Tibet, Tibet : une histoire personnelle d'un pays perdu

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Tibet, Tibet : une histoire personnelle d'un pays perdu
Auteur Patrick French
Genre essai
Version originale
Langue Anglais
Titre Tibet, Tibet: A Personal History of a Lost Land
Lieu de parution Londres
Date de parution 2003
ISBN original 812410638X
Version française
Traducteur William Olivier Desmond
Éditeur Albin Michel
Date de parution 2005
Nombre de pages 342
ISBN 2-226-15964-9

Tibet, Tibet : une histoire personnelle d'un pays perdu (titre original : Tibet, Tibet : A Personal History of a Lost Land) est une œuvre de l'historien et journaliste anglais Patrick French publiée en 2003.

À partir de ses voyages et de sa passion pour le Tibet et sa culture, Patrick French a rédigé ce récit qui présente ses notes de voyages, ses souvenirs personnels, ses rencontres, l'histoire et la politique du Tibet[1].

L'auteur[modifier | modifier le code]

Patrick French, ancien président de l'association Free Tibet Campaign, s'est impliqué dans la cause tibétaine[2].

Résumé[modifier | modifier le code]

À partir de ses voyages et de sa passion pour le Tibet et sa culture, Patrick French a rédigé ce récit qui présente ses notes de voyages, ses souvenirs personnels, ses rencontres, l'histoire et la politique du Tibet.

Accueil critique[modifier | modifier le code]

La journaliste Isabel Hilton (en), du Guardian, indique que cet ouvrage de Patrick French permet de revisiter les mythes du Tibet indiquant par exemple que les Tibétains sont bons et les Chinois mauvais, le Dalaï-lama est infaillible et les Tibétains sont un peuple de saints[3].

Le journaliste britannique Justin Wintle (en) trouve le livre éclairant bien qu'inégal. Selon lui, son auteur s'efforce d'être aussi impersonnel que possible dans ses impressions du Tibet tout en donnant une importance exagérée à ses aventures personnelles. Pour Wintle, l'ouvrage est à la fois un livre de voyage et de l'histoire recyclée (recycled history). Si dans la première partie, Patrick French nous livre avec brio ses réflexions, dans la deuxième il se laisse aller à des diatribes anti-maoïstes. Patrick french s'interroge sur la pertinence d'un « Tibet libre sans une Chine libre »[4].

« Un voyage à travers le Tibet par un journaliste connaisseur du pays » selon le site du Sénat du groupe interparlementaire d'amitié[5].

Le 14e dalaï-lama[modifier | modifier le code]

Controverse sur le « génocide tibétain »[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Sinisation du Tibet.

Patrick French conteste le nombre de 1,1 million de morts avancé par le gouvernement tibétain et estime celui-ci à 500 000 morts en raison de la politique appliquée au Tibet par la République populaire de Chine.

Nombre de morts au Tibet[modifier | modifier le code]

Enquêtant sur la question du controversé génocide tibétain, il constata que les données brutes, obtenues à partir du témoignage de réfugiés et traitées par le Gouvernement tibétain en exil, ne permettaient pas d'obtenir le chiffre total annoncé. En lieu et place de noms, il ne trouva que « des chiffres insérés de façon apparemment aléatoire dans chaque rubrique et dupliqués de façon systématique, incontrôlée » (par exemple, un même affrontement armé, relaté par cinq réfugiés différents, se retrouvait comptabilisé cinq fois). De plus, il s'aperçut que sur les 1,1 million de morts comptabilisés, il n'y avait que 23 364 femmes, ce qui impliquait la disparition de 1,07 million des 1,25 million de Tibétains du sexe masculin[6],[7], [8].

Patrick French affirme que l’historien Warren W. Smith Jr qui a étudié les déficits de croissance de la population a écrit que les statistiques chinoises « confirment les thèses tibétaine d'un nombre massif de morts et réfutent les dénégations chinoises ». Selon ses estimations plus de 200 000 Tibétains « manqueraient » à la population de la Région autonome du Tibet. Le nombre de morts tibétains semble aussi élevé dans les régions du Gansu, du Sichuan et du Qinghai, trois régions où les taux de mortalité au début des années 1960 sont élevés et vérifiables. Si cela est exact, on peut estimer qu'environ un demi-million de Tibétains sont directement morts en raison de la politique appliquée au Tibet par la République populaire de Chine[9].

Famine[modifier | modifier le code]

Concernant la famine en Chine French indique que certains chercheurs ont avancé les chiffres de quarante voir cinquante millions de morts. Or les travaux les plus récents donnent un chiffre de trente millions de morts selon les travaux de la démographe Judith Banister.

