]. Cochise tua également ses otages.

La guerre ouverte[modifier | modifier le code]

Cochise, longtemps pacifique vis-à-vis des colons blancs, fut rejoint par d'autres chefs de tribus indiennes hostiles à l'armée des États-Unis.

La récente construction du fort Breckinridge en 1860, situé en plein territoire Apache, à la confluence de la rivière Aravaipa Creek et de la rivière San Pedro ferma l’accès entre les tribus Apache du nord ouest — Pinal, Coyotero et d'autres tribus Apaches de l'Ouest — et les tribus Apaches du sud-est. L’accès à leurs sites séculaires dont les montagnes Chiricahua et Apache Pass, était remis en cause, les obligeant à modifier leurs itinéraires plus vers l'est du Fort afin d’annihiler la menace qui se matérialisa plus encore après l'affectation de deux régiments de cavalerie de dragons au fort Breckinridge[3].

Les échauffourées des années précédentes firent place à une guerre totale[7].

À la recherche de la paix[modifier | modifier le code]

Entre 1867 et 1869, Jeffords était devenu directeur d'une compagnie de transport de courriers entre Tucson et Socorro. Après que certains de ses postiers eurent été tués par des raids apaches, il chevaucha seul jusqu'au camp de Cochise pour parlementer. Sa bravoure impressionna tellement le chef amérindien qu'ils devinrent amis et frères de sang, et Cochise décida de laisser passer ses postiers en toute sécurité. Son expérience démontra aux blancs que Cochise était un homme de parole et qu'il était possible de négocier avec lui[2].

En 1871, le Président Grant envoya le général Oliver O. Howard dans l'État de l'Arizona avec pour mandat de mettre fin au conflit en négociant un traité de paix. Howard s'avéra être un choix judicieux au regard du travail effectué au Freedmen's Bureau, l'organisme chargé d'aider les esclaves noirs affranchis après la guerre de Sécession. Ayant appris qu'il avait déjà rencontré Cochise, le général Howard demanda l'aide de Jeffords. Celui-ci sentit qu'Howard pouvait être l'homme capable de négocier la paix. Jeffords rencontra une seconde fois Cochise pour lui demander de venir négocier les conditions de la paix à Canada Alamosa. Mais Cochise déclina l'offre, craignant de voyager avec sa famille après le récent massacre de Camp Grant. Il accepta 3 mois plus tard et resta 6 mois durant lesquels leurs amitiés et leurs confiances mutuelles se renforcèrent alors que les négociations échouèrent. En effet, la réserve proposée de Tularosa Valley ne convenait pas. Quelque temps plus tard, il conduisit le colonel au camp de Cochise.

Les temps de paix[modifier | modifier le code]

Un traité de paix fut signé entre les deux parties en 1872, mettant fin à la guerre de 10 ans avec les Apaches Chiricahua[8]

En échange de l’arrêt de la guerre, Cochise avait demandé et obtenu pour son peuple une réserve comprenant les terres séculaires des Chiricahua dont les montagnes Dragoon et Chiricahua. Il demanda également que Jeffords soit leur agent auprès des autorités américaines[9]

La paix dura 4 ans entre 1872 et 1876 durant lesquelles Cochise mourut de cause naturelle en 1874. Il fut remplacé par son fils ainé Taza qui lui même décéda prématurément en 1876, laissant les rênes à son frère cadet Naiche et à Geronimo. De leurs cotés, certains colons blancs résidant dans la région désapprouvaient cet arrangement, parce qu'il les privait de l'accès aux mines de cuivre et d'argent, découvertes sur les terres Apaches. Ils surnommèrent Jeffords « l'amant indien » et écrivirent des rapports très critiques aux politiciens de Washington[2], si bien qu'en 1875, Jeffords fut renvoyé de son poste d'agent fédéral.

La reprise du conflit[modifier | modifier le code]

En 1876, malgré les termes du traité de paix qui garantissaient aux Chiricahua leurs terres ancestrales, Washington, sous la pression locale grandissante, décida de leur affecter une autre réserve situé à San Carlos Reservation. D'autre part, des indiens renégats avaient tués Nicholas Rogers qui leur avait vendu du whisky. Une partie des tribus Apache déménagèrent alors que l'autre menée par Naiche et Geronimo décida la reprise de la guerre qui se termina en 1886 avec la capitulation de Geronimo, le dernier chef Apache Chiricahua[10]. Les guerres indiennes recommencèrent de nouveau, mais se terminèrent en 1918 en Arizona avec la bataille de Bear Valley, entre l'armée américaine des États-Unis et les Indiens de la tribu Yaqui.

