Regles d'esquivar vocables o mots grossers o pagesívols

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Regles d'esquivar vocables o mots grossers o pagesívols
Version originale
Langue catalan
Titre Règles d’esquivar vocables o mots grossers o pagesívols

Règles d’esquivar vocables o mots grossers o pagesívols (littéralement « Règles pour éviter des vocables ou mots grossiers ou paysans ») est un ouvrage écrit en catalan vers la fin du XVe siècle. Il s’agit d’un recueil de normes d’usage de certains mots de la langue catalane, portant sur la prononciation, la morphologie ou le lexique, où sont opposées des formes jugées incorrectes (vulgaires ou dialectales) à d’autres solutions savantes (latinisantes) et plus prestigieuses[1].

Présentation[modifier | modifier le code]

On considère généralement que le texte fut finalisé entre 1492 et 1497[2].

La question de l’auteur du texte a fait l’objet de spéculations.

La première partie (173 normes) porte sur le lexique valencien. On a attribué sa rédaction au Barcelonais Pere Miquel Carbonell, qui se serait basé sur un travail du Valencien Bernat Fenollar. La deuxième partie (150) a été attribuée à Jeroni Pau[2]. Cependant, cette hypothèse des trois auteurs fut rejetée en 1999 par Antoni Maria Badia i Margarit, qui considéra que l'unité du texte laissait penser que le copiste du manuscrit, Pere Miquel Carbonell, était probablement l'auteur de l'ensemble de l'ouvrage, et que Fenollar et Pau étaient simplement mentionnés comme des références pour conférer de l'autorité au texte[3].

L'hypothèse de Badia fut à son tour remise en question par Germà Colón et Antoni Ferrando Francès en 2011[4] . Selon Colón, la présence de nombreux éléments valenciens dans l'œuvre suggère une intervention directe ou indirecte de Fenollar. Il rejette l'idée que Carbonell, en raison de sa compétence linguistique limitée, soit l'auteur des Regles. Ferrando, quant à lui, soutient que l'auteur doit être Jeroni Pau en raison de sa formation humaniste et de ses contacts avec les différents dialectes de la langue. Selon lui, les formes les plus prestigieuses du catalan de l'époque correspondaient aux préférences du valencien, qui était la langue de la cour romaine du cardinal vice-chancelier Roderic de Borja, futur pape Alexandre VI où travaillait Pau au service direct de Giovanni Borgia. Ferrando estime également que les cercles humanistes de Rome fréquentés par Jeroni Pau, comprenant une forte présence d'humanistes valenciens, constituent le lieu de gestation des Regles. Ferrando ajoute que contrairement à la Grammaire castillane de l'humaniste castillan Nebrija, qui bénéficia du soutien de la reine Isabelle la Catholique, Jeroni Pau ne reçut pas de soutien du roi Ferdinand le Catholique, ce qui a fortement limité la portée et l’influence de son travail. D’après Ferrando, il se limita à faire des propositions de correction linguistique latinisante dans le cadre des débats humanistes qui avaient lieu à la cour romaine des Borja[5].

Selon la Gran Enciclopèdia Catalana, c’est toutefois l’hypothèse initiale de Badia i Margarit qui s’est peu à peu imposée, en dépit de ces réserves[2].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (ca) Francesc Vallverdú, Enciclopèdia de la llengua catalana, Barcelone, Edicions 62, (ISBN 9788429750263)
  2. a b et c (ca) « Regles d’esquivar vocables o mots grossers o pagesívols », sur Gran Enciclopèdia Catalana (consulté le ).
  3. (ca) Antoni Maria Badia i Margarit, Les "Regles de esquivar vocables" i "la Qüestió de la llengua", Institut d'Estudis Catalans, (ISBN 8472834638, lire en ligne).
  4. (es) Antoni Colon et Ferrando, Les 'Regles d'esquivar vocables', a revisió, Valence / Barcelone, Institut Interuniversitari de Filologia Valenciana / Publicacions de l'Abadia de Montserrat, (ISBN 9788498834345, lire en ligne)
  5. Antoni Maria Badia i Margarit (Emili Casanova et Maria Teresa Echenique (eds.)), El deler de les paraules : Les aportacions de Germà Colón a la romanística, Valence, , « Vocabulari general i lèxics particulars », p. 29-48