Mohammed ben Thani ben Mohammed Al Thamir

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Mohammed ben Thani ben Mohammed Al Thani
محمد بن ثاني بن محمد آل ثامر
Illustration.
Titre
Émir du Qatar
Prédécesseur Création du trône
Successeur Jassim ben Mohammed Al Thani
Biographie
Dynastie al Thani
Nom de naissance Mohammed ben Thani ben Mohammed Al Thani
Date de naissance
Date de décès (à 89-90 ans)
Lieu de décès Doha (Qatar)
Sépulture Doha
Enfants Cheikh Jassim ben Mohammed Al Thani
Religion Islam
Résidence Doha
Monarques du Qatar

Cheikh Mohammed ben Thani ben Mohammed Al Thani (vers 1788-18 décembre 1878) (en arabe : محمد بن ثاني بن محمد آل ثامر) fut un dirigeant du Qatar[1] et le père du fondateur et premier émir du Qatar, le cheikh Jassim ben Mohammed Al Thani.

Biographie[modifier | modifier le code]

Mohammed ben Thani est issu des Banu Tamim, la tribu qui a donné naissance, le siècle précédent, à Mohammed ben Abdelwahhab (1703-1792, en arabe : محمد بن عبد الوهاب), l’intransigeant et austère réformateur de l’islam et fondateur du « wahhabisme ».

Il est né vers 1788 à Al Fuwayriţ[2] et était le second fils du cheikh Thani ben Mohammed Al Wadhiri. L'identité de sa mère n'est pas connue. Il avait quatre frères :

  • Cheikh Thamir ben Thani ben Mohammed Al Thamir
  • Cheikh Eid ben Thani ben Mohammed Al Thamir
  • Cheikh Ali ben Thani ben Mohammed Al Thamir
  • Cheikh Ahmad ben Thani ben Mohammed Al Thamir

En 1847, la famille s'installa à Al-Bidaʿ[3] sous la conduite du cheikh Mohammed, alors âgé de 59 ans.

Règne[modifier | modifier le code]

Cheikh Mohammed était un commerçant prospère qui étendit rapidement son influence à travers toute la péninsule du Qatar tout en renforçant sa position extérieure en concluant une alliance avec l'imam Fayçal ben Tourki (1785-1865, en arabe فيصل بن تركي بن عبد الله آل سعود), émir du second état saoudien, qui lui rendit visite au début de 1851, et qui garantissait la sécurité du Qatar en échange du paiement d'un zakat annuel.

Dans les années 1860, les relations entre le Qatar et Bahreïn (qui occupait la partie nord du pays) se détériorèrent. Les hostilités se déclenchèrent lorsqu'un bédouin qatari fut emprisonné puis emmené pour jugement à Bahreïn en 1867. Jassim, qui était allé demander sa libération, fut arrêté à son tour. En réponse, les Qataris, conduits par la tribu des Naim (supposée pourtant fidèle au souverain de Bahreïn), défirent la petite armée de Bahreïn stationnée sur la péninsule, expulsèrent le représentant bahreïnien de Wakrah et rejetèrent de fait la suzeraineté du Bahreïn. Ceci poussa le clan Al Khalifa du Bahreïn, allié à Abou Dhabi, à passer à l'offensive.

En octobre 1867, le hakim Mohammed Al Khalifa envoya son frère Ali, à la tête d'une armée d'environ 2 000 hommes venus d'Abou Dhabi, attaquer le Qatar. L'invasion aboutit au sac d'Al-Bida (Doha) et de Wakrah. La contre-attaque qatari qui suivit aboutit à la destruction de la plupart des navires bahreïniens et à l'entrée en scène des Britanniques.

Le traité maritime de janvier 1820 (General Treaty of Peace) puis celui du 24 août 1853 (Treaty of Maritime Peace in Perpetuity) garantissaient la fin de la piraterie dans le Golfe et une paix maritime perpétuelle, les disputes entre cheikhs devant être arbitrés par les Britanniques. Ceux-ci avaient jusqu'ici reconnu le Qatar comme étant une dépendance du Bahreïn. Mais, le 2 septembre 1868, le résident britannique dans le golfe persique, le lieutenant-colonel Sir Lewis Pelly (1825-1892), arriva devant Bahreïn avec trois bâtiments de guerre et adressa un ultimatum au Hākim Mohammed, l'accusant d'avoir violé la paix maritime (il avait transporté ses troupes par mer et pillé les ports ennemis, en violation du traité du 31 mai 1861[4]) et demandant des réparations à hauteur de 10 000 toman. Le 6 septembre, Ali Al Khalifa fut placé par Pelly à la tête de Bahreïn comme hakim à la place de son frère, qui prit la fuite… au Qatar[5].