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Thomas Jeffords devint conducteur de diligence à Fort Huachuca, shérif adjoint de Tombstone. Il fut chercheur d'or à Huachuca, Dos Cabezas, et dans les montagnes Chiricahua. Avec Nicholas Rogers et Sidney De Long, il exploita la fameuse mine d'or de Brunckow de 1875 à 1880[11]. Puis, il fut à la tête de la première compagnie des Eaux à Tucson creusant des puits artésiens[12] Il vécut les vingt-deux dernières années de sa vie dans le nord de Tortolita dans les montagnes de Tucson, dans une ferme près des Owl Head Buttes. Il mourut le et fut enterré dans le cimetière Evergreen de Tucson[2],[6].

Un monument en son nom a été inauguré au cimetière de Evergreen en 1964[2]

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

L'histoire entre Thomas Jeffords, le général Howard et des Apaches de Cochise, a été relaté dans le roman historique de Elliott Arnold titré Blood Brother. Le roman a été adapté au cinéma dans le film Broken Arrow en 1950, de Delmer Daves dans lequel James Stewart interprète le rôle de Jeffords[13]. Il fut plus tard adapté en 1956, en 73 épisodes pour la télévision avec dans le rôle de Jeffords, l'acteur John Lupton[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La majorité des sources le déclare mort le alors que le journal de Tucson, l'Arizona Daily Star, le déclare décédé le .

Références[modifier | modifier le code]

  1. Cramer 1976.
  2. a b c d et e (en) Charles Leland Sonnichsen, Pilgrim in the sun : a southwestern omnibus, Texas Western Press, , « Who was Tom Jeffords », p. 88–99.
  3. a b et c (en) Paul Andrew Hutton, The Apache Wars : The Hunt for Geronimo, the Apache Kid, and the Captive Boy Who Started the Longest War in American History, Crown/Archetype, (ISBN 978-0-7704-3582-0), p. 41–44.
  4. (en) Donald C. Pfanz, Richard S. Ewell : A Soldier's Life, University of North Carolina Press, , 109–116 p. (ISBN 978-0-8078-8852-0).
  5. a et b (en) Dan L. Thrapp, Encyclopedia of Frontier Biography: G-O, University of Nebraska Press, (ISBN 0-8032-9419-0, lire en ligne), p. 707.
  6. a et b Denis McLoughlin, The Encyclopedia of the Old West, Taylor & Francis, (ISBN 978-0-7100-0963-0), p. 256–257.
  7. (en) Terry Mort, The Wrath of Cochise : The Bascom Affair and the Origins of the Apache Wars, Pegasus Books, (ISBN 978-1-4532-9847-3, lire en ligne), p. 10–12.
  8. (en) Edward R. Sweeney, Making Peace with Cochise : the 1872 Journal of Captain Joseph Alton Sladen, Norman, University of Oklahoma Press, (ISBN 0-8061-2973-5), p. 120–126.
  9. (en) Edgar Wyatt, Cochise, Apache warrior and statesman, Whittlesey House, , p. 118–123.
  10. (en) David Roberts, Once They Moved Like The Wind : Cochise, Geronimo, And The Apache Wars, New York, Simon and Schuster, (ISBN 978-0-671-88556-4, lire en ligne), p. 375.
  11. Wm. B. Shillingberg, Tombstone, A.T.: A History of Early Mining, Milling, and Mayhem, University of Oklahoma Press, (ISBN 978-0-8061-5409-1, lire en ligne), p. 19–20, 75, 86.
  12. Sonnichsen, The Journal of Arizona History, vol. 4, Tucson, Arizona, Arizona Pioneers' Historical Society, , p. 75.
  13. Barry Stone, The 50 Greatest Westerns, Icon Books, , 51–52 p. (ISBN 978-1-78578-159-9, lire en ligne)
  14. Vincent Terrace, Television Introductions: Narrated TV Program Openings since 1949, Scarecrow Press, (ISBN 978-0-8108-9250-7, lire en ligne), p. 138

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Harry G. Cramer III, « Tom Jeffords—Indian Agent », The Journal of Arizona History, vol. 17, no 3,‎ , p. 265-300 (JSTOR 41859463).

Liens externes[modifier | modifier le code]