La Tour des chevaux bleus

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La Tour des chevaux bleus
Franz Marc 029a.jpg
Artiste
Date
Technique
Huile sur toile
Dimensions (H × L)
200 × 130 cm
Mouvement
Localisation
Disparu depuis 1945

La Tour des chevaux bleus est une peinture réalisée par le peintre expressionniste, Franz Marc, en 1913, trois ans avant sa mort sur le front de la Première Guerre mondiale.

Cette œuvre, une des plus importantes de l'artiste est portée disparue depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945. Son dernier propriétaire a été Hermann Göring, qui avait saisi le tableau pour enrichir sa collection personnelle lors de l'exposition d'« Art dégénéré » organisée par les nazis à Munich, en 1937.

Description[modifier | modifier le code]

Ce tableau de grandes dimensions ne peut être actuellement observé que sur des reproductions. Il représente un groupe de quatre chevaux dans les tons bleus, vus de face. Leurs têtes sont tournées à dextre ; les corps sont puissants, « presque » de grandeur réelle. Leurs croupes sont au centre du tableau. Le côté gauche est occupé par un paysage rocheux abstrait dans les tons jaune, brun et rouge, dominé par un arc-en-ciel strié d'orange dans un ciel jaune. L'arc-en-ciel, le croissant de lune et la croix sur le corps du premier cheval illustrent peut-être la volonté de l'artiste de représenter l'unité du Cosmos et de la nature[1].

Conception[modifier | modifier le code]

La Tour des chevaux bleus est une des premières toiles abstraites du peintre ; elle a vu le jour à Sindelsdorf où il résidait. Marc s'intéressait depuis longtemps au thème du cheval. Ainsi, son célèbre tableau Cheval bleu I, de 1911, représente un poulain dans les tons bleus.

Cheval bleu I, 1911, huile sur toile, musée Lenbachhaus (Munich).

Dans sa théorie de la couleur, le bleu représente le sexe masculin : Franz Marc l'a formulé dans une lettre à August Macke du 12 décembre 1910 :

« Le bleu représente le principe mâle, sec et cérébral. Jaune le principe féminin, doux, gai et sensuel. Rouge la matière, brutale et lourde, toujours combattue et vaincue par les deux autres ! Si tu mélanges le bleu, sérieux et intellectuel avec le rouge, alors tu augmentes le bleu jusqu'à une peine insupportable, et le jaune qui apaise, complémentaire du violet, sera indispensable. […] Si tu mélanges le rouge et le jaune pour obtenir de l'orange, tu décuples la force sensuelle du jaune, passif et féminin de sorte que le bleu, l'homme froid et cérébral, sera de nouveau nécessaire. Il est vrai que le bleu s'appose aussitôt et automatiquement à côté de l'orange, ces couleurs s'aiment. Bleu et orange rendent un son festif. Si maintenant tu mélanges du bleu et du jaune avec du vert, alors tu réveilles le rouge, la matière et la terre, à la vie. »

« Blau ist das männliche Prinzip, herb und geistig. Gelb das weibliche Prinzip, sanft, heiter und sinnlich. Rot die Materie, brutal und schwer und stets die Farbe, die von den anderen beiden bekämpft und überwunden werden muß! Mischst Du z. B. das ernste, geistige Blau mit Rot, dann steigerst Du das Blau bis zur unerträglichen Trauer, und das versöhnende Gelb, die Komplementärfarbe zu Violett, wird unerläßlich. […] Mischst Du Rot und Gelb zu Orange, so gibst Du dem passiven und weiblichen Gelb eine megärenhafte, sinnliche Gewalt, daß das kühle, geistige Blau wiederum unerläßlich wird, der Mann, und zwar stellt sich das Blau sofort und automatisch neben Orange, die Farben lieben sich. Blau und Orange, ein durchaus festlicher Klang. Mischst Du nun aber Blau und Gelb zu Grün, so weckst Du Rot, die Materie, die Erde, zum Leben[2]. »

La Tour des chevaux bleus (1912-1913), gouache et encre de Chine sur papier, collection graphique d'État de Munich.

Ce principe qui associe le jaune au féminin est présent par exemple dans La Vache jaune, toile de 1911 ; cette toile a été accrochée à la première exposition du Blaue Reiter, qui s'est tenue du 18 décembre 1911 au 1er janvier 1912 à Munich.

Sur une carte postale de 1912, adressée à son amie poétesse Else Lasker-Schüler, on peut voir un dessin à la gouache et à l'encre de Chine. À côté d'un cheval et d'un cavalier figurent les mots suivants : « Le cavalier bleu présente à votre Majesté son cheval bleu… » Il s'agit de la première d'une série de 28 cartes de vœux que Marc a envoyé à la poétesse. Une carte de vœux pour la nouvelle année 1913 au format 14 × 9 cm a été la première esquisse du tableau, réalisée à partir d'un premier jet au crayon de papier[3] .

