Symphonie nº 3 de Dvořák

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Symphonie nº 3.

La Symphonie nº 3 en mi bémol majeur, opus 10 (B.34), a été écrite par Antonín Dvořák en 1873.

C'est la première œuvre que Dvořák termine après son mariage. Commencée en avril et terminée le 4 juillet 1873, elle est créée à Prague sous la direction de Bedrich Smetana le 29 mars 1874.

Elle est souvent considérée à tort comme une « œuvre de jeunesse ». Elle est en réalité l'œuvre d'un musicien mûr, alors âgé de 32 ans, qui fait preuve non seulement d'un impeccable métier d'orchestrateur mais aussi d'une forte personnalité artistique. Dvořák a lui-même détruit la presque totalité de ses véritables œuvres de jeunesse : seules restent quelques pièces de danse (notamment des polkas) et des exercices d'écriture impersonnels comme ses Préludes et fugues pour orgue.

Analyse[modifier | modifier le code]

D'une durée d'environ 32 minutes, c'est la plus courte parmi toutes les symphonies de Dvořák, avec seulement trois mouvements (au lieu de quatre habituellement) :

  1. Allegro moderato
  2. Adagio molto, tempo di marcia
  3. Finale : Allegro vivace

Depuis Joseph Haydn, peu de compositeurs avaient osé ouvrir une symphonie par un mouvement monothématique, c'est-à-dire basé sur un seul thème. Celui-ci s'élève sur un battement de timbales lyrique et fier. Pendant dix minutes, ce thème entre en dialogue avec lui-même, s'accompagne de lui-même, se renouvelle constamment par des variantes de timbres, de caractères et de mode.

Le second mouvement n'est pas seulement un mouvement lent, mais une sorte de légende sans paroles, de rite solennel. Il s'ouvre par deux accords répétés deux fois et entrecoupés de silence, suivis d'une cantilène énoncée par le cor anglais et les violoncelles. La section centrale prend l'allure d'une marche qui se gonfle jusqu'à de puissantes phrases de tout l'orchestre. Le dernier tiers du mouvement alterne le retour de la cantilène et des épisodes plus animés et sonores. Les interventions de la harpe ajoutent au caractère légendaire de l'ensemble.

Par son caractère animé et dansant, le troisième mouvement fusionne Scherzo et Finale, rendant inutile la composition d'un quatrième mouvement. Cette innovation n'a guère d'équivalent au XIXe siècle. Dans ce Finale, Dvořák fait quelques références à Richard Wagner, qu'il entraîne aussitôt en un brillant carnaval orchestral. La conclusion réduit le thème initial à ses éléments essentiels d'une façon tout aussi originale et éclatante.

Instrumentation[modifier | modifier le code]

La Troisième Symphonie compte quelques particularités dans son instrumentation : avec la Quatrième, c'est la seule à utiliser la harpe, et Dvořák y fait apparaître un cor anglais, un de ses instruments favoris.

La symphonie est écrite pour orchestre avec 2 flûtes, piccolo, 2 hautbois, cor anglais, 2 clarinettes, 2 bassons, 4 cors, 2 trompettes, 3 trombones, tuba, timbales, triangle, harpe, et cordes.

Publication[modifier | modifier le code]

Aussitôt après la création, Dvořák la retouche, réécrivant des passages entiers du second mouvement. D'autres corrections sont apportées en 1887 puis en 1889. Néanmoins, l'œuvre n'est éditée par Simrock qu'en 1911, soit huit ans après sa mort, et avec d'inexplicables modifications anonymes. En 1963 paraît enfin l'édition critique de la partition telle que Dvořák l'a écrite, et telle qu'elle est jouée depuis lors.

Influence[modifier | modifier le code]

Le ton et les couleurs du deuxième mouvement anticipent le premier poème symphonique Vysehrad du cycle Ma Patrie que Bedřich Smetana compose quelques mois après avoir dirigé la création de la Troisième Symphonie. Ce mouvement anticipe aussi la grande marche funèbre pour Siegfried de l'opéra Crépuscule des dieux que Richard Wagner termine en novembre 1874, et qui sera créé en 1876. De plus, ce mouvement préfigure les mouvements lents des symphonies n° 1 et n° 2 du finlandais Jean Sibelius, admirateur de Dvořák. En effet, ceux-ci font alterner de la même façon des passages lyriques avec des passages tumultueux.

La fusion du Scherzo et du Finale en un seul mouvement influencera certaines œuvres à venir, comme la symphonie n° 3 de Jean Sibelius, mais anticipe surtout la grande liberté formelle avec laquelle les compositeurs aborderont le genre symphonique au XXe siècle. Cependant, selon le musicologue Brian Newbould, Dvorak ne serait pas le premier compositeur à fusionner scherzo et finale puisque la Dixième symphonie de Schubert (1828) comporte également un scherzo faisant office de finale. Mais cette œuvre, inconnue jusqu'en 1978, n'eût pu influencer Dvorak qui a sans doute été celui qui a influencé cette idée.

Prétendue inspiration de Wagner[modifier | modifier le code]

L'influence qu'aurait eu Richard Wagner sur Dvořák à l'époque de la composition de cette symphonie est souvent évoquée. Or, Dvořák remporta pour cette symphonie une bourse de l'État autrichien, décernée par un jury composé d'anti-wagnériens, dont le musicologue et critique viennois Eduard Hanslick. On peut supposer qu'un tel jury n'aurait pas endossé un jeune musicien dont les œuvres auraient marqué une admiration évidente pour Wagner.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Beveridge, David R., éditeur (1996). Rethinking Dvořák. Oxford: Clarendon Press
  • Erismann, Guy (2004). Antonín Dvořák. Paris: Fayard.
  • Freed, Richard (1981). Notes pour les Symphonies 1 à 3 de Dvořák, pour l'édition nord-américaine de l'intégrale d'Istvan Kertész avec l'Orchestre symphonique de Londres. Vox Box SVBX 5137.
  • New Grove's Dictionary of Music and Musicians (2001). Londres : MacMillan.

Liens externes[modifier | modifier le code]