Pierre Patrix

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Pierre Patrix[1], seigneur de Sainte-Marie, gentilhomme normand, né en 1583 à Caen et mort le à Paris, est un poète français.

Gentilhomme de Normandie, Patrix était le fils de Claude Patrix, conseiller au bailliage de cette ville et de Marguerite de Bourgueville. Son grand-père était un Provençal originaire de Beaucaire qui, s’étant trouvé à Caen en l’année 1521, lorsque le Parlement de Rouen envoya des députés de son corps, pour en réformer l’Université, fut choisi par eux, quoiqu’il n’eût encore que la qualité de licencié ès lois, pour y être professeur en droit civil, et quelque temps après, il fut conseiller au même Parlement et régent de l’Université.

Destiné au barreau par son père, Patrix fut élevé dans l’étude des lois et soutint ses thèses devant la Faculté de Droit de Caen, le 19 août 1608, mais son gout particulier ne lui permit pas de s’y arrêter et il se dégouta bientôt du droit. Doué d’un caractère vif, enjoué et indépendant, il préféra conserver son indépendance, se livrant tout entier aux plaisirs dans sa patrie, qui fleurissait alors en politesse et en enjouement, et dont les délices l’y retinrent jusqu’à l’âge de quarante ans.

Il avait déjà atteint sa quarantième année, lorsque, se voyant peu favorisé de la fortune, il la quitta avec assez peu de bien, pour entrer au service de Gaston de France, duc d’Orléans, frère de Louis XIII, en qualité de premier maréchal-des-logis. Comme la cour brillante et joyeuse de ce prince, qui se tenait à Blois, surpassait celle du roi son frère en politesse, en agrément, et en bon gout, Patrix eut l’occasion d’y briller par l’aménité et la délicatesse de son esprit. Patrix avait le grade de Grand Vicaire dans le « Grand Conseil de Vauriennerie » que Monsieur avait institué. Ce fut aussi là qu’il entra en société avec les Voiture, les Segrais, les Chaudebonne, les Rivière, et les Belot, et qu’il acquit une estime universelle, non seulement par les talents de son esprit, mais encore par sa probité, et sa fidélité. Ce fut aussi lui qui cacha Pascal dans sa maison, au moment de la publication des premières Les Provinciales.

II suivit constamment la fortune de son maitre et, après la mort du duc d’Orléans, en 1660, Patrix s’attacha à celle de sa veuve, Marguerite de Lorraine, dont il fut premier écuyer. Cependant ses longs et fidèles services auprès d’un maitre qui l’affectionnait et qui l’estimait ne lui valurent en tout que le gouvernement du comté et château de Limours, Montlhéry, avec un logement dans le palais d’Orléans et quelque pension qui n’était pas fort considérable. Comme un grand seigneur travaillait à faire donner ce gouvernement à une de ses créatures, Patrix lui fit signifier les commandements divins, parmi lesquels se trouve « le bien d’autrui tu ne prendras. »

Patrix avait un esprit, très naturel et infiniment agréable et avec son accent normand, dont il ne put jamais défaire et une niaiserie affectée, qu’il avait apportée de Caen où elle était fort familière, il était d’une conversation brillante, ce qui ne contribua pas peu sans doute à sa réputation. On a dit de Voiture qu’il avait l’extérieur niais, et Huet assura avoir souvent entendu dire à Patrix, que c’était lui qui avait appris la niaiserie à Voiture.

II était fort réputé pour ses bons mots, dont plusieurs ont été conservés : lorsqu’il se trouvait dans des réunions où l’on parlait de sciences, il avait coutume de dire à ceux qui étaient auprès de lui, qu’il allait gouter de leur vin. À l’âge de quatre-vingts ans, il essuya une grande maladie. Un jour ses amis le félicitaient de son rétablissement, et l’invitaient à se lever : « Hélas ! messieurs, leur répondit-il, ce n’est pas la peine de me rhabiller. »

Comme il était sur la fin de sa vie fort occupé de la mort, il fit peu de jours avant la sienne ces vers si célèbres :

Je songeais cette nuit, que de mal consumé
Côte à côte d’un pauvre on m’avait inhumé ;
Mais ne pouvant souffrir ce fâcheux voisinage.
En mort de qualité, je lui tins ce langage.
Retire toi, Coquin, va pourrir loin d’ici,
Il ne t’appartient pas de m’approcher ainsi.
Coquin! ce m’a-t-il dit, d’une arrogance extrême,
Va chercher tes coquins ailleurs, coquin toi même.
Ici tous sont égaux, je ne te dois plus rien,
Je suis sur mon fumier, comme toi sur le tien.

La Parisien Scarron l’a également mentionné dans ses poésies :

Et Patrix,
Quoique Normand, homme de prix.

On a de Patrix La Miséricorde de Dieu sur la conduite d’un pécheur pénitent, avec quelques autres pieces chrestiennes, le tout composé et mis en lumiere par luy-mesme, en réparation du passé, etc. recueil dédié au duc d’Orléans. « Ce recueil, a dit Huet, mérite d’être conservé pour sa singularité ; car encore que les vers soient sort négligés, languissants, sentant le terroir Normand et le déclin de l’âge, l’on y voit néanmoins briller cet esprit original d’où ils sont partis, et l’on y reconnait un cœur touché d’une piété sincère[2]. » Quelques-unes des chansons et autres poésies de Patrix ont été conservées dans le tome quatrième du Recueil de Barbin, et l’on trouve du même poète deux pièces sur la Pucelle d’Orléans, dans un Recueil d’inscriptions et vers, sur ce sujet, imprimé à Paris en 1628, in-4°.

Ami et compatriote de Malherbe, Patrix avait bien fait, dans sa jeunesse, plusieurs pièces galantes, et quelques-unes même licencieuses, dont Huet, qui les avait vues, a dit que « Le caractère de ses vers est tout à fait original et presque inimitable, et l’on y trouve un sel d’un gout exquis », mais, à un âge plus avancé, où l’esprit de dévotion prit en lui le dessus, il les fit rechercher exactement et les supprima toutes le plus qu’il pût, pour ne plus faire de vers que sur des sujets de piété.

À sa mort, à l’âge de 88 ans, il fut inhumé dans l’église des religieuses du Calvaire.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. On prononce « Patrie ». Huet écrit d’ailleurs « Patris ».
  2. Les Origines de Caen. p. 384.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Pierre René Auguis, Les Poètes françois, depuis le XVIIe siècle jusqu'à Malherbe, vol. 6, Paris, Crapelet, (lire en ligne), p. 275-287.
  • Jean-Pierre Niceron, Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres dans la république des lettres, vol. 24, Paris, Briasson, (lire en ligne), p. 169-174.