Le tableau a été peint dans les premiers mois de la nouvelle année ; son ami Wassily Kandinsky l'a vu à Sindelsdorf encore sur le chevalet[4] dans le grenier de la maison de ferme où Marc avait son atelier en hiver.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le tableau La Tour des chevaux bleus a été acquis en juillet 1919 pour 20 000 Reichsmarks par Ludwig Justi, directeur de la Galerie nationale de Berlin, sur les conseils de August Gaul[5] à Maria Marc, la veuve de Marc. Il a été accroché au palais du Kronprinz dans un endroit bien en vue. Les visiteurs des Jeux olympiques d'été de 1936 ont pu encore l'admirer.

Joseph Goebbels à l'exposition « Art dégénéré » de Munich en 1937.

En 1937, les nazis ont diffamé certains artistes, dont Marc, comme artistes dégénérés. Ils ont saisi plus de 130 de ses tableaux dans les collections et les musées allemands dont tous ceux de la Galerie nationale. Six ont été exposés à partir du à l'exposition d'« Art dégénéré » qui a été ouverte à l'Institut archéologique du Palais de la Résidence à Munich.

La Tour des chevaux bleus (numéro d'inventaire 14126) a été retiré de l'exposition en même temps que d'autres tableaux de Marc, après que la Fédération des officiers allemands ait protesté auprès de la Chambre du Reich pour les arts plastiques, sur le fait que des tableaux d'un soldat du front, tombé à Verdun soient présents dans cette exposition. Le Frankfurter Zeitung du retraça laconiquement l'éloignement des Chevaux bleus. Puisque les œuvres « dégénérées » devaient être vendues en Suisse contre des devises, elles ont été stockées temporairement au château de Schönhausen. Le tableau était alors estimé à 80 000 Reichsmarks.

Hermann Göring choisit treize tableaux pour sa collection personnelle, dont deux de Marc (Cerfs dans la forêt et La Tour des chevaux bleus, qui alors été estimé à 20 000 Reichsmarks). Göring a payé 165 000 Reichsmarks pour les treize tableaux[6],[7],[8].

L'historien de l'art et conservateur Edwin Redslob (de), ainsi que le journaliste berlinois Joachim Nawrocki, ont affirmé avoir vu le tableau après la guerre. D'après Redslob, il aurait été vers 1945 à la Haus am Waldsee (ancien siège de la Chambre du film du Reich à Zehlendorf) et Nawrocki l'aurait vu en 1948-1849 dans un foyer de jeunes à proximité. Il a rapporté que le tableau était endommagé par des incisions. Ce foyer était l'ancienne demeure de Wolf-Heinrich von Helldorf, ancien président de la police de Berlin, qui a été pendu comme résistant au nazisme en 1944[9],[10].

En 2001, on a supposé que le tableau était caché dans le coffre d'une banque de Zurich mais cela n'a pas été prouvé[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Susanna Partsch, Marc, p. 46.
  2. (de)Lettre de Marc à Macke du 12 décembre 1910, zeno.org, cité d'après : Franz Marc, August Macke: Briefwechsel, DuMont, Cologne, 1964, p. 27-30.
  3. (de)Ricarda Dick, « Else Lasker-Schüler als Künstlerin », dans Else Lasker-Schüler. Die Bilder, catalogue de l'exposition, publié par Ricarda Dick pour le Musée juif de Francfort-sur-le-Main, Jüdischer Verlag im Suhrkamp Verlag, Berlin, 2010 (ISBN 978-3-633-54246-8), S. 117-158, p. 136.
  4. Klaus Lankheit, Franz Marc im Urteil seiner Zeit, Piper, Munich, 1989 (ISBN 3-492-10986-1), p. 50.
  5. Klaus Lankheit, Der Turm der blauen Pferde, Reclam, Stuttgart, 1961, p. 5.
  6. Beate Ofczarek et Stefan Frey, « Chronologie einer Freundschaft », dans Michael Baumgartner, Cathrin Klingsöhr-Leroy et Katja Schneider, p. 222.
  7. Cité d'après le site art - Das Kunstmagazin.
  8. « Kehren die blauen Pferde bald zurück? », berliner-kurier.de, 3 avril 2001.
  9. Joachim Nawrocki, « Die blauen Pferde: Görings letzte Gefangene », dans Die Welt, 30 mars 2001.
  10. Voir aussi le lien externe vers le site de Stefan Koldehoff.
  11. (de)« Der Turm der Blauen Pferde », dans Berliner Zeitung, 31 mars 2001.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources, bibliographie et filmographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]