Manifeste des Soixante

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Le Manifeste des soixante, rédigé par l’ouvrier ciseleur Henri Tolain et signé par soixante prolétaires, présentait en 1864 un programme de revendications sociales pour soutenir une candidature ouvrière à une élection partielle sous le Second Empire, dénonçant l’hypocrisie de l’égalité telle que l’a formulée la Révolution de 1789 et demandant une véritable démocratie politique, économique et sociale. C’est un texte d’importance dans l’histoire du mouvement ouvrier.

Le socialisme sous le Second Empire[modifier | modifier le code]

Au début du Second Empire, les ouvriers, hantés par l’échec du socialisme utopique, les massacres orchestrés par la bourgeoisie en juin 1848, la politique répressive du gouvernement de la Seconde République, ne se mobilisèrent pas dans des mouvements ouvriers politiques, suivant ainsi les conseils de Proudhon, partisan d’une organisation ouvrière sociale et mutualiste et d’un refus de participer à la vie politique.

Mais, en 1860, l’Empereur change d’orientation politique et adopte une position plus libérale. Napoléon III autorise une délégation ouvrière française à l'Exposition universelle de Londres de 1862. Ces délégués rencontrèrent une classe ouvrière anglaise mieux organisée et mieux rémunérée, grâce aux méthodes réformistes des syndicats anglais, les trade-unions.

Henri Louis Tolain, ciseleur sur bronze, en faisait partie et publia à son retour, dans l'Opinion nationale, une célèbre lettre où il réclamait des réformes législatives, la création de chambres syndicales, le droit de grève… (ce dernier fut accordé, avec des restrictions, en 1864)

La rédaction du manifeste[modifier | modifier le code]

En 1863, Henri Tolain soutint les candidatures ouvrières aux élections dans une brochure « Quelques vérités sur les élections de Paris » et rédigea chez un ami journaliste socialiste, Henri Lefort, un manifeste destiné à soutenir la candidature d'Henri Tolain à l’élection complémentaire de février 1864. Ce texte fut publié le 17 février dans l’Opinion nationale, ratifié par soixante ouvriers et prolétaires, dont Tolain, Lefort, le monteur en bronze Perrachon, le passementier Limousin et Zéphyrin Camelinat.

Le Manifeste des Soixante proclamait ainsi que « l’égalité inscrite dans la loi n’est pas dans les mœurs et qu’elle est encore à réaliser dans les faits », en assurant que les ouvriers constituent « une classe spéciale de citoyens ayant besoin d’une représentation directe ». La volonté était, dans une optique de continuité de la Révolution qui n’avait profité qu’aux bourgeois, de donner une autonomie à la classe ouvrière, articulée avec la construction d’une identité collective.

« On a répété à satiété : il n’y a plus de classes depuis 1789 ; tous les Français sont égaux devant la loi, mais nous n’avons d’autre propriété que nos bras, nous qui subissons tous les jours les conditions illégitimes et arbitraires du capital, nous qui vivons sous des lois exceptionnelles telles que les lois sur les coalitions et l’article 1781, qui porte atteinte à notre intérêt en même temps qu’à notre dignité, il nous est difficile de croire à cette affirmation. »

Le manifeste dresse ensuite un programme de revendications immédiates:

  1. l'abrogation de l'article 1781 du Code civil, ainsi rédigé: « Le maître est cru sur son affirmation pour la quotité des gages, pour le paiement des salaires de l'année et pour les acomptes donnés pour l'année courante »
  2. l'abolition de la loi sur les coalitions
  3. la création de chambres syndicales
  4. l'élargissement de la compétence des sociétés de secours mutuels
  5. la règlementation du travail des femmes
  6. la réforme de l'apprentissage
  7. l'instruction primaire et professionnelle gratuite

Influence du texte[modifier | modifier le code]

Pour beaucoup d’auteurs, et par exemple Marx, ce manifeste constitua « la première charte de classe d’un mouvement ouvrier français en voie de devenir adulte ». Considéré depuis comme le chef de file du mouvement ouvrier, Tolain dirigea en 1865 le premier bureau parisien de l’Internationale créée à Londres à la fin 1864.

Les républicains furent furieux que ce manifeste n’aborde pas la question du régime politique.

Proudhon, prié de donner son avis, reconnut le droit des ouvriers à une représentation qui leur soit propre, mais n'en persista pas moins à leur recommander l'abstention aux élections devant l’illusion du parlementarisme ouvrier. Il préparait alors De la capacité politique des classes ouvrières, qui ne paraîtra qu'après sa mort. La section française de l’Internationale sera d’ailleurs formée sur l’initiative d’ouvriers proudhoniens.

À ces courants s’ajoutait l’influence de Blanqui qui, reprenant la tradition de 1793, désirait que la révolution soit accomplie par de petits groupes en sociétés secrètes soutenus par une action violente. Ces diverses tendances s’affirmeront dans l’action de la Commune.

Références externes[modifier | modifier le code]