Syndrome chinois

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Schéma d'un réacteur à eau bouillante.

Le syndrome chinois est l’hypothèse de la conséquence la plus grave d'une fusion du cœur d'un réacteur nucléaire, dans laquelle les éléments combustibles en fusion du cœur ou corium percent les barrières qui le confinent et s'enfoncent dans la terre.

En effet, contrairement à la lave des volcans qui au contact de l'air ou de l'eau se refroidit spontanément en surface en créant un croûte isolante qui la stabilise dans sa forme; le corium qui est la résultante de la fusion des éléments combustibles (radioactifs) et des matériaux environnants : parties fondues du réacteur, barres de contrôle, matériaux isolants, béton et autres métaux en fusion, mais aussi de la terre et des roches sous-jacentes, reste lui en permanence en fusion (à plus de 3 000 °C) par la réaction nucléaire des atomes d'uranium ou plutonium qui l'entretiennent.

Dès lors il est admis que si une intervention spécifique n'est pas immédiatement engagée pour stabiliser, limiter puis bloquer l'enfoncement de cette masse en fusion, celle ci s'autoentretiendrait un certain temps et transpercerait l'écorce terrestre[1].

Même si des fusions de réacteur ont eu lieu en diverses occasions dans les domaines civils et militaires, une fusion avec de telles conséquences n'a jamais été observée.

Depuis plusieurs années un système a été élaboré pour tenter d'y remédier. Il s'agit du récupérateur de corium.

Ce dispositif installé sous le cœur lui-même est constitué de plusieurs épaisseurs de béton et d'acier destinées à se rompre progressivement tout en canalisant le cœur en fusion vers une zone renforcée où un système de refroidissement indépendant le noiera sous une grande quantité d'eau. Le tout ne devant pas s'épancher vers l'extérieur (vapeurs, fluides, matières radioactives).

Origine[modifier | modifier le code]

L'expression « syndrome chinois » reflète l'idée que le matériel en fusion d'une centrale située en Amérique du Nord pourrait traverser la croûte terrestre, s'enfoncer et progresser jusqu'en Chine[2],[3]. Une variante propose que ce matériel, en entrant en contact avec le magma du manteau terrestre, pourrait provoquer une réaction en chaine qui anéantirait le continent en surface. L'expression est utilisée pour la première fois en 1971 par le physicien nucléaire Ralph Lapp (en), qui base sa théorie sur les rapports d'une équipe de physiciens dirigés par le Dr W.K. Ergen et publiés en 1967[4].

Les dangers d'un tel accident furent dépeints dans le film Le Syndrome chinois, réalisé en 1979[5],[6].

Dans le domaine de l'assurance, l'expression désigne le niveau d'intensité théorique d'un risque tel qu'en cas de réalisation du sinistre, la question de son indemnisation ne se poserait plus faute de bénéficiaires[réf. souhaitée].

Discussion physique[modifier | modifier le code]

Vue en coupe de la Terre, du noyau à l'exosphère.
Le nom du concept est erroné 
Puisque la gravité, si elle peut à la limite entraîner la pénétration du matériel en fusion dans la croûte terrestre puis dans le manteau, mais le noyau terrestre étant probablement en fusion, n'autoriserait pas sa progression inverse vers la périphérie de la planète. Un tel accident est physiquement impossible[7].
De plus, dans le scénario où un corium s'enfoncerait initialement dans le sol, même si l'on tient compte de ce que la densité du corium est plus importante que celle des terrains qu'il traverse, il perdrait progressivement de sa substance fissile qui resterait accrochée le long des parois du puits ainsi foré, et le corium serait progressivement dilué en se mélangeant à la matière entraînée par le forage du puits. Théoriquement, une masse de corium en déplacement ne peut pas se maintenir indéfiniment en fusion.
Dans la pratique 
L'opinion et les médias reconnaissent comme étant l'illustration du syndrome chinois toute pénétration de corium pouvant potentiellement entrer en contact avec la nappe phréatique, ce qui est l'un des scénarios les plus graves du risque nucléaire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cependant, au pire, elle serait arrêté par le noyaux de la Terre en fusion et n'aurais aucune chance d'arriver en Chine.
  2. « Fukushima : vers le syndrome chinois ? », sur Futura-Sciences,‎
  3. « Definition of China Syndrome », sur Merriam-Webster
  4. Ralph E. Lapp, Thoughts on nuclear plumbing., The New York Times, 12 décembre 1971.
  5. « La fusion d'un réacteur, le scénario catastrophe », sur Slate.fr,‎
  6. « Panique nucléaire au Japon. La peur du « syndrome chinois » », sur Mémoires des luttes,‎
  7. Jacques Libmann, Elements of Nuclear Safety, EDP Sciences, (ISBN 978-2868832863), p. 194

Articles connexes[modifier | modifier le code]