Maison des Têtes de Toulon

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Bâtiment actuel construit a l'emplacement de la Maison des têtes avec inclusion de certaines clefs de voûtes.
Plaque commémorative.
Ostau dei testa de Tolon.JPG

La maison des Têtes, à Toulon, était un immeuble de cinq étages, bâti au XVIIIe siècle et situé sur la place à l'Huile. Elle était ainsi nommée en raison des sculptures de têtes en bois qui ornaient les linteaux des fenêtres.

Le , à 14 h 26, une explosion d'origine indéterminée, qui fut ressentie dans toute la ville, détruisit la maison, faisant treize morts et une quarantaine de blessés[1]. Il n'y eut qu'un seul survivant, Wulfran Dherment[2]. Plusieurs hypothèses furent avancées pour expliquer cet accident, qui, plus de vingt ans après les faits, n'a toujours pas trouvé d'explication définitive.

Hypothèses et enquête[modifier | modifier le code]

Une enquête est ouverte immédiatement après l'accident. La première cause envisagée est une fuite de gaz ou un suicide par gaz. Le 17 février, c'est-à-dire deux jours plus tard, une première version est présentée par les médias.

Version officielle[modifier | modifier le code]

Après l'étude des impacts de débris sur les immeubles environnants, il apparaît que l'explosion a eu lieu au 3e étage, au niveau de l'appartement de madame Annette Wazerstein, adjudant-chef à la retraite[3],[4]. Il est établi par l'enquête que madame Wazerstein était dépressive[3], l'autopsie de son corps révèle des brûlures caractéristiques d'une explosion au gaz[3].

La thèse du suicide est appuyée par le fait que le compteur à gaz de l'appartement, récupéré dans les décombres, indique que les occupants ont consommé 43 m3 de gaz de plus qu'à leur habitude[3],[4]. L'enquête officielle conclut à une explosion provoquée par une fuite de gaz ou par un suicide au gaz.

Version non officielle soutenue par des familles de victimes[modifier | modifier le code]

Selon les salariés de GDF, arrivés très rapidement sur les lieux du drame pour couper le gaz du quartier, il n'y a eu ni incendie, ni flamme, ni fumée[3],[5], et que les ruines sentaient la poudre[3]. Selon l'article paru dans le Var-Matin, aucune brûlure significative n'a été constatée sur les corps[1].

En 1992, des familles de victimes demandèrent une contre-expertise à Roger Le Breton, médecin légal, concernant l'autopsie de Mme Wazerstein : celui-ci déclare, après lecture des rapports d'autopsie, que la victime est morte d'un « enfoncement thoraco-abdominal », c'est-à-dire écrasée par l'effondrement de l'immeuble et non à cause d'une explosion. Elle présentait des brûlures superficielles et des éraflures aux mains[4]. Roger Le Breton note également que

« un corps se distingue des autres, celui de M. Taurisano Jean-François »[4] : celui-ci travaillait dans le cabinet de dentiste au premier étage quand l'explosion arriva[6]. Son corps aurait été déchiqueté, le cœur et les viscères « éjectés en bloc ». Ces conclusions ne concordent pas avec une explosion survenue au 3e étage : en effet, vu l'état de sa dépouille, M. Taurisano devait se trouver près du foyer de l'explosion. »

Voici un extrait du témoignage du seul survivant, Wulfran Dherment[4],[2] :

« Cela fait maintenant cinq bonnes minutes que je m’applique sur mon travail. Puis, tout va extrêmement vite : brusquement, Alexandra se lève en criant : « merde ! ». Ce comportement inattendu mêlé à l'instinct de survie, déclenche chez moi une réaction étrange. Une peur viscérale m’envahit brutalement. Je sais que quelque chose de très grave va arriver maintenant, que ma vie est en danger. En une fraction de seconde, je fais un bond vers la porte du palier en me protégeant la tête avec mes bras. Un flash gigantesque m’éblouit. Je sens un fouettement brûlant dans le dos. Un souffle extraordinaire me balaye tel un fétu de paille. Un énorme choc m’assène la tête alors que le sol se dérobe sous mes pieds. Tout explose. »

Par ailleurs, plusieurs témoins contestent l'hypothèse du suicide, notamment la juge Michèle Cutajar, en arguant que certaines parole de Mme Wazerstein, alléguées comme preuve de ses tendances suicidaires, ont été mal interprétées et sorties de leur contexte[3].

