Laura Mulvey

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Laura Mulvey
Laura Mulvey Fot Mariusz Kubik July 24 2010 06.JPG
Biographie
Naissance
Nationalité
Formation
St Paul's Girls' School (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Autres informations
A travaillé pour

Laura Mulvey née le 15 août 1941 est une critique et réalisatrice de cinéma, britannique et féministe.

Biographie[modifier | modifier le code]

Elle suit ses études à St Hilda's College, à Oxford. Elle travaille pendant plusieurs années au British Film Institute avant de devenir professeure d'études cinématographiques et sciences des médias à Birkbeck, Université de Londres.

Au cours de l'année scolaire 2008-2009, Laura Mulvey est professeure invitée en sciences humaines au Wellesley College[1].

Elle est docteure honorifique de lettres à l'Université d'East Anglia en 2006, de droit à l'Université Concordia en 2009 et de littérature à l'University College Dublin en 2012.

Analyse du cinéma hollywoodien[modifier | modifier le code]

Plaisir visuel et cinéma narratif, est un essai sur le cinéma écrit en 1973 et publié en 1975 dans la revue britannique de cinéma Screen. Il est repris dans de nombreuses anthologies. Il est considéré comme un article fondateur des études féministes sur le cinéma[2]. Avant Laura Mulvey, les théoriciens du cinéma tels que Jean-Louis Baudry et Christian Metz ont utilisé les idées psychanalytiques dans leurs écrits théoriques du cinéma. La contribution de Laura Mulvey s'inscrit dans une lecture féministe de ces théories[3].

Laura Mulvey intègre l'idée freudienne du phallocentrisme dans Plaisir visuel et le cinéma narratif. Laura Mulvey insiste sur l'idée que les images, les personnages, les complots, les histoires et les dialogues dans les films sont construits sur l’inconscient de la société patriarcale. Elle intègre également les œuvres de penseurs comme Jacques Lacan et illustre son propos avec les films des réalisateurs Josef von Sternberg et Alfred Hitchcock[4].

La visualisation d'un film reproduit inconsciemment ou à peu près consciemment les rôles sociétaux typiques des hommes et des femmes. Regarder est généralement considéré comme un rôle masculin actif alors que le rôle passif d'être examiné est immédiatement perçu comme une caractéristique féminine. Laura Mulvey soutient que les femmes dans le cinéma sont liées au désir et que les personnages féminins ont une apparence codée pour avoir un fort impact visuel et érotique. L'actrice féminine n'est pas censée représenter un personnage qui affecte directement l'issue d'une intrigue, elle est insérée dans le film pour être objectivée sexuellement[5].

Laura Mulvey appelle à contester le système patriarcal de Hollywood et à dépasser le voyeurisme ou la fascination fétichiste. Elle propose une nouvelle écriture cinématographique instituant un spectateur alternatif, dans une vision féministe[6].

Plaisir visuel et le cinéma narratif a fait l'objet de nombreux débats entre les théoriciens du cinéma jusqu'au milieu des années 1980. Laura Mulvey soutient que son article Plaisir visuel et cinéma narratif est pensé comme un manifeste, plutôt qu'un article académique raisonné qui aurait tenu compte de toutes les objections. Elle a clarifié beaucoup son point de vue dans Afterthoughts en 1981[7].

En 2006, Laura Mulvey publie Death 24x a Second: Stillness and the Moving Image. Dans ce travail, Mulvey explore la façon dont les technologies vidéo et DVD ont modifié la relation entre le film et le spectateur. Celui-ci n'est plus obligé de regarder un film dans son intégralité et de façon linéaire, du début à la fin. Avant l'émergence des lecteurs VHS et DVD, les spectateurs ne pouvaient pas s'attarder sur les moments précieux du film, ni posséder les images des idoles. En réponse à ce problème, l'industrie cinématographique a produit des images fixes qui complétaient le film lui-même. Ces images ont été conçues pour donner aux fans du film l'illusion de la possession. Avec la technologie numérique, les spectateurs peuvent mettre en pause les films à tout moment, reproduire leurs scènes préférées, et même ignorer les scènes qu'ils ne souhaitent pas regarder. Selon Laura Mulvey, ce pouvoir a conduit à l'émergence du «spectateur possessif». Les films peuvent maintenant être détaché du récit linéaire en autant de moments ou scènes préférés. C'est dans le cadre de cette relation redéfinie que Laura Mulvey affirme que les spectateurs peuvent maintenant se livrer à une forme sexuelle de possession des corps qu'ils voient à l'écran[8].

Réalisatrice[modifier | modifier le code]

Laura Mulvey est également une réalisatrice du cinéma d'avant-garde, en cherchant à mettre en œuvre une nouvelle écriture cinématographique. Entre 1974 et 1982, elle écrit et dirigé avec Peter Wollen, six films ; Penthesilea: Queen of the Amazons (1974), Riddles of the Sphinx (1977), AMY! (1980), Crystal Gazing (1982), Frida Kahlo et Tina Modotti (1982) et The Bad Sister (1982)[9].