Le conflit conduisit également les Britanniques à reconnaître pour la première fois les Al Thani.

Le 12 septembre 1868, le lieutenant-colonel Pelly signa en effet avec Cheikh Mahomed bin Sanee [Thani] of Guttur [Qatar] un traité. Celui-ci mettait fin à la guerre avec Bahreïn, qui renonçait à toute souveraineté sur le Qatar auquel était accordé une semi-indépendance qui positionnait le cheikh à la tête du pays. Une clause prévoyait le retour des biens pillés et la libération de tous les prisonniers de guerre, dont Cheikh Jassim.

Le 13 septembre, les chefs tribaux résidant dans la province du Qatar convinrent solennellement de verser au hakim Ali leur tribut annuel. Ces sommes seraient remises au cheikh Mohammed ben Thani qui devrait les transmettre à son tour, avec sa propre contribution, au résident britannique qui les remettrait à son tour au hakim. Du point de vue de Bahreïn, le Qatar n'était donc pas indépendant, puisqu'il lui payait l'impôt. Pour le Qatar, au contraire, les événements de 1868 reconnaissaient pour la première fois l'identité distincte du pays. Pour les Britanniques, ce paiement ne mettait aucunement en cause l'indépendance du Qatar puisque ce tribut représentait la contribution du Qatar aux sommes que Qatar et Bahreïn devaient verser aux wahhabites pour garantir leur sécurité du côté de la terre[6].

En 1871, toutefois, Cheikh Mohammed, inquiet de la prédominance britannique et cherchant à se prémunir contre un retour des Bahreïniens, rechercha un contre-poids politique dans la région. Après la conquête de la grande oasis d'Al-Hasa (Arabie) par les Ottomans (qui mettait fin, de fait, au tribut versé aux Wahhabites), le cheikh rechercha leur alliance et accepta de laisser flotter le drapeau ottoman ainsi que d'héberger une petite garnison ottomane à Bida (janvier 1872). Ce fut le début d'une présence ottomane de quarante-quatre ans qui devait durer jusqu'en 1915. Le cheikh Mohammed fut alors désigné caïmacan du kaza (province) de Qatar, dépendant du wali de Bagdad.

Le nouveau caïmacan abdiqua en 1876 en faveur de son fils aîné, Cheikh Jassim ben Mohammed Al Thani, en raison de son âge avancé (il avait alors 88 ans). Il mourut deux ans après son abdication, le 18 décembre 1878.

Enfants[modifier | modifier le code]

Cheikh Mohammed eut 8 enfants (6 fils, et 2 filles dont l'identité n'est pas connue) :

  • Cheikh Jassim ben Mohammed al-Thani, émir du Qatar (1825-1913)
  • Cheikh Ahmed ben Mohammed Al Thani, cheikh de Doha (1853-1905)
  • Cheikh Fahad ben Mohammed Al Thani, mort jeune
  • Cheikh Eid ben Mohammed Al Thani, mort jeune
  • Cheikh Jaber ben Mohammed Al Thani (1878-1934)
  • Cheikh Thamir ben Mohammed Al Thani

Notes[modifier | modifier le code]

  1. cf. The al-Thani dynasty genealogy
  2. Les ruines se trouvent à une quinzaine de kilomètres au sud de l'actuel Doha, Qatar.
  3. C'est l'ancien nom de l'actuelle Doha (ad-Dawha). Probablement fondé par des réfugiés soudanais venus d'Abu Dhabi, ce village fut longtemps un port de pirates exerçant son activité dans tout le golfe persique (cf. Encyclopædia Britannica).
  4. Perpetual treaty of peace and friendship, par lequel Bahreïn s'interdisait toute action hostile par mer, sous quelque raison que ce soit, pendant que la Grande-Bretagne lui garantissait la sécurité contre toute agression. Ce traité avait été signé par le hakim Mohammed Al Khalifa.
  5. Cf. Affaire de la délimitation maritime et des questions territoriales entre Qatar et Bahreïn, International Court of Justice, arrêt du 16 mars 2001.
  6. Cf. Recueil des arrêts, avis consultatifs et ordonnances, éditions des Nations unies (2001).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]