Pour la famine dans les régions du Tibet, Patrick French indique qu'il n'existe pas de statistique pour le centre Tibet mais il signale que :

« la sauvagerie qui présida à la répression de la révolte contre le pouvoir chinois ne permet pas de savoir si les morts ont été provoquées par la faim, par la maladie, par la guerre ou par les persécutions. »

Par contre des statistiques existent pour les trois autres provinces chinoises partiellement tibétaines. Ainsi, si pendant la période 1959-1962 (comparé aux données des années 1956-1958) le taux global de mortalité augmenta de 115 % celui des trois provinces augmenta en moyenne de 233 %[10].

Patrick French estime que le tableau le plus clair que l'on puisse faire de cette période vient de la Pétition en 70 000 caractères écrit en 1962 par le 10e panchen lama et adressée au gouvernement chinois.

Prostitution à Lhassa[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Prostitution au Tibet.

Patrick French indique avoir constaté à Lhassa l'importance du phénomène : « Ce sont aujourd'hui des centaines de bordels ». Il précise que la prostitution à Lhassa « fait l'objet d'une ségrégation ethnique » il y a très peu de prostituées tibétaines, la majorité étant chinoises, originaire du Sichuan ou du Qinghai. Le commerce du sexe étant « contrôlé par des gangs chinois bénéficiant de protections politiques »[11]. Patrick French mentionne que les sentiments anti-chinois sont tels qu'une prostituée tibétaine de Lhassa refuse les Chinois comme clients[12].

Colonisation du Tibet[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Colonisation du Tibet.

Patrick French note que Chen Kuiyuan, le secrétaire du parti communiste au Tibet, dirigea le Tibet, à la manière coloniale, c'est-à-dire à distance, depuis Chengdu, tout comme son prédécesseur Hu Jintao qui passa à Pékin les 2 dernières années de son mandat. Il remarque également qu'aucun grand dirigeant chinois en exercice ne s'est rendu au Tibet, alors que sa superficie constitue près de 25 % du territoire chinois[13].

Éducation[modifier | modifier le code]

Selon Patrick French, un rapport récent du China Population Information and Research Center (CPIRC) (organisme chinois de démographie) affirme que 60 % des habitants de la RAT sont illettrés, la moyenne nationale de la République populaire de Chine est de 16 %, le revenu rural par habitant est le plus bas en comparaison des provinces de Chine, l'espérance de vie est inférieur à 60 ans, la plus basse de Chine, la moyenne se situant à 69 ans, la mortalité infantile est de 96 pour mille, 11 fois celle de Pékin[14].

La révolution culturelle[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Révolution culturelle au Tibet.

Patrick French évoque sa rencontre avec Sonam une ancienne membre de l'aristocratie tibétaine âgée de près de soixante dix ans. De par ses convictions elle avait adhéré au parti communiste chinois dans les années 1950[15].

Propagande sur le Tibet[modifier | modifier le code]

Patrick French écrit que dans les années 1960 et 70, les sympathisants communistes venaient visiter le Tibet en se félicitant de la politique qu'y menait Pékin. Pierre Ryckmans, sous le pseudonyme de Simon Leys, fut le premier à dénoncer ce phénomène dans Ombres chinoises publié en 1974. Jusqu’au début des années 1980, personne ne pouvait visiter le Tibet sans un visa spécial de Pékin[16]. Cette situation a conduit à la publication d’ouvrages, que Patrick French qualifie de honteux tellement ils sont mensongers, comme Tibet Transformed de Israel Epstein, When Serfs Stood Up in Tibet de Anna Louise Strong ou Lhassa étoile fleur de Han Suyin[16].

Dans un essai publié en France en 1967 (La Chine en 2001), Han Suyin prétend que le Grand Bond en avant aurait pu apporter à la Chine, en 2001, un réservoir de « six millions de paysans scientifiques », objectif que les politiques menées ont échoué à atteindre[16].

Au travers de visites dans les villages Potemkine, les visiteurs étrangers étaient conduits dans une ferme, une usine ou un hôpital modèles. D’anciens « serfs » étaient systématiquement présents, prêts à conter de terribles histoires[16].

