Thomas Gobert (compositeur)

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Thomas Gobert
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Naissance début XVIe siècle
Décès
Paris, Drapeau de la France France
Activité principale Prêtre, compositeur, chantre, maître de chapelle

Thomas Gobert est un prêtre, compositeur et chantre français, né au début du XVIIe siècle et mort à Paris le , actif notamment comme sous-maître de la chapelle du roi sous Louis XIV, et chanoine de la Sainte-Chapelle. De ce musicien on dispose d’un certain nombre de documents, mais de très peu d’œuvres.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Il est fils de Guillaume Gobert et Claude Sadel[1]. Il est devenu prêtre du diocèse de Paris à un moment non identifié, mais avant novembre 1647.

Durant sa carrière parisienne, on possède quelques actes de famille le concernant : il est témoin au mariage de Robert Gobert, probablement un parent, le 5 octobre 1643, et parrain d’un enfant le 26 octobre 1660, les deux fois à Saint-Germain-l’Auxerrois, paroisse de la cour[2]. On sait qu’il a eu un neveu Michel Gobert, comme lui chapelain à la Sainte-Chapelle[3].

Premiers emplois[modifier | modifier le code]

Extrait de L'Entretien des musiciens d'Annibal Gantez (1643) concernant Thomas Gobert.

Les Mémoires de Dongois indiquent qu’il aurait été enfant de chœur à la Sainte-Chapelle, mais aucun registre ne permet de le confirmer[4].

Son premier poste identifié est celui de maître de chapelle à Péronne en Picardie[5]. Il est nommé chanoine de Saint-Quentin dès l’année 1630. Cette nomination très précoce est sans doute l'indice d'une célébrité naissante, voire du désir du chapitre de Saint-Quentin de ne pas le laisser partir (ou repartir) à Paris[6].

Gantez nous dit ensuite : « De là il fit un beau saut chez Monsieur le Cardinal, et un meilleur chez le roy, puisqu’il est maistre de sa chapelle, laquelle gaigna au prix. »[7].

De ce passage dans la maison de Richelieu, on n’a pas de trace.

À la Chapelle du roi[modifier | modifier le code]

Pour son poste à la chapelle du roi, il y en a plus, en revanche. En 1638, Gobert succède à Nicolas Formé comme sous-maître de la Chapelle du roi, au semestre de janvier. L’autre semestre est assuré par Eustache Picot, puis Jean Veillot, enfin Henry Du Mont[8].

En 1664, après la mort de Jean Veillot, les deux semestres sont transformés en quatre quartiers (trimestres). Dès ce moment Gobert assure le quartier de janvier, les autres sous-maîtres étant Pierre Robert, Gabriel Expilly et Du Mont. Ses gages se montent à 1600 lt. Il abandonne cet office à une date non déterminée, avant 1668[9].

Les registres disent qu’il est également compositeur de la Chambre du roi[10], aux gages de 600 lt, pour le semestre de janvier, de 1664 à sa mort en 1672, en alternance avec Lully[11]. Toutefois l'État de 1672 le cite comme compositeur à la Chapelle en 1672, et jamais à la Chambre. Qui faut-il croire ? Sa faible production en musique profane laisse supposer qu’il était en fait compositeur pour la Chapelle.

À la Sainte-Chapelle[modifier | modifier le code]

Parallèlement à sa carrière à la Chapelle du roi, Gobert a obtenu un certain nombre de charges à la Sainte-Chapelle. Le 24 novembre 1646, il prend la chapellenie perpétuelle de Saint-Blaise en la basse Sainte-Chapelle[12], et la conserve jusqu’au 7 octobre 1651, date à laquelle elle passe à Ferdinand de Florence[13].

Entre janvier et avril 1647, il demande à deux reprises à être « mis sur le livre du point » (c’est-à-dire de pouvoir chanter au lutrin en touchant les émoluments attachés à cette fonction) en demandant toutefois d’être dispensé de chanter au lutrin sous la direction d’Artus Aux-Cousteaux, puisqu’il avait à la Chapelle du roi un office de rang supérieur à celui-ci, ce qui lui est accordé[14].