Dans le film, Penthesilea: Queen of the Amazons de 1974, Laura Mulvey explore la structure de la mythologie, sa position dans la culture dominante et les notions de modernisme[10].

Avec Riddles of the Sphinx, Laura Mulvey et Peter Wollen utilisent de nouvelles formes au récit pour explorer le féminisme et la théorie de la psychanalyse. Ce film essaie de construire une nouvelle relation entre le spectateur et le personnage féminin, en présentant celui-ci sous plusieurs points de vue féminins. Le film revient sans cesse sur le personnage féminin, non pas en tant que qu'image visuelle, mais en tant que sujet d'enquête. Ce film a été fondamental et présente le cinéma comme un espace dans lequel l'expérience féminine peut s'exprimer[11].

AMY! est un film sur l'aviatrice Amy Johnson. L'aviatrice est une figure symbolique pour illustrer le passage du monde féminin au monde masculin imposé aux femmes pour être acceptées dans la sphère publique[12].

Crystal Gazing fait preuve de spontanéité. Certaines parties du film ont été fixées alors que la production avait commencé. Il représente Londres lors de la récession de Thatcher. Laura Mulvey regrette de ne pas avoir inclus les polémiques féministes de l'époque, craignant qu'elles déséquilibrent le film[12].

En 1991, Laura Mulvey revient au cinéma avec Disgraced Monuments, qu'elle dirige avec Mark Lewis. Ce film explore le destin des monuments révolutionnaires en Union soviétique après la chute du communisme[12].

Publications[modifier | modifier le code]

Films[modifier | modifier le code]

  • Laura Mulvey, Peter Wollen, Penthesilea: Queen of the Amazons, 1974, 16 mm, 99 mins
  • Laura Mulvey, Peter Wollen, Riddles of the Sphinx, 1977
  • Laura Mulvey, Peter Wollen, AMY!, 1980
  • Laura Mulvey, Peter Wollen, Crystal Gazing, 1982
  • Laura Mulvey, Peter Wollen, Frida Kahlo et Tina Modotti, 1982
  • Laura Mulvey, Peter Wollen, The Bad Sister, 1982
  • Laura Mulvey, Mark Lewis, Disgraced Monuments, 1991

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Gaylyn Studlar, In the realm of pleasure, New York, Columbia University Press, (ISBN 9780231082334)
  • (en) Rakhee Balaram, « Artists: Laura Mulvey and Peter Wollen », LUX,‎ (lire en ligne)

Notes et réferences[modifier | modifier le code]

  1. « Staff for 2008–09: Laura Mulvey » [archive du ], sur wellesley.edu, Newhouse Center for the Humanities, Wellesley College
  2. Gabrielle Hardy, « Plaisir visuel et cinéma narratif, Laura Mulvey », sur www.debordements.fr, (consulté le 11 septembre 2017)
  3. Christine Bolron, « LAURA MULVEY », sur lesilo.blogspot.fr, (consulté le 11 septembre 2017)
  4. Gabrielle Hardy, « Plaisir visuel et cinéma narratif, Laura Mulvey - Débordements », sur www.debordements.fr, (consulté le 11 septembre 2017)
  5. (en) « Laura Mulvey and The Male Gaze », sur blogs.warwick.ac.uk, (consulté le 11 septembre 2017)
  6. (en) Mary Jacobus, Women writing and writing about women, Routledge Libray editions, (ISBN 9780415752329, OCLC 876293029, lire en ligne)
  7. « Laura Mulvey (1941 - ) », sur www.jahsonic.com (consulté le 11 septembre 2017)
  8. (en) Laura Mulvey, Death 24x a second : stillness and the moving image, London, Reaktion Books, (ISBN 9781861892638, OCLC 61529345, lire en ligne), p. 161
  9. O'Pray, Michael. et Arts Council of England., The British avant-garde film, 1926-1995 : an anthology of writings, University of Luton, (ISBN 1860200044, OCLC 36714631, lire en ligne)
  10. (en) William Fowler, « Penthesilea: Queen of the Amazons (1974) », sur www.screenonline.org.uk, (consulté le 12 septembre 2017)
  11. (en) Lucy Reynolds, « Riddles of the Sphinx (1977) », sur www.screenonline.org.uk, (consulté le 12 septembre 2017)
  12. a, b et c (en) Eleanor Burke, « BFI Screenonline: Mulvey, Laura (1941-) Biography », sur www.screenonline.org.uk, (consulté le 11 septembre 2017)

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notices d'autoritéVoir et modifier les données sur Wikidata : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Union List of Artist Names • Bibliothèque nationale de France (données) • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • Bibliothèque royale des Pays-Bas • Bibliothèque nationale de Catalogne • Bibliothèque nationale d’Australie • WorldCat