Sarraounia

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Sarraounia
Nom de naissance Mangou (ou Mangu)
Naissance Date inconnue
Décès Date inconnue
Lougou (région de Matankari)
Activité principale
Reine du village de Lougou

Sarraounia est le nom donné à une reine africaine qui a régné sur les Azna, une communauté animiste d'Afrique de l'ouest, à la fin du XIXe siècle, dans le sud-ouest du Niger actuel. « Sarraounia » (également orthographié sarauniya ou saraouniya) n'est pas un nom, mais un titre — « reine », en langue haoussa — donné à la chef politique et religieuse du village de Lougou (ou Lugu)[1], situé à une vingtaine de kilomètres de Matankari. Selon les quelques éléments dont on dispose à son sujet, la sarraounia de Lougou se serait appelée Mangu[2] (ou Mangou)[1].

On se souvient d'elle du fait de la résistance que sa tribu opposa à la mission Voulet-Chanoine : à une époque où de nombreux royaumes d'Afrique de l'Ouest capitulaient sans difficultés face aux Français, la tribu de Sarraounia livra bataille aux troupes coloniales commandées par les capitaines Voulet et Chanoine, en avril 1899.

Personnage méconnu, Sarraounia connaît une nouvelle postérité à partir des années 1980, où elle est réinventée et mythifiée sous les traits d'une héroïne africaine, voire d'un symbole du panafricanisme.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Les données historiques relatives à Sarraounia sont rares, et principalement liées à l'affaire de la mission Voulet-Chanoine ; elles se mélangent en outre à des éléments légendaires venus de la tradition orale africaine. L'épisode de l'affrontement entre les guerriers Aznas et la colonne commandée par les capitaines Voulet et Chanoine est notamment relaté dans le livre de souvenirs publié en 1930 par un des membres de l'expédition, le général Joalland (lieutenant à l'époque des faits). Ce dernier décrit Sarraounia comme une « vieille sorcière » qui aurait délibérément défié les Français alors que ceux-ci s'approchaient de son village, en leur adressant un message injurieux dans lequel elle promettait de leur barrer la route et se vantait de l'invincibilité de ses guerriers. Le 16 avril 1899, les troupes françaises arrivent en vue de Logou, où les guerriers de Sarraounia leur font face. Selon le récit de Joalland, les Français dispersent sans difficulté leurs adversaires avec quelques feux de salves : ils sont cependant contraints de livrer ensuite bataille pour déloger les indigènes de la brousse où ces derniers se sont réfugiés, car les troupes françaises doivent camper à côté. Du fait de la résistance des guerriers de Lougou, l'affaire se révèle coûteuse pour les Français, auxquels elle vaut quatre morts, six blessés et la perte d'environ 7000 cartouches[3].

Les Aznas se retranchent dans la forêt puis, quelques semaines plus tard, après le départ des Français, reprennent possession de Lougou[1], que les troupes coloniales ont incendié et laissé en ruines. Selon les récits parvenus jusqu'à nous, Sarraounia aurait été emmenée de force par ses guerriers pendant la bataille. Désespérée de n'avoir pu protéger sa tribu, elle aurait ensuite, selon la légende, tenté de se donner la mort en se jetant dans un brasier, mais en aurait été empêchée. La tradition rapporte qu'après son décès, un « jujubier symbole d'éternité [aurait] poussé sur sa tombe »[2].

Postérité et légende[modifier | modifier le code]

Les archives du ministère de la guerre font état de la résistance des habitants de Lougou, mais ne mentionnent pas le rôle tenu par Sarraounia. C'est principalement le patrimoine oral qui fait ensuite de la reine une figure populaire dans certaines régions du Niger, exaltant sa résistance contre les Français et lui prêtant des pouvoirs magiques. L'affrontement de Lougou est relaté dans un passage du livre Le Grand capitaine (1976), récit romancé que Jacques-Francis Rolland consacre à la mission Voulet-Chanoine ; l'auteur y présente « la Sarraounia » comme une « reine-sorcière » dont les incantations fanatisaient les guerriers de sa tribu et inquiétaient les auxiliaires de l'armée coloniale. Mais c'est surtout à partir de 1980 que l'écrivain nigérien Mamani Abdoulaye popularise Sarraounia — jusque-là un simple personnage de folklore ignoré de l'historiographie — en lui consacrant un roman (Sarraounia : Le drame de la reine magicienne) qui fait d'elle une figure de l'imaginaire collectif nigérien et, plus largement, africain[1].

