Pornocratie pontificale

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La pornocratie pontificale, que l’on peut également appeler « pornocratie », fait référence à une période trouble de l’histoire papale, caractérisée par la débauche et la présence de femmes et de courtisanes dans les affaires ecclésiastiques, allant de 904 à 963[1].

Définition[modifier | modifier le code]

Théodora et Marozie.

L’emploi du terme pornocratie pontificale est attribuable au cardinal Baronius, au XVIe siècle. Les historiens allemands du XVIIIe siècle ont ensuite employé l’expression Römisches Hurenregiment signifiant « gouvernement romain des putains »[1]. Au cours cette période de de cinquante-neuf ans, s’étalant de 904 à 963, douze papes se sont succédé sur le trône papal. Plusieurs historiens font également référence à ce moment par le terme Saeculum obscurum : le siècle sombre.

Les balbutiements[modifier | modifier le code]

L’œuvre de Luidprand de Crémone, datant de 972, témoigne de cette période teintée des conséquences du concile cadavérique, Synodus Horrenda en latin, datant de 897 par le pape Étienne VI, où était jugé à titre posthume le pape Formose pour avoir rompu l’alliance de la papauté avec les Spolètes[2]. L’historiographie actuelle nous permet de comprendre que l’œuvre de Luidprand de Crémone visait probablement à rectifier les tords commis envers Formose, en incriminant la classe politique romaine suivant sa condamnation en 904[2]. Tout au long du concile cadavérique, le corps de Formose en pleine décomposition siégeait sur le trône papal habillé de ses vêtements pontificaux. À la suite de sa condamnation, le jugement déclare son règne invalide, ce qui par le fait même, annule tous ses actes pontificaux[3]. Sa dépouille fut ensuite remise aux Romains puis jetée dans le Tibre[4]. La finalité du procès, du fait de son caractère grotesque, marqua l’opinion publique qui était en faveur de Formose. Un évènement historique marquant qui caractérise le commencement de la pornocratie pontificale.

Mise en contexte[modifier | modifier le code]

À la suite de l’élection du pape Serge III, le sort de la papauté était remis entre les mains de l’importante famille sénatoriale romaine Theophylacte, aussi appelée Tusculani[1]. Serge III devait son titre à Theophylactus, le comte de Tusculum, une figure d’autorité importante du Latran[1]. Plusieurs stratèges, de la part de son épouse Theodora et de leurs filles Theodora la jeune et Marozie, permirent l’ingérence de femmes des familles de la noblesse romaine dans les affaires ecclésiastiques[1]. Par le temps où le dernier pape de la période de la pornocratie pontificale, le pape Jean XII vint au pouvoir par l’un des fils de Marozie, les pratiques de corruption par les familles romaines riches étaient répandues. Il était alors coutume de placer leurs enfants dans la curie, en octroyant de généreux pots-de-vin, afin de les voir devenir cardinaux. Une position qui leur assurait influence, pouvoir et richesse.

Liste des papes installés[modifier | modifier le code]

Femmes politiques importantes de cette période[modifier | modifier le code]

Théodora[modifier | modifier le code]

Théodora, mère de Marozie, mit sur le trône papal son amant Jean X (914-928)[1]. Liudprand de Crémone la qualifiait de Scortum Impudens, que l’on peut traduire par « putain éhontée »[1].

Marozie[modifier | modifier le code]

Marozie, figure centrale de cette époque, était la fille de Theophylactus, qui la donna comme épouse à Albéric, un noble franc de Spolète. Ils eurent ensemble un fils : Albéric II. Marozie fut également la jeune maîtresse de Serge III, à qui elle donna un fils illégitime : Jean XI (931-936), favorisant celui-ci au détriment de son autre fils Albéric II[1]. Plusieurs nominations de papes durant la pornocratie lui sont attribuées, notamment : Anastase III (911-913) ainsi que Landon (913-914). Elle aurait fait assassiner le pape Jean X (914-928), l’amant de sa mère, afin de voir son fils Jean XI accéder au siège pontifical. Marozie s’est ainsi mérité le titre de Senatrix de Rome[1], en raison de son rôle dans multiples élections papales. Elle aurait ensuite épousé Hugues de Provence, le roi d’Italie, où son pouvoir sur Rome s’accentua. Albéric II, n’ayant jamais oublié son traitement défavorable, réussit à la retirer du pouvoir en 932, de même que son mari, à la suite de quoi elle fut emprisonnée[1].

Theodora II (La jeune)[modifier | modifier le code]

Peu d’informations sur Theodora II subsistent, cependant plusieurs auteurs font état de sa participation à la pornocratie, auprès de sa sœur Marozie, dans la gouvernance du territoire romain, où elle occupait une position d’influence au début de la période de la pornocratie pontificale[1]. Elle eut un fils, qui devint le pape Jean XIII (964-972)[5].

