Monoemugi

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Le Monoemugi apparait sur de nombreuses cartes anciennes, ici[1] en 1688 confiné au nord du Monomotapa. Les Giachas y sont mentionnés.

Le « grand empire »[2] du Monoemugi ou Monemuge[3], dit encore Moenzemuge[3], est un ancien État du centre de l'Afrique australe établi au XVIe siècle et disparu au XVIIIe.

Géographie[modifier | modifier le code]

Le Monoemugi s'étendait[4] en retrait de la côte du Zanguebar[2], dans l'actuelle Tanzanie, au nord du Monomotapa[2], dont il était séparé par le Zambèze[5]. Le bassin de ce fleuve est attribué tantôt à l'un[6], tantôt à l'autre empire[4]. Vers l'ouest, le territoire touchait aux confins de l'empire du Congo[3], c'est-à-dire, à travers les actuels Malawi[6], Zambie et Katanga, jusqu'à l'actuel Angola approximativement à l'est du Cuango.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'existence du Monoemugi, sans qu'il ne soit visité, est rapportée au XVIe siècle aux marins portugais[5] cabotants sur la côte orientale de l'Afrique par les marchands de Mombassa, de Quiloa et de Mélinde qui y importent les étoffes, utilisées à la place de pagnes[7], en échange d'ivoire[7] d'éléphants, de cire d'abeilles, de miel[8] et de minerais, l'or, l'argent et le cuivre[7] exploité depuis le Ve siècle dans la région du lac Upemba. Les échanges se font avec une monnaie constituée de colliers de petites boules rouges confectionnées pour cet usage à Cambaye[7] en Inde.

Au XVIIe siècle, la puissance régionale du Monoemugi est en conflit militaire constant avec ses voisins méridional et occidental, le Monomotapa[7] et le Manikongo[3]. Son armée est composée d'archers[7] appelés Giachas[7] réputés pratiquer un cannibalisme rituel sur leurs ennemis vaincus[7] et identifiés, sans vraisemblance, depuis l'expédition de Christophe de Gama de 1541 au secours de l'Abyssinie, aux envahisseurs[9] Gallas[3]. Au nord, dans la région des Grands Lacs[2], actuels Burundi, Rwanda, Ouganda, nord ouest de la Tanzanie et est du Kenya, le Monoemugi cherche alors également à imposer sa domination, sinon à résister, aux aristocraties d'origine, réelle ou légendaire, nilotique que soutient plus ou moins le Négus[2].

Carte dressée en 1725 par Delilse montrant le Monoemugi bordé au nord par l'équateur et à l'ouest par l'actuel vingt troisième méridien.

Au début du XVIIIe siècle, le Monoemugi semble se fractionner[6] à l'instar du Monomotapa, le mystérieux royaume de Nimeamaie[10] en revendiquant l'héritage[6]. La région restant inexplorée, les géographes[11] continuent[12] à la nommer Monoemugi[13] mais un siècle plus tard, il n'en reste qu'une légende, utilisée par l’affabulateur Damberger[14].

À partir du début du XIXe siècle puis la diffusion en 1844 des armes à feu par le marchand Ahmad bin Ibrahime, les caravanes saisonnières organisées par le « peuple de la lune » intensifie le commerce entre le Katanga et le Zanzibar. La colonisation, décidée à la conférence de Berlin en 1884, trouve, dans un pays ravagé par les trafiquants d'esclaves tels Mirambo, M'Sir et Tippo Tip, un certain nombre de groupes culturels apparentés dont les plus homogènes sont issus des royaumes Luba et Lunda, ainsi que de celui des Maravis[6].

Références[modifier | modifier le code]

  1. R. Morden, Geography Rectified or Description of the World In All Its Kingdoms, Provinces, Countries, Islands, Cities, Towns, Seas, Rivers, Bayes, Capes, Ports: Their Ancient and Present Names, Inhabitants, Situations, Histories, Customs, Governments, &c. as Also Their Commodities, Coins, Weights, and Measures, Compared with Those at London, ilustrated with Seventy Six Maps, the Whole Work Performed According to the More Accurate Observations and Discoveries of Modern Authors, p. 494, Robert Morden & Thomas Cockerill, Londres, 1688.
  2. a, b, c, d et e P. d'Avity, Description générale de l'Afrique, seconde partie du monde avec tous ses empires, royaumes, états et républiques, p. 467, Laurent Cottereau, Paris, 1643.
  3. a, b, c, d et e P. d'Avity, Description générale de l'Afrique, seconde partie du monde avec tous ses empires, royaumes, états et républiques, p. 453, Laurent Cottereau, Paris, 1643.
  4. a et b N. Sanson d'Abbeville, Basse Aethiopie, qui comprend les royaumes de Congo, coste, et pays des Cafres, empire du Monomotapa, et Monoemugi, la coste depuis le cap Negre est tirée en partie de Samuel Blommaert, et en dela avecq l'isle de Madagascar, de Sanuto, le dedans du pays, d'autres, Pierre Mariette, Paris, 1655 (BNF, département Cartes et plans, CPL GE DD-2987 (8248)).
  5. a et b J. Botero Benes, Relaciones universales del mundo, p. 77 "Rio Cuame", Los Herederos de Diego Fernández de Córdoba, Valladolid, 1603.
  6. a, b, c, d et e A.-A. Bruzen de la Martinière, Le grand dictionnaire géographique et critique, t. VII, p. 441, Jean Baptiste Pasquali, Venise, 1788.
  7. a, b, c, d, e, f, g et h P. d'Avity, Description générale de l'Afrique, seconde partie du monde avec tous ses empires, royaumes, états et républiques, p. 468, Laurent Cottereau, Paris, 1643.
  8. J.B.A. Malisset d'Hertereau, La parfaite intelligence du commerce, t. 1, p. 184, Lamy, Audenarde, 1785.
  9. N. Lenglet-Dufresnoy, Méthode pour étudier la géographie, t. IV, p. 261, Rollin fils & Debure l'aîné, Paris, 1736.
  10. G. de l'Isle, Carte du Congo et du pays des Cafres, G. de l'Isle, Paris, 1708 (BNF, département Cartes et plans, CPL GE DD-2987 (8249)).
  11. H. Moll, The World Described or A new & correct sett of maps of the whole world, p. 164, L. Bowles, Londres, 1719.
  12. E. Bowen, A complete system of geography. Being a description of all the countries, islands, cities, chief towns, harbours, lakes, and rivers, mountains, mines, &c. of the known world ... In two volumes. The whole illustrated with seventy maps, by Emanuel Bowen, Geographer to His Majesty, being all new-drawn and ingraved according to the latest discoveries and surveys; making, of themselves, a complete atlas, for the sse of gentlemen, merchants, mariners, and others, who delight in history and geography, vol. I, p. 49, William Innys, Richard Ware, Aaron Ward, J. and P. Knapton, John Clarke, T. Longman and T. Shewell, Thomas Osborne & Henry Whitridge, Londres, 1746.
  13. A. Wyatt Tilby, The english people overseas, vol. VI South Africa 1486-1913, p. 150, Houghton Mifflin Company, Boston & New York, 1916.
  14. Pseudo. Ch.-F. Damberger, Voyage dans l'intérieur de l'Afrique, vol. II, p. 83, Amand König, Paris, 1801 (récits épars de voyageurs anonymes assemblés en une version romancée).