La Nuit sacrée

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La Nuit sacrée
Auteur Tahar Ben Jelloun
Genre roman
Pays d'origine Drapeau du Maroc Maroc
Éditeur Seuil
Collection Cadre rouge
Date de parution 1er septembre 1987
Nombre de pages 188
ISBN 2020097168

La Nuit sacrée est un roman de Tahar Ben Jelloun publié le 1er septembre 1987 et ayant obtenu le prix Goncourt la même année. Ce roman fait suite au roman L'Enfant de sable publié en 1985.

Historique[modifier | modifier le code]

Le titre initial du roman était La Nuit du destin, cependant de l'éditeur Jean-Marc Roberts insiste pour le modifier et obtient satisfaction. Régulièrement cité pour le prix Goncourt dès juillet 1987, il obtient effectivement la récompense — grâce au soutien à l'intérieur de l'Académie Goncourt d'Edmonde Charles-Roux et à celui, intensif à l'extérieur, de Jean-Marc Roberts[1]. Le prix permet au roman de porter ses ventes à 400 000 exemplaires et de passer le million en additionnant toutes ses éditions[1].

Résumé[modifier | modifier le code]

Après avoir enterré son père, la narratrice quitte sa famille, et décide de parcourir le Maroc afin de découvrir son identité en tant que femme. Elle rencontre d'abord un prince, qui l'enlève sur son cheval et l'emmène dans un pays enchanté. Elle commence à le découvrir, mais le conte est interrompu et elle doit fuir. Les passages oniriques, très empreints du monde du conte, sont fréquents dans ce roman. Après avoir quitté le prince, le retour à la vie réelle est brusque pour la narratrice : elle fait une mauvaise rencontre dans un bois, et se fait violer.

Elle arrive ensuite à Agadir. En allant au hammam, elle y fait la rencontre de l'Assise, la femme qui tient la réception. Celle-ci la prend en pitié et l'invite à venir vivre chez elle. Elle lui demande de tenir compagnie à son frère, le Consul, qui a perdu la vue lorsqu'il était enfant. Il apparaît rapidement qu'il s'agit d'un couple étrange, aux relations presque incestueuses. Le Consul et la narratrice commencent une relation. L'Assise ne pouvant le supporter, elle décide de se venger de la jeune fille, et retrouve son oncle, lequel vient jusqu'à Agadir pour l'accuser de mensonge, et de vol de l'héritage familial. La narratrice le tue violemment.

Envoyée en prison, elle ne témoigne jamais du moindre regret quant à son meurtre, considérant qu'elle ne fait que réparer l'injustice de la société marocaine. Avec un bandeau sur les yeux, elle s'entraîne à vivre comme une aveugle. Elle s'évade de sa prison par ses rêveries incessantes, où elle devient princesse ou bien sainte. Cependant, elle est aussi agressée par ses sœurs : elles l'ont retrouvée, et lui en veulent toujours d'avoir tenu le rôle aisé du garçon dans leur famille. Lors d'une scène particulièrement barbare, elles lui cousent les lèvres du vagin.

Les dernières pages du livre constituent une fin allégorique de l'intrigue : la narratrice est libérée et se rend jusqu'à la mer. Là-bas, elle entre dans une maison blanche, apparue dans la brume.

Analyse[modifier | modifier le code]

Dans L'Enfant de sable, Tahar Ben Jelloun donnait la parole à un conteur, pour narrer l'histoire d'Ahmed, une jeune fille marocaine, que son père avait fait passer pour un homme durant toute sa vie, afin de ne pas connaître le déshonneur de ne pas avoir d'héritiers masculins. Dans ce roman complémentaire, Ahmed reprend la parole, se fait conteuse d'elle-même : après la mort de son père, lors de la « nuit sacrée » (la 27e nuit du Ramadan), elle reprend son identité féminine, et décide de partir, en laissant tous ses mauvais souvenirs derrière elle. Bien que ces deux romans soient complémentaires, ils peuvent parfaitement se lire isolément.

Mêlant les faits réels et la magie, Tahar Ben Jelloun développe dans son roman un portrait inédit du Maroc. Les traits les plus durs de la société marocaine y sont représentés : difficulté de la situation de la femme, soumise aux viols et à la supériorité masculine, problème de la mendicité, crimes de l'État.

Éditions[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Du côté de chez Drouant : Le Goncourt de 1979 à 2002 émission de Pierre Assouline sur France Culture le 24 août 2013.