Le 26 septembre 1651 il reçoit du roi une prébende de chanoine à la Sainte-Chapelle[15].

Autres offices[modifier | modifier le code]

Trois actes du minutier central en date du 3 juin 1641 montrent qu’il était également chanoine de la Cathédrale Saint-Vincent de Saint-Malo[16].

Il meurt le 26 septembre 1672 et est enterré le 28 septembre[17].

Correspondance[modifier | modifier le code]

C’est entre mai 1646 et juillet 1647 que se situe une intéressante correspondance entre Thomas Gobert et Constantin Huygens, consistant en 9 lettres conservées à La Haye et Leyde[18]. Il en ressort essentiellement que Gobert intervient comme intermédiaire entre Huygens et Robert III Ballard pour la publication de sa Pathodia sacra et profana occupati (1647). Il reçoit et corrige des pièces avant qu’elles soient publiées, intervient dans la correction des épreuves. Il répercute à Huygens le désir de Ballard de remplacer les basses en tablature par des basses continues (ce qui sera fait). Il échange également d'autres compositions avec Huygens, et tous deux se demandent mutuellement de corriger leurs défauts. Il est aussi en relation avec Luigi Rossi (il envoie à Huygens quelques airs italiens de Rossi) et avec le Père Marin Mersenne. Il dit dans une de ses lettres que le service de la chapelle du roi ne lui laisse que peu de temps pour composer des pièces profanes.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Malgré le peu de musique qu’on conserve de lui, Gobert apparait avoir été un compositeur à l’avant-garde de son époque : il introduit une basse continue dans ses Elévations, écrit des motets à grand chœur (forme nouvelle), modernise les mélodies d’Aux-Cousteaux pour les psaumes d'Antoine Godeau en les ornementant...

Œuvres sacrées[modifier | modifier le code]

  • Les grands motets que Gobert a écrits pour la Chapelle du roi sont perdus. Quelques textes écrits pour lui par Pierre Perrin (poète) sont connus par un recueil intitulé Cantica a sacelli regii musicis in sacrificio missae decantata. Motets chantez pendant la messe du roy, par la musique de sa chapelle... composez en latin et rendus en françois par P. Perrin... et mis en musique par T. Gobert. Paris, s.d.. 2°, 4 p. Paris BNF (Impr.) : YC-399.
De ce répertoire il existe aussi un livret de Pierre Perrin sur lequel il a composé de la musique :
  • Paroles tirées de la Sainte Écriture, et mises en motet pour la Chapelle du roi, Pour rendre graces à Dieu de l'heureux Mariage de leurs Majestez. [Paris, Robert III Ballard, 1660]. 1 vol. 2°. Guillo 2003 n° 1660-G.
L’incipit est : Audite cæli quæ loquor audiat terra, verba oris mei... / Cieux, daignez escouter ce que je dis ; & que toute la terre...]. [À la fin :] Par le Sieur Gobert, Maistre de la Musique de la Chapelle du Roy. Paris Maz. : Rés 274 A3(5).
  • Sont également perdues des Élévations et antiennes à voix seule et à 2 parties avec la b.c., dont un manuscrit est signalé en 1750 dans la bibliothèque de musique des imprimeurs Ballard[19]
Il s’agit probablement des Antiennes récitatives que Gobert envoie à C. Huygens, dont il parle dans sa lettre à Huygens du 17 octobre 1646.
  • Magnificat à grand chœur (5 v.), cité dans la même lettre.

Œuvres spirituelles[modifier | modifier le code]

Page de titre des Psaumes d'Antoine Godeau mis en musique par Thomas Gobert (Paris, 1661). Paris BNF.