Récapitulatif chronologique[modifier | modifier le code]

  • Serge III (904-911) : en 904, Serge III assassine son prédécesseur le pape Christophore afin d’accéder au trône papal. Son entrée au pouvoir marque le commencement de la pornocratie.
  • Jean X (914-928) : amant de Théodora, il évince le pape Landon (913-914) du trône.
  • Jean XI (931-936) : fils du pape Serge III et de Marozie.
  • Albéric II : fils délaissé de Marozie et Albéric Ier, il prend possession du pouvoir à Rome en 932. Il fit promettre avant sa mort de faire élire son fils Jean XII sur le siège pontifical.
  • Jean XII (955-963) : fils illégitime d’Albéric II, nommé aussi Octavianus, né en 937. Il est élu pape, à la suite du décès du pape Agapet II (946-955), tel que convenu par son père Albéric II sur son lit de mort[6]. Jean XII devient ainsi le plus jeune pape de l’histoire de l’Église catholique, succédant sur le trône papal à ses 18 ans. Il est aujourd’hui connu comme étant l’un des papes les plus dévergondés de la pornocratie, marquant également la fin de cette période[1].
  • Otton le Grand : figure importante de la restauration impériale où, en 963, il reprend le pouvoir de Rome, mettant fin à la pornocratie pontificale[6].
  • Jean XIII (965-972) : fils de Theodora II, devient pape après la période de la pornocratie pontificale.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j k et l Brosse, J. (1995). Histoire de la chrétienté d'orient et d'occident : de la conversion des barbares au sac de constantinople : 406-1204. A. Michel.
  2. a et b Rozein, M. (2021). Les papes dans l’œuvre de Liudprand de Crémone († 972)–un témoignage authentique? La construction de récit face à la réalité historique.
  3. Bruys F, Olivier R, Bibliothèque Saint-Sulpice, Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque Saint-Sulpice, & Bibliothèque nationale du Québec. (1732). Histoire des papes : depuis st. pierre jusqu'à benoit xiii, inclusivement. Chez Henri Scheurleer.
  4. Feller, L. (2004). Église et société en occident : du début du viie au milieu du xie siècle ([Nouv. éd.], Ser. Collection u. histoire). Armand Colin.
  5. Kirsch, J.P. (1910). Pope John XIII. In The Catholic Encyclopedia. New York: Robert Appleton Company. http://www.newadvent.org/cathen/08427a.htm
  6. a et b Pacaut, M. (2022) « JEAN XII (937-964) - pape (955-964) », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 9 mars 2022. URL : https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-xii/

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Abbate, C. (2011). Sexe au Vatican: enquête sur la face cachée de l'Église. Lafon.
  • De la Lama, E. (1999). Eamon DUFFY, Saints & Sinners. A History of the Popes, Yale University Press,[New Haven and London] 1997, 326 pp., texto+ ilustraciones. Anuario de Historia de la Iglesia, 8, 446-449.
  • De Rosa, P. (1988). Vicars of Christ. Bantam.
  • D. Angelo S. The Love Affairs of the Vatican, or The Favourites of the Popes.
  • Howe, J. (1988). The nobility's reform of the medieval Church. The American Historical Review, 93(2), 317-339.
  • Helvétius, A. M., & Matz, J. M. (2008). Église et société au Moyen âge, Ve-XVe siècle. Paris, Hachette Supérieur.
  • Kleinhenz, C., Barker, J. W., Geiger, G., & Lansing, R. (2017). Medieval Italy: an encyclopedia. Routledge.
  • Leyser, C. (2010). Episcopal Office in the Italy of Liudprand of Cremona, c. 890–c. 970. The English Historical Review, 125(515), 795-817
  • Matterssich, S. (2018). On Pornocracy. Cultural Critique, 100, 65-89
  • McShane, E. D. (1959). The Middle Ages. Thought: Fordham University Quarterly, 34(3), 358-382.
  • Poly, J. (2017). « François Bougard, Liudprand de Crémone. Œuvres », Cahiers de civilisation médiévale, (238), 159-164.
  • Réforme grégorienne
  • Rockwell, W. W. (1918). Studies in Mediaeval Church History.Warner, D. A. (1999). Ideals and Action in the Reign of Otto III. Journal of Medieval History, 25(1), 1-18.
  • Traduction de textes de Liutprand de Crémone sur le site de la Bibliotheca Classica Selecta de l'Université de Louvain.
  • Warner, D. A. (1999). Ideals and Action in the Reign of Otto III. Journal of Medieval History, 25(1), 1-18.