Tchadanthropus uxoris

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vue frontale d'un moulage de Tchadanthropus uxoris exposé au Musée national du Tchad à N'Djamena
vue latérale d'un moulage de Tchadanthropus uxoris exposé au Musée national du Tchad à N'Djamena ; la pièce est orientée telle qu'elle est exposée

Tchadanthropus uxoris est un nom abandonné d'espèce d'hominidé. Parfois également appelée Tchadanthrope, l'espèce a été définie par le paléoanthropologue français Yves Coppens[1],[2] à partir d'un fragment de crâne fossile découvert en 1961 au Tchad. Aucun autre fossile n'a été attribué à cette espèce et l'usage de ce taxon est abandonné au sein de la communauté scientifique.

Découverte[modifier | modifier le code]

Dans le cadre d'une mission de recherche initiée en 1959, le fossile fut découvert en 1961 dans le nord du Tchad, non loin de la petite palmeraie de Yaho, par Salé, cuisinier tchadien de la Direction des Mines et de la Géologie, qui l'offrit à l'épouse d'Yves Coppens. La découverte et la proposition d'un nouveau nom d'espèce fossile furent publiées en 1965[3]. Elles eurent un certain retentissement dans la communauté scientifique de l'époque[2].

La dénomination générique Tchadanthropus est formée à partir de Tchad, pays de la découverte, et de anthropos qui signifie Homme en grec ancien. Le nom d'espèce est formé à partir du latin uxor, décliné au génitif singulier, et signifie « de l'épouse », en référence à l'histoire de la découverte du fossile. En 2018, Yves Coppens écrit « Il s'agissait plus en fait d'un surnom pour parler du premier hominidé d'un certain âge découvert entre ceux d'Algérie et du Maroc et ceux du Kenya et de Tanzanie. Car ni Tchadanthropus ni uxoris ne se justifiaient scientifiquement, mais c'était de « bonne guerre » ! » [4].

Description[modifier | modifier le code]

Le fossile se compose de la partie supérieure de la face et de la partie antérieure de la calotte crânienne.

Le volume endocrânien est difficile à estimer, en l'absence des pariétaux, mais est probablement faible compte tenu de l'absence complète de front. Lors des premières descriptions, il était indiqué que la face montrait un fort prognathisme, comparable à celui des australopithèques, et de grandes orbites oculaires[3].

Datation[modifier | modifier le code]

L'âge de Tchadanthropus uxoris était initialement estimé par Yves Coppens à environ un million d'années. Le fossile pourrait n'avoir qu'environ 10 000 ans, selon les données stratigraphiques, paléontologiques et radiochronologiques présentées par Michel Servant dès 1973 dans le cadre de sa thèse[5],[6].

Attribution[modifier | modifier le code]

Si le fossile est aussi récent qu'indiqué précédemment, il ne peut être rattaché à une espèce apparentée aux australopithèques, contrairement à ce qu'Yves Coppens avait imaginé au départ. Celui-ci rattache aujourd'hui le fossile à l'espèce Homo erectus[2]. Dans ses mémoires, il écrit « Un net prognathisme alvéolaire (la dish face, la « face en assiette », décrite par les Anglo-Saxons, très présente chez les australopithèques) était très accusé, mais, à l'examen rapproché, cette projection paraissait en partie due à un twist artificiel, dû probablement à la pression du terrain. Mais ce n'est pas ici l'endroit de décrire plus avant ce « trophée ». Dans mon enthousiasme (souvent mauvais conseilleur) et sous l'influence du prognathisme, j'avais qualifié ce crâne d'australopithèque. Michel Brunet, trente ans plus tard, me donnera raison (l'australopithèque était bien au Tchad) ; l'idée était bonne mais les données étaient fausses (le tchadanthrope n'en était pas un !). La très grande fossilisation, le prognathisme indiscutable de la face, la dimension des sinus, celle des orbites, la fuite du frontal, la présence d'une suture métopique, sans être des preuves définitives, n'en constituent pas moins des éléments qui me font penser aujourd'hui à un Homo erectus. »[4]

Pour Bernard Wood, le fossile correspondrait à la face d'un squelette humain moderne tellement altéré par le sable et l'érosion éolienne qu'il évoquerait l'apparence d'un australopithèque[7].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. (Coppens 1961a, 1961b, 1962, 1965, 1966a, 1966b).
  2. a, b et c « L'histoire de l'humanité racontée par les fossiles », Pourlascience.fr,‎ (lire en ligne)
  3. a et b Yves Coppens : le Tchadanthropus uxoris, vidéo INA de 1965.
  4. a et b (Coppens 2018).
  5. (Servant 1983, pp. 462-464).
  6. voir le site internet Tchad berceau de l'humanité
  7. « The first 'early hominid' from Chad, Tchadanthropus uxoris, found in 1961, turned out to be the face of a modern human skull that had been so eroded by wind-blown sand that it mimicked the appearance of an australopith, a primitive type of hominid. » (Wood 2002, p. 133).

Références[modifier | modifier le code]

  • Coppens, Y. (1961a) - « Un australopithèque au Sahara (Nord-Tchad) », Bulletin de la Société préhistorique française, t. 58, n° 11-12, pp. 756-757.
  • Coppens, Y. (1961b) - « Découverte d'un Australopithéciné dans le Villafranchien du Tchad », Comptes-rendus de l'Académie des Sciences, t. 252, pp. 3851-3852.
  • Coppens, Y. (1962) - « Découverte d’un australopithéciné dans le Villafranchien du Tchad », in: Colloque International du CNRS, 104, pp. 455-459.
  • Coppens, Y. (1965) - « L’Hominien du Tchad », Compte Rendu de l'Académie des Sciences, 260, pp. 2869-2871.
  • Coppens, Y. (1966a) - « Le Tchadanthropus », L'Anthropologie, t. 70, n° 1-2, pp. 5-16.
  • Coppens, Y. (1966b) - « An early Hominid from Tchad », Current Anthropology, 7, pp. 584-585.
  • Coppens, Y. (2018) - Origines de l'Homme, origines d'un homme : Mémoires, Odile Jacob, 464 p.
  • Servant, M. (1983) - Séquences continentales et variations climatiques : évolution du bassin du Tchad au Cénozoïque supérieur, Paris, Orstom, Travaux et Documents de l'Orstom n° 159, publication d'une thèse soutenue en 1973, 573 p.
  • Wood, B. (2002) - « Hominid revelations from Chad », Nature, vol. 418, 11 juillet 2002, pp. 133-135.

Articles connexes[modifier | modifier le code]