Thomas Gobert a achevé la composition des mélodies des 150 psaumes de David que le compositeur Artus Aux-Cousteaux avait entreprise, pour remplacer celle que Antoine Lardenois avait déjà données sur ces textes. Gobert modifie aussi les mélodies d’Aux-Cousteaux et ajoute une partie de basse. Les éditions retrouvées qui portent son nom sont les suivantes :

  • Paraphrase des pseaumes de David, en vers françois, par Antoine Godeau... et mis en chant, par Artus Aucousteaux... Quatrième édition, revue & corrigée. - Paris, Pierre Le Petit, 1656, 12°. Cette édition contient déjà des mélodies de Gobert, sans qu’il s’y soit nommé. Celui-ci déclare y avoir ajouté des portes-de-voix, des anticipations, des tremblements et autres ornements, pour rendre la musique d’Aux-Cousteaux plus agréable.
  • Paraphrase des pseaumes de David, en vers françois, par Antoine Godeau... et mis nouvellement en chant, par Thomas Gobert... Cinquième édition. - Paris, Pierre Le Petit, 1659, 12°. [Partie de dessus]. RISM G 2914 et GG 2914.
  • Paraphrase des pseaumes de David, en vers françois, par Antoine Godeau... et mis nouvellement en chant, par Thomas Gobert... Cinquième édition. - Paris, Pierre Le Petit, 1659, 12°. [Partie de dessus]. RISM G 2914 et GG 2914.
  • Paraphrase des pseaumes de David, en vers françois, par Antoine Godeau... et mis nouvellement en chant, par Thomas Gobert... Basse. - Paris, Pierre Le Petit, 1661, 8° oblong. [Partie de basse]. RISM G 2915 et GG 2915.
  • Paraphrase des pseaumes de David, en vers françois, par Antoine Godeau... Sixième édition... et les chants corrigez & rendus propres et justes pour tous les couplets, par Me Thomas Gobert... - Paris, Pierre Le Petit, 1672, 12°. RISM G 2916.
  • Paraphrase des pseaumes de David, en vers françois, par Antoine Godeau... Dernière édition... et les chants corrigez & rendus propres et justes pour tous les couplets, par Me Thomas Gobert... - Paris, Pierre Le Petit, 1676, 12°. RISM G 2917 et GG 2917.
  • Paraphrase des pseaumes de David, en vers françois, par Antoine Godeau... et mis en chant par Thomas Gobert... Nouvelle édition revue & corrigée... - Paris, Denis Thierry, 1686, 12° RISM G 2918 et GG 2918.
  • Paraphrase des pseaumes de David, en vers françois, par Antoine Godeau... et mis en chant par Thomas Gobert... Nouvelle édition revue & corrigée... - Paris, Denis Thierry, 1698, 12° RISM GG 2918a (il s’agit en fait de l’édition de 1686 rafraîchie).
Sur ces éditions, voir Launay 1964 et Noailly 1992. Les mélodies des éditions de 1659 et 1672 sont détaillées dans le base Neuma gérée par l'IReMus.

Enfin, Gobert met en musique pour 2 voix six textes spirituels de François Berthod à la fin du

  • III. livre d'airs de dévotion à 2 parties... Ou conversion de quelques-uns des plus beaux de ce temps en airs spirituels par François Berthod. Paris, Robert III Ballard, 1662. 1 vol. 8°. RISM 16625, Guillo 2003 n° 1662-A.

Œuvres profanes[modifier | modifier le code]

On n’a de lui que l’air à 2 voix Sombre forest où regne le silence, inclus dans :

