La guerre n'a pas un visage de femme

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La guerre n'a pas un visage de femme
Auteur Svetlana Aleksievitch
Pays Drapeau de la Biélorussie Biélorussie
Drapeau de l'URSS Union soviétique
Genre Essai
Version originale
Langue russe
Titre У войны не женское лицо
Éditeur Мастацкая літаратурa
Lieu de parution Minsk
Date de parution 1985
Version française
Traducteur Galia Ackerman et Paul Lequesne
Éditeur Presses de la Renaissance
Lieu de parution Paris
Date de parution 2004
Nombre de pages 398
ISBN 2-85616-918-X
Chronologie

La guerre n'a pas un visage de femme (en langue russe : У войны не женское лицо) est un essai documentaire de l'écrivaine biélorusse Svetlana Aleksievitch, lauréate du prix Nobel de littérature en 2015. Ce livre est composé à partir d'histoires enregistrées sur magnétophone de femmes soviétiques qui ont participé à la Grande Guerre patriotique. Le titre de l'ouvrage est tiré des premières lignes du roman de l'écrivain biélorusse Ales Adamovitch « La Guerre sous les toits » (1960)[1],[2]. Le livre constitue la première partie du cycle de la série documentaire Les Voix de l'utopie. La seconde sera l'essai Derniers Témoins (1985), sur le même sujet, la guerre, mais vue et vécue par des enfants qui ont survécu.

Histoire de la publication[modifier | modifier le code]

Le livre est écrit en 1983 et est publié par la revue littéraire moscovite « Octobre » au début de l'année 1984 (dans une variante pour la revue), et plusieurs chapitres paraissent encore dans une autre revue (Nieman /revue de l'union de écrivains biélorusses). Une partie du récit a été supprimé par la censure en URSS (l'auteur a été accusé de pacifisme, de naturalisme, et d'avoir terni l'image héroïque de la femme soviétique) et aussi par l'auteure elle-même[3],[4],[5]; mais la plupart des suppressions ont été réintroduites par la suite[6]. En 1985 le livre a été publié séparément par plusieurs maisons d'édition dont une à Minsk avec son titre « La guerre n'a pas un visage de femme…»[7]. À la fin des années 1980, le tirage atteignait 2 millions d'exemplaires[8]. L'ouvrage a été traduit dans de nombreuses langues.

L'auteur explique ces débuts difficiles suivis d'un tel succès dans un interview à Anne Brunswic. Pendant deux ans le livre s'est heurté à un refus de publication parce que les anciens combattants réclamaient de la prose héroïque, pas des récits d'atrocités. Mais le livre est parvenu jusque dans les mains de Mikhaïl Gorbatchev qui en a fait l'éloge lors du quarantième anniversaire de la victoire. Le succès en URSS a alors été fulgurant[9].

Méthodologie[modifier | modifier le code]

Svetlana Aleksievitch expose dans son essai sa méthode d'entretien avec les femmes qui lui racontent leurs expériences de la guerre[10]. Au début de sa recherche, elle enregistre tous les témoins qu'elle rencontre. Ceux-ci se transmettaient son adresse, son téléphone d'une femme à l'autre. Des vétérans l'invitent à leurs réunions. Elle comprend rapidement qu'elle ne pourra pas interroger tout le monde, qu'il lui faut un principe de sélection. Elle le formule ainsi : elle doit s'efforcer de noter le témoignage de femmes ayant exercé des métiers militaires différents. Cela donne une richesse à son analyse du fait que chacune voyait la guerre à travers son métier et qu'elle n'étaient pas toutes infirmières ou cuisinières mais aussi: tireurs d'élite, tankistes, pilotes, boulangères, chirurgiennes, servantes de pièces de DCA. Lors des interviews elle est souvent confrontée à la coexistence de deux vérités dans l'esprit d'une même personne : une vérité personnelle dans les tréfonds de la conscience et une vérité empruntée, contemporaine. La première résiste rarement à la pression de la seconde. Si une femme raconte son expérience de la guerre et qu'un proche, un voisin, un ami participe ou entend l'entretien, son récit prend un tour moins franc, moins intime. Les souvenirs personnels sont soumis dans ce cas à une résistance intérieure. Aleksievitch en tire une sorte de loi : plus il y a d'auditeurs lors des interviews, plus le récit devient terne et froid. Plus il ressemble à ce qu'on attend qu'il soit. Une défiance apparaît envers ce qui est simple et humain pour substituer à la vie une image idéale. En respectant l'intimité des rencontres et de l'écoute, Aleksievitch donne à ces récits beaucoup de chaleur et d'humanité[11].

Prix obtenus[modifier | modifier le code]

L'auteure a obtenu pour ce livre différents prix dont :

Série télévisée La guerre n'a pas un visage de femme[modifier | modifier le code]

La publication de l'ouvrage a été précédée par la création d'une série télévisée de 7 documentaires sous le même titre « La guerre n'a pas un visage de femme ́» sur un script de Svetlana Aleksievitch elle-même avec le metteur en scène Viktor Dachouk en 1981—1984 au studio « Chroniques biélorusses ». Viktor Dachouk a obtenu pour cette série et une autre intitulée « Je suis d'un village en feu » le prix d'État d'URSS pour la littérature, en 1985. Il a aussi obtenu le prix de la « Colombe d'argent » au festival international du cinéma à Leipzig[15].