Les visites de ceux que Patrick French qualifie de « prostitués intellectuels » ont presque disparu depuis les années 1980, bien qu’il note qu’en l’an 2000, le baron prospère de la presse indienne, Narasimhan Ram, publia dans la revue Frontline dont il dirige la publication un article faisant suite à un voyage officiel de 5 jours au Tibet débutant ainsi : « Le ciel est turquoise, le soleil d’or pur, le Dalaï-Lama est loin du Potala, semant la zizanie en Occident, mais le Tibet avance. ». Le Quotidien du Peuple reprit ses propos, d’un enthousiasme rare en 2000, pour la propagande de Pékin dans un article intitulé « le vrai Tibet sous l’éclat du soleil »[16].

Éditions[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Site du musée du quai Branly : présentation de Tibet, Tibet Une histoire personnelle d'un pays perdu « Grand voyageur, très impliqué dans la cause tibétaine, le journaliste Patrick French, collaborateur des plus grands journaux anglo-saxons, a sillonné le « Pays des Neiges éternelles ». Des régions frontalières de la Chine à Lhassa, il a traversé plaines et vallées jusqu'au nord de l'Inde, où se sont réfugiés le gouvernement tibétain en exil et une grande partie de la diaspora. De ses voyages et de sa passion pour un pays et sa culture ancienne, Patrick French a tiré ce formidable récit qui mêle notes de voyages, souvenirs personnels, rencontres, histoire et politique. Courageux et passionné, c'est le livre que l'Occident attendait sur le Tibet : gardant la raison sans jamais perdre le cœur, Patrick French bouleverse mythes et idées reçues. »
  2. Tibet, Tibet : une histoire personnelle d'un pays perdu GIS asie
  3. Isabel Hilton Myth and reality The Guardian, 31 mai 2003 « Isabel Hilton is not entirely convinced by Patrick French's bid to get to grips with a nation's history in Tibet, Tibet »
  4. (en) Justin Wintle (en) Tibet, Tibet: a personal history of a lost land, by Patrick French The Independent, 12 avril 2003.
  5. Bibliographie Le Tibet en exil : à l'école de la démocratie Site du Sénat, rapport d'activité.
  6. Patrick French, Tibet, Tibet, une histoire personnelle d'un pays perdu, Albin Michel, 2005.
  7. Elisabeth Martens, Histoire du bouddhisme tibétain : la compassion des puissants, L'harmattan, 2007, ISBN 2296040330, 9782296040335, p. 233
  8. Barry Sautman, June Teufel Dreyer, Contemporary Tibet: Politics, Development, And Society In A Disputed Region, p. 239.
  9. Patrick French, opus cité, « L'historien Warren Smith, travaillant sur les déficits dans la croissance des populations, a écrit que les statistiques du gouvernement chinois « confirment les thèses tibétaine d'un nombre massif de morts et réfutent les dénégations chinoises ». D'après ses estimations, ce sont plus de 200 000 Tibétains qui « manqueraient » à la population de la Région autonome du Tibet. Avec les taux élevés et vérifiables de mortalité dans le Ganzou, le Sichuan et le Qinghai, au début des années soixante, il semble que le nombre de morts tibétains ait été aussi élevé dans ces régions que dans le Tibet central. Si cela est vrai, on peut avancer avec un certain degré de probabilité qu'environ un demi-million de Tibétains sont directement morts à cause de la politique appliquée au Tibet par la République populaire de Chine. Chiffre de toute façon terrifiant, en conséquence, et qui ne diminue en rien l'horreur de ce qui a été fait au Tibet. »
  10. Source :Tibet, Tibet, une histoire personnelle d'un pays perdu, traduit de l'anglais par William Oliver Desmond, Albin Michel, 2005, Pages 83, 84, 326 et 327.
  11. Tibet, Tibet Une histoire personnelle d'un pays perdu traduit de l'anglais par William Oliver Desmond, Albin Michel, 2005 : pages 253 et 254
  12. Jamyang Norbu The Incredible Weariness of Hope (Jamyang Norbu). Tibet, Tibet: A Personal History of a Lost Land.
  13. Tibet, Tibet Une histoire personnelle d'un pays perdu traduit de l'anglais par William Oliver Desmond, Albin Michel, 2005 : p 49-50
  14. Tibet, Tibet Une histoire personnelle d'un pays perdu traduit de l'anglais par William Oliver Desmond, Albin Michel, 2005 : p 54-55
  15. Tibet, Tibet Une histoire personnelle d'un pays perdu traduit de l'anglais par William Oliver Desmond, Albin Michel, 2005 : p 236 et suivantes
  16. a, b, c, d et e Patrick French :Tibet, Tibet Une histoire personnelle d'un pays perdu, Page 83 et 294

Voir aussi[modifier | modifier le code]