  • Airs de différents auteurs à 2 parties [1er livre]. Paris, Robert III Ballard, 1658. 1 vol. 8°. RISM 165803, Guillo 2003 n° 1658-A.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. D’après un acte de la Sainte-Chapelle, voir Brenet 1910 p. 206. Gantez suppose qu’il est né en Picardie, en raison de son premier poste à Péronne, mais il ne fait que le supposer. Il pourrait aussi venir d’une famille parisienne.
  2. Laborde 1965 p. 137
  3. Elissèche 2015.
  4. Dongois, p. 155
  5. Gantez 1643, Lettre XXVII, p. 152.
  6. Il est encore chanoine de Saint-Quentin en 1669. Il soutient un long procès contre le chapitre de Saint-Quentin à propos du paiement de sa prébende. Voir Gomart 1851 p. 51 et Brenet 1910 p. 350.
  7. Gantez 1643, Lettre XXVII.
  8. Paris AN : Z 1a 486, cité d’après Massip 1976 p. 26. Les États de la France de 1661 et 1663 corroborent cette charge.
  9. Benoit 1971. Il n’apparaît plus dès 1668 comme sous-maître de la chapelle dans les registres. L’État de la France de 1665 corrobore cette charge, et ne l’y cite plus en 1669.
  10. Et non de la Chapelle, comme il a souvent été écrit.
  11. Benoit 1971.
  12. Brenet 1910 p. 201.
  13. Sur Gobert à la Sainte-Chapelle, voir aussi Elissèche 2015.
  14. Brenet 1910 p. 201-202.
  15. Brenet 1910 p. 206 ; il est encore chanoine en 1670. Brenet 1910 p. 206 et 217.
  16. Paris AN : MC/ET/VII/30, cité d’après Jurgens 1967 p. 72-73.
  17. Brenet 1910 p. 221.
  18. Elles sont presque toutes publiées dans Huygens 1882, p. CCXI-CCXXI. Voir aussi le tableau de synthèse dans Guillo 203 vol. I p. 35.
  19. Guillo 2004 p. 342.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marcelle Benoît, Musiques de cour : Chapelle, Chambre, Écurie, recueil de documents 1661-1733. Paris : Picard, 1971.
  • Michel Brenet (pseud. de Marie Bobillier, Les musiciens de la Sainte-Chapelle du Palais : documents inédits, recueillis et annotés. Paris, A. Picard, 1910. L’ouvrage contient une notice sur Gobert aux p. 350-351.
  • Gilles Dongois, Mémoires pour servir à l’histoire de la Sainte Chapelle du Palais Royal à Paris. Paris AN : LL 630. (645 p.)
  • Charles-Yvan Élissèche, La vie musicale à la Sainte-Chapelle de Paris aux XVIe et XVIIe siècles : étude du personnel musical. Thèse de musicologie, Université François-Rabelais de Tours, juillet 2015. 4 vol.
  • Annibal Gantez, L’entretien des musiciens. Auxerre, 1643. Sur Gallica.
  • Charles Gomart, Notes historiques sur la maîtrise de Saint-Quentin et sur les célébrités musicales de cette ville. Saint Quentin, 1851. Reprint in La vie musicale dans les provinces françaises : 1 (Genève, 1971).
  • Laurent Guillo, « La bibliothèque de musique des Ballard d'après l'inventaire de 1750 et les notes de Sébastien de Brossard (Première partie) », Revue de Musicologie 90/2 (2004), p. 283-345.
  • Madeleine Jurgens, Documents du Minutier central concernant l’histoire de la musique, 1600–1650. Paris : 1967.
  • Musiciens de Paris 1535-1792 d’après le Fichier Laborde. Publié par Yolande de Brossard. Paris : Picard, 1965.
  • Denise Launay, « À propos du chant des psaumes en français au XVIIe siècle : la paraphrase des psaumes de Godeau et ses musiciens », Revue de Musicologie 50 (1964), p. 30-75.
  • Denise Launay, La musique religieuse en France du Concile de Trente à 1804. Paris, 1993.
  • Jean-Michel Noailly, « La Paraphrase des Pseaumes par Antoine Godeau : éléments bibliographiques », Psaume 7 (1992), p. 165-171.
  • Catherine Massip, La vie des musiciens de Paris au temps de Mazarin (1643-1661) : essai d'étude sociale. Paris : Picard, 1976.

Liens externes[modifier | modifier le code]