Selon plusieurs témoins, certaines pièces à conviction auraient été détruites ou dissimulées : les vêtements de certaines victimes ont été détruits, comme en témoigne Jacques Baille, le père d'Alexandra Baille[4],[3] :

« Nous voulions simplement récupérer les affaires de notre fille, Alexandra, mais notre démarche semblait embarrasser… On nous a d’abord dit que les policiers les avaient prises, puis on a fini par nous mettre en face d’un morguiste qui nous a présenté ses excuses. Les vêtements d’Alexandra avaient été incinérés par erreur» »

Les débris[modifier | modifier le code]

Dans les jours qui suivirent l'accident, des camions ont transféré les débris de la maison dans une décharge privée. L'expert qui fut nommé pour l’enquête n'a donc pas eu accès directement aux décombres, mais s'est vu remettre un sac contenant des échantillon « pris au hasard sur le site »[4],[3]. Selon l'expert lui-même, les échantillons pris au hasard ne sont pas probants[3]. Le rescapé Wulfran Dherment parle d’une blessure persistante à la cuisse causée par l'explosion[4] :

« C’était curieux, elle semblait cicatriser, une croûte se formait, tombait, mais une autre croûte se reformait. La blessure ne guérissait pas. »

À la demande de familles de victimes, Loïc Le Ribault, directeur d’un laboratoire privé, le C.A.R.M.E[7], effectue un prélèvement cutané de la blessure et y découvre du titane[4]. Ce métal rare est utilisé principalement dans les industries aéronautiques et aérospatiales, chimique, militaire, biomédicale, énergétique et automobile. Wulfran Dherment se trouvait dans le cabinet bucco-dentaire du premier étage lors de l'explosion, et si le titane est aujourd'hui utilisé dans la fabrication de certaines prothèses dentaires cette utilisation ne remonte qu'à quelques années[Quand ?].

La théorie du « missile fou »[modifier | modifier le code]

L'USS Austin (LPD-4) était présent dans la baie de Marseille, le .

Des familles de victimes envisagent une autre hypothèse que celle de l'explosion au gaz ; en effet, selon les sources officielles du gouvernement américain, le , dans la rade de Marseille, une opération militaire du nom de Phinia[8],[9] avait lieu en collaboration avec la marine française. Étaient présents sur place le USS Austin (LPD-4)[9], ainsi que 11 hélicoptères ( 2 Super Frelon, 5 Lynx, 4 Alouette[10]).

L'hypothèse avancée par ces familles est donc la suivante : un missile aurait échappé au contrôle de l'armée et serait venu exploser au 1er étage de la Maison des Têtes. Selon cette hypothèse, cela explique l'état dans lequel était le cadavre de M. Taurisano Jean-François, qui se trouvait au 1er étage, les traces de titane trouvées par Loïc Le Ribault dans la blessure de Wulfran Dherment, mais également l'absence d'incendie constatée par GDF.

Voici des extraits de témoignages que des personnes non interrogées par la police[4] donnèrent à plusieurs journalistes.

« Je me trouvais devant l’église, place Louis-Blanc, en conversation avec une amie lorsque tout à coup un sifflement devenant insoutenable s’est fait entendre. Exactement comme s’il allait se rapprochant. De plus en plus intense. D’une manière instinctive, j’ai traversé la rue pour me mettre à l’abri d’un magasin, en disant : « Ça va exploser, ça va exploser. » À peine arrivée sous l’auvent, il y a eu l’explosion. Il a presque fait nuit pendant des minutes trop longues, jusqu’à ce que la poussière retombe. Les gens couraient dans tous les sens, couverts de poussière. Il régnait une atmosphère de désolation, de panique, une odeur très âcre. »

— Christiane Amesland, professeur certifié, [4]

Autre témoignage[4] :

« Je me trouvais sur ma terrasse, au dernier étage de mon immeuble, avenue de la République, lorsque j’ai entendu un violent sifflement suivi d’une explosion… »

Relance des enquêtes[modifier | modifier le code]

En 2014, le journaliste Max Clanet publie une enquête de 5 ans dans son livre Blessures de Guerre : comment l'explosion de la maison des Têtes de Toulon a été étouffée pour raison d'Etat, préfacé par Patrick Poivre d'Arvor. Il explique que certaines informations ont depuis été classées définitivement secret Défense, c'est-à-dire qu'elles ne pourront pas être consultées ni divulguées pendant 100 ans. En 2015, Danielle de March-Waller, conseillère municipale d’opposition au moment de l'explosion, demande au président de la république, la levée du « secret Défense » [11],[12],[13],[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]