Les films documentaires télévisés en noir et blanc présentent des images de la Seconde Guerre mondiale avec des textes d'héroïnes ayant participé à celle-ci. Le vétéran et écrivain biélorusse Vasil Bykaŭ présente l'ouvrage de Svetlana Aleksievitch et de Viktor Dachouk comme un exemple d'approche du thème de la guerre par des gens d'une génération qui n'y a pas participé : « honnêtement, sincèrement, sans omissions ni parti pris, avec un respect profond pour le vécu et les paroles des gens, pour ceux qui ont connu la dernière guerre et qui fera pour toujours partie de leur destin »[16].

Réalisations théatrales[modifier | modifier le code]

Le sujet du livre a servi à la création de nombreux spectacles parmi lesquels[17] :

Réalisation cinématographique[modifier | modifier le code]

Le réalisateur Kantemir Balagov, auteur du long métrage Une grande fille (Dydla) a obtenu le prix de la mise en scène de la sélection Un certain regard au Festival de Cannes de 2019. C'est l'ouvrage de Svetlana Alexievitch La guerre n'a pas un visage de femme qui lui a servi de source d'inspiration pour son film. Il travaillait encore à l'atelier de Alexandre Sokourov quand il a pris cette décision en 2015[19].

Manga[modifier | modifier le code]

En 2019, un manga tiré du livre est en cours de prépublication dessiné par Keito Koume (en).

Références[modifier | modifier le code]

  1. (ru) N. A. Sivakova La Fonction des titres dans la structure narrative des travaux d'Aleksievitch/Сивакова Н. А. Функции заглавий в повествовательной структуре документальных произведений С. Алексиевич // Известия Гомельского гос. ун-та им. Ф. Скорины. — 2011. — 2(65). — С. 179—181:
    «Le titre du premier livre „ La guerre n'a pas un visage de femme…“ — est une citation du roman d'Adamovitch „ La guerre sous les toits“. „Mais rien dans cette guerre ne laissait de souvenirs plus forts, plus tranchants, plus terribles que le visage de nos mères “. Aleksievitch termine le récit par des points de suspension (Après la guerre, pendant longtemps j'ai eu peur du ciel, peur même de lever la tête en l'air. J'avais peur de n'y voir qu'un champ labouré ...Or, déjà les freux le traversaient d'un vol paisible... Les oiseaux ont vite oublié la guerre...) comme un signe de non achèvement qui mène à une conclusion de renforcement négative (non féminine) »
  2. Svetlana Alexievitch, Œuvres , Actes Sud, 2015 (ISBN 978-2-330-05629-2), p. 325
  3. Svetlana Alexievitch, Œuvres, Traduit du russe par Galia Ackermane et Paul Lequesne, Thesaurus Actes Sud, 2015, (ISBN 978-2-330-05629-2) p. 30 à p. 37
  4. (ru) Biographie d'Aleksievitch Биография С. Алексиевич.
  5. (ru) У войны не женское лицо, стр. 14-20
  6. Svetlana Alexievirch, Op.cit p. 30 et ss. L'auteure reprend dans son essai ce que la Censure a supprimé et cite des extraits des entretiens avec les censeurs. Elle reprend également sous le titre :ce que j'ai écarté moi-même, en pages p. 35 et ss.
  7. Алексиевич, Светлана Александровна, У войны — не женское лицо…, Мастацкая літаратура
  8. (ru) S Aleksievitch obitent le prix Nobel de littérature pour la première fois dans l'histoire de la Biélorussie Светлана Алексиевич получила Нобелевскую премию по литературе — первую в истории Беларуси
  9. Interview par Anne Brunswic sur alexievich.info.p. 161
  10. Svetalana Alexievitch Op. cit p. 93 et ss.
  11. Svetalana Alexievitch Op. cit p. 110 et p. 111
  12. a b et c Sergueï Tchouprininie : la littérature russe d'aujourd'hui à l'étranger /Сергей Чупринин: Русская литература сегодня: Зарубежье. М.: Время, 2008 г. (ISBN 978-5-9691-0292-7)
  13. (pl)(en) « Białoruska pisarka zdobyła nagrodę Angelusa », PolskieRadio.pl
  14. (pl)(en) « Nagroda im. Ryszarda Kapuścińskiego », www.press.pl
  15. (be)Алексіевіч Святлана // Беларускія пісьменнікі (1917—1990). Даведнік.
  16. (ru)Vasil Bykaŭ/Василь Быков, Quatre volumes réunis / viСобрание сочинений в четырех томах, Молодая гвардия
  17. a et b M. G. Zaïonts /М. Г. Зайонц, Théâtre Anatoli Efrossa/ Театр Анатолия Эфроса, Артист. Режиссер. Театр,‎ , 142-147 p. (ISBN 5-87334-041-2)
  18. (ru)A. Sokolova /А. Ю. Соколова, А. В. Балукова, Анатолий Высторобец, Les films spectacles/ Фильмы-спектакли: аннотированный каталог
  19. Allocine, « Une grande fille : rencontre avec le prodige du cinéma russe Kantemir Balagov »

Liens externes[modifier | modifier le code]