Aller au contenu

Kunpengopterus antipollicatus

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Kunpengopterus antipollicatus
Description de cette image, également commentée ci-après
Reconstitution artistique du Kunpengopterus antipollicatus, avec un insecte, Allaboilus gigantus dans le bec. La coloration de l'animal, choisie librement par l'auteur, suggère un albinisme complet.
167.7–150.8 Ma
1 collection
Classification Paleobiology Database
Règne Animalia
Embr. Chordata
Sous-embr. Vertebrata
Super-classe Tetrapoda
Classe Sauropsida
Sous-classe Diapsida
Infra-classe Archosauromorpha
Clade Archosauria
Clade Avemetatarsalia
Clade Ornithodira
Clade  Pterosauromorpha
Ordre  Pterosauria
Clade  Monofenestrata
Clade  Darwinoptera
Famille  Wukongopteridae
Genre  Kunpengopterus

Espèce

 Kunpengopterus antipollicatus
Zhou (d) et al., 2021

Kunpengopterus antipollicatus, médiatisé sous son surnom de « Monkeydactyl », est une espèce fossile de reptiles volants de l'ordre des ptérosaures, dans le genre fossile Kunpengopterus dont il constitue la seconde espèce découverte, découverte en mi-2019 et décrite en avril 2021. Il a vécu pendant la période du Jurassique moyen dans la formation de Tiaojishan du Liaoning, en Chine (dans le nord-est), il y a 160 millions d’années. Cependant, ce taxon est surtout connu pour une particularité qu'il est lui-même le seul à posséder au sein de sa famille et de l'ordre entier des Pterosauria, celle d'avoir des pouces opposables.

Étymologie

[modifier | modifier le code]

Le nom d'espèce « antipollicatus » signifie justement « qui a un pouce opposable » en grec ancien (anti qui signifie « opposé » et pollex qui signifie « pouce »)[1].

Le surnom Monkeydactyl est formé de deux mots anglais, monkey, « singe » et dactyl, issu du grec ancien δάκτυλος (dáktylos) signifiant « doigt », soit littéralement : « à doigt de singe ».

L'holotype est conservé au musée des Ptérosaures de Beipiao en Chine. Il a été décrit par une équipe internationale de chercheurs de Chine, du Brésil, du Royaume-Uni, du Danemark et du Japon dont l'étude a été publiée en deux articles dans la revue Current Biology[2],[3],[1].

Description

[modifier | modifier le code]

Kunpengopterus, ou « Monkeydactyl » par les chercheurs ayant eux-mêmes décrit l'animal[source insuffisante][4], était un ptérosaure de moins d'un mètre qui avait une envergure estimée à 85 cm[5],[6],[1]. L'animal ressemblait beaucoup à K. sinensis, une autre espèce du genre, ainsi qu'à des genres proches de la famille des Wukongopteridae tels que le genre type Wukongopterus lui-même ou le plus connu Darwinopterus, nommé d'après le célèbre naturaliste Charles Darwin. Ainsi, il avait une queue longue, un cou court et un museau long garni de dent, surtout vers l'extrémité, (voir l'image ci-contre) avec possiblement une crête sur le front comme ses proches relatifs.

Kunpengopterus antipollicatus était un ptérosaure darwinoptère[1] possédant, comme les autres genres de la famille à laquelle il est rattaché, des caractéristiques similaires aux premiers membres de l'ordre des Pterosauria, plus basaux et primitifs, tels les rhamphorhynchoïdes (qui inclut les Rhamphorhynchidae dont Rhamphorhynchus) avec une queue longue, un cou court et des poignets courts (métacarpes) mais également des membres plus évolués et dérivés comme le groupe des ptérodactyloïdes (qui inclut la plupart des ptérosaures de moyenne à grande taille tels Pterodactylus, Pterodaustro ou encore Ptéranodon) possédant une queue courte, un cou long, de longs poignets définis par une autapomorphie et enfin avec une seule ouverture (fenestra) nasoantorbitale en avant des yeux. Ce mélange de ces caractères sont les spécificités qui font que cette famille et ordre au sein de celui des Pterosauria sont remarquables. Le fossile découvert dans la formation de Tiaojishan comprend un squelette quasiment complet à l'exception d'une partie du crâne[1].

Comme le reste des représentants des Monofenestrata, il ne possédait pas d'ouverture crânienne différenciée ou fenestra en face de la cavité oculaire (car fusionnée avec l'ouverture nasale), caractéristique commune propre au groupe et qui permettait d'alléger le poids du crâne[7]. Il n'avait donc qu'une seule ouverture comme les ptérodactyloïdes.

Découverte et présence de « pouces opposables »

[modifier | modifier le code]

Cependant, Kunpengopterus antipollicatus est surtout connu pour une particularité qu'il est lui-même le seul à posséder au sein de sa famille et de l'ordre entier des Ptérosaures, celle d'avoir des pouces opposables[2]. Le nom d'espèce « antipollicatus » signifie justement « qui a un pouce opposable » en grec ancien (anti qui signifie « opposé » et pollex qui signifie « pouce »)[1] chose qui n'est d'ailleurs pas retrouvée chez l'autre espèce du même genre K. sinensis, décrite en 2010 par Wang (en) et al.. Caractéristique unique dans ce cas précis chez les ptérosaures et rarissime chez les reptiles, elle indique un mode de vie clairement arboricole (confirmé définitivement après des tests en comparaison d'autres espèces de ptérosaures sur un ensemble de caractères anatomiques liés à l’adaptation sur ce mode vie) et a été découverte à la suite d'une analyse de son fossile par tomographie microcalculée (micro-CT), une technique de balayage s’appuyant sur les rayons X pour imager un objet. Suggérant une partition de niche parmi ces ptérosaures, il fournit ainsi la première preuve quantitative qu’au moins certains membres de la famille des Darwinoptera et Wukongopteridae étaient arboricoles[8],[1].

En effet, cette caractéristique offre de nombreux avantages, car elle permet de bien saisir et tenir, de s'agripper et d'avoir une meilleure accroche aux branches, aux troncs ou dans tout milieu en hauteur. Elle offre ainsi la capacité de prendre et manipuler des objets, de la nourriture ou d'attraper des proies (même si ce n'est encore que spéculatif pour K. antipollicatus)[9],[10],[11]. Non seulement Kunpengopterus antipollicatus vivait dans les arbres, mais plus encore que tous ses proches ou tout autre ptérosaure (qui devaient au moins utiliser les arbres comme plateforme pour s'y reposer), il témoigne d'une spécialisation (ici appelée plus précisément en biologie une spéciation) à un milieu précis, une niche écologique lui permettant de ne pas trop entrer en compétition avec les autres espèces de ptérosaures.

C'est ce que précise Xuanyu Zhou (d), de l’Université chinoise des géosciences, et l'un des auteurs de l'étude sur l'animal : « La paléoforêt de Tiaojishan abrite de nombreux organismes, y compris trois genres de ptérosaures darwinoptères. Nos résultats montrent que K. antipollicatus a occupé une niche différente de celle de Darwinopterus et de Wukongopterus, ce qui a probablement minimisé la concurrence entre ces ptérosaures », car cette découverte met aussi en lumière l'organisation de la zone de découverte de l'animal qui était un habitat forestier complexe dans lequel des espèces apparentées étroitement se répartissaient dans différentes niches écologiques et évitaient ainsi de fait la concurrence entre elles.

Premier et plus ancien animal à avoir développé des pouces opposables

[modifier | modifier le code]

Il est donc aujourd'hui considéré comme le premier et plus ancien animal, selon les connaissances actuelles, à avoir développé des pouces opposables véritables dans l'histoire de la Terre[12],[13]. Or, cette caractéristique a longtemps été mentionnée comme spécifique aux primates (lémuriens, petits et grands singes de l'ancien et nouveau monde et l'Homme), alors que d'autres rares animaux la possèdent également comme les opossums d'Amérique (aux pattes arrière, comme l'Opossum de Virginie), le Grand panda, le Koala, certaines grenouilles arboricoles ou même les Caméléons. Cela démontre que ces espèces ont toutes suivi une évolution convergente. Dans tous les cas, la découverte de Kunpengopterus antipollicatus constitue l'une des découvertes historiques, significatives et majeures de 2021 les plus importantes en paléontologie.

Liens externes

[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie

[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Publication originale

[modifier | modifier le code]

Notes et références

[modifier | modifier le code]

Références taxonomiques

[modifier | modifier le code]

Références

[modifier | modifier le code]
  1. a b c d e f et g [2021] Emeline Férard, « Un ptérosaure de 160 millions d'années livre le plus ancien exemple de pouce opposable », sur Geo.fr, Geo, (consulté le )
  2. a et b Xuanyu Zhou et al. 2021, p. 2429–2436.e7.
  3. [2021] (en-GB) « New Jurassic flying reptile reveals the oldest opposed thumb », sur University of Birmingham (consulté le )
  4. (en) Paleobiology Database : Kunpengopterus antipollicatus Zhou et al. 2021 (pterosaur) (consulté le ).
  5. [2021] « Voici le "Monkeydactyl", un ptérosaure du Jurassique doté de pouces opposables », sur Trust My Science, (consulté le )
  6. [2021] « Monkeydactyle : un ptérosaure volant avec les plus anciens pouces véritablement opposables », sur GuruMeditation, (consulté le )
  7. [2010] (en) Junchang , David M. Unwin, Xingsheng Jin et Yongqing Liu, « Evidence for modular evolution in a long-tailed pterosaur with a pterodactyloid skull », Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences, vol. 277, no 1680,‎ , p. 383–389 (PMID 19828548, PMCID PMC2842655, DOI 10.1098/rspb.2009.1603, lire en ligne, consulté le )
  8. [2021] (en) Matthew Rozsa, « Pterosaurs with thumbs? Scientists say yes, a "monkeydactyl" once existed », sur Salon, (consulté le )
  9. [2021] (en) « Monkeydactyl, the flying reptile with the ‘oldest opposable thumbs' », sur believersias.com (consulté le )
  10. [2021] (en-US) « ‘Monkeydactyl’ may be the oldest known creature with opposable thumbs », sur Science News, (consulté le )
  11. [2021] Éléonore Solé, « Ce ptérosaure est la plus vieille espèce aux pouces opposables », sur Futura (consulté le )
  12. [2021] (en-US) « ‘Monkeydactyl’ may be the oldest known creature with opposable thumbs », sur Science News, (consulté le )
  13. [2021] (en) « Strange New Jurassic Flying Reptile Reveals the Oldest Opposable Thumbs », sur SciTechDaily,