Mamami — qui dit avoir pris la décision d'écrire son livre en réaction à celui de Rolland, qui lui avait paru méprisant — signe un roman à visée délibérément « idéologique », destiné à donner la version africaine de l'histoire de la colonisation. Alors que Joalland, témoin de l'évènement, parle de Sarraounia comme d'une vieille sorcière, Mamani la décrit comme une femme jeune et belle, doublée d'une redoutable guerrière amazone ; il fait d'elle un symbole politique, en lui prêtant un discours aux accents panafricanistes. La figure de Sarraounia, mythifiée par ce récit romancé, devient a posteriori un symbole de la lutte contre la colonisation[4].

Personnage peu connu avant 1980, elle devient, sur la base de sa réinvention littéraire, un symbole de fierté africaine et de résistance nationale, et fait par la suite son entrée dans les manuels scolaires d'Afrique francophone[2],[1]. Elle est entre autres l'héroïne d'un film adapté du roman de Mamani, réalisé par Med Hondo, et apparaît dans diverses œuvres de fiction.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Abdoulaye Mamani, Sarraounia : Le drame de la reine magicienne, L'Harmattan, coll. « Encres Noires », 1989, 160 p., ISBN 2-85802-156-2 (première édition : 1980)
  • Paul Joalland, Le Drame de Dankori : mission Voulet-Chanoine - mission Joalland-Meynier, Nouvelles Éditions Argo (NEA), 1930
  • Jacques-Francis Rolland, Le Grand capitaine : un aventurier inconnu de l'épopée coloniale, Grasset, 1976
  • Elara Bertho, « Sarraounia, une reine africaine entre histoire et mythe littéraire (Niger, 1899-2010) », Genre & Histoire [En ligne], 8 | Printemps 2011, mis en ligne le 28 octobre 2011, consulté le 31 mars 2015. URL : http://genrehistoire.revues.org/1218
  • Aissata Sidikou, « De l'oralité au roman : Sarraounia ou la reine contre l'empire », The Romanic Review, vol. 93, n° 4, novembre 2002.
  • Antoinette Tidjani Alou, « Sarraounia et ses intertextes : Identité, intertextualité et émergence littéraire », Sud Langues, revue électronique internationale des sciences du langage, n° 5, http://www.sudlangues.sn/spip.php?article91
  • Ousamane Tandina, « Sarraounia an epic ? », Research in African Literature, vol. 24, n° 2, 1993, p. 13-23.
  • Denise Brahimi et Anne Trevarthen, préf. de Catherine Coquery-Vidrovitch, Les femmes dans la littérature africaine : portraits, Paris / Abidjan / Paris, Karthala / Centre d'édition et de diffusion africaines (CEDA) / Agence de la Francophonie-ACCT, 1998, 238 p., ISBN 2-86537-838-1 (Karthala) - ISBN 2-86394-307-3 (CEDA)
  • Halima Hamdane (scénario), Isabelle Calin (dessin), Sarraounia : la reine magicienne du Niger, Paris, Cauris, collection « Lucy », 2004, 24 p., ISBN 2-914605-13-7 (livres pour enfants)
  • Christophe Dabitch (scénario) et Nicolas Dumontheuil (dessins et couleurs), La Colonne, t. 2 : Exterminez-moi toutes ces brutes, Paris, Futuropolis, , 87 p. (ISBN 978-2-7548-0887-3, présentation en ligne). (bande dessinée)
  • Muriel Mathieu, La mission Afrique centrale, Paris, L'Harmattan, collection « Racines du présent », 1996, 281 p., (ISBN 2-7384-4008-8)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Sarraounia, une reine africaine entre histoire et mythe littéraire (Niger, 1899-2010), Genre et histoire, printemps 2011
  2. a, b et c Odile Goerg et Anna Pondopoulo (dir), Islam et sociétés en Afrique subsaharienne à l'épreuve de l'histoire, Karthala, 2012, pages 157-171
  3. Général Joalland, Le drame de Dankori, Argo, 1930, page 58-59
  4. Antoinette Tidjani Alou, Sarraounia et ses intertextes, Revue électronique internationale de sciences du langage, 2001