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Kino (groupe)

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Kino
Кино
Description de l'image Kino1986leningrad.jpg.
Informations générales
Pays d'origine Drapeau de l'URSS Union soviétique
Genre musical Rock, new wave, post-punk, rock alternatif
Années actives 1981 à 1990
Labels MOROZ Records
Site officiel kino.band
Composition du groupe
Membres Viktor Tsoï (†)
Iouri Kasparian
Igor Tikhomirov
Gueorgui Gourianov (†)

Kino (en russe : Кино, litt. « cinéma ») est un groupe de rock soviétique des années 1980.

Formé en 1981 à Léningrad (aujourd'hui Saint-Pétersbourg), Kino devient, grâce au charisme de son chanteur et auteur Viktor Tsoï, le groupe phare de la fin de l'Union soviétique.

Les chansons de Viktor Tsoï reflètent les préoccupations de la jeunesse soviétique de l'époque : chansons d'amour, révolte contre le monde des adultes, préoccupations écologiques, petites scènes de la vie quotidienne. Les textes en sont d'une grande simplicité qui émeut nombre d'auditeurs. Les derniers albums du groupe adoptent un ton plus sombre et l'influence des groupes new wave britanniques se fait sentir sur quelques chansons. Tsoï tourne également dans quelques films.

En 1986, avec Aquarium, Alissa et Strannye Igri, Kino enregistre aux États-Unis l'album historique Red Wave, signant l'entrée du rock soviétique sur la scène internationale.

Le groupe se sépare après la mort de Viktor Tsoï le dans un accident de voiture (il se serait endormi au volant), marquant l'un des derniers destins tragiques de la musique russe du XXe siècle. Sa popularité est encore très grande dans les pays de langue russe et sa personne fait même l'objet d'une sorte d'idolâtrie[1] avec notamment la création du mur de Tsoï[2] dans le vieil Arbat au cœur historique de Moscou où se recueillent encore aujourd'hui ses fans venus de toutes les anciennes Républiques Soviétiques[3].

Le groupe Kino et son chanteur sont les personnages principaux du film russe de Kirill Serebrennikov sorti en 2018, Leto.

Le groupe est formé à l’été 1981 à Léningrad (aujourd’hui Saint-Pétersbourg) par Viktor Tsoï (chant, guitare, composition), Alekseï Rybin (guitare) et Oleg Valinski (batteur), sous le nom de « Garin y Giperboloidy » (en russe: Гарин и гиперболоиды ), d’après le roman d’Alexis Tolstoï l'Hyperboloïde de l'ingénieur Garine. Oleg Valinski est rapidement contraint de quitter le groupe, ayant reçu ordre de mobilisation par l’armée. Tsoï et Rybin sont admis dans le Rock club de Léningrad, institution où les groupes peuvent légalement se produire pour la première fois. Cette initiative inédite n’a toutefois rien d’innocent : le club est supervisé par les autorités, qui peuvent ainsi mieux contrôler l'expression artistique de la jeunesse en la rassemblant dans un seul lieu[4]. Ainsi, les musiciens qui souhaitent intégrer le club doivent faire approuver au préalable leurs textes par le KGB[5],[6].

Au début de l’année 1982, comprenant l’attrait d’un nom plus court et percutant, le groupe se renomme en Kino. Tsoï aurait été inspiré par l’enseigne lumineuse d’un cinéma (« Kino » signifiant « cinéma » en russe) en rentrant chez lui[7].

Premier album : « 45 »

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Au moment d’enregistrer son premier album, Kino n’est encore qu’un duo musical. Boris Grebenchtchikov, leader du groupe Aquarium, rencontré au Rock club de Léningrad, propose ainsi à certains de ses musiciens de compléter le duo le temps de l’enregistrement, et s’attelle à la production de l’album[8]. Le batteur, quant à lui, sera remplacé par une simple boîte à rythmes, ce qui constitue une nouveauté pour l’époque. L’album rassemble des textes préexistants de Tsoï, parfois remontant à son adolescence. La simplicité des paroles, qui traitent de la vie quotidienne, associées à un accompagnement musical sans fioritures, transmettent une émotion sincère. Le style de l’album oscille entre la musique folk par l’utilisation de la flûte, de la guitare exclusivement acoustique et du violoncelle, et parfois une énergie plus punk par le ton désinvolte employé et les paroles franches : « je suis un branleur » (« я бездельник »), « on a du temps mais pas d’argent, et nulle part où aller » (« время есть, а денег нет, и в гости некуда пойти »), « à l’époque, quand tu étais un beatnik/tu étais prêt à donner ton âme pour le rock’n’roll » (« когда-то ты, ты был когда-то битником/ты готов был отдать душу за рок-н-ролл »). L’album a toutefois connu une popularité limitée à l’époque de sa sortie.

Répétions et départ de Rybin

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A la fin de l’année 1982, le groupe se réunit au studio du Maly Drama Théâtre pour travailler sur un nouvel album, accompagné de Valeriy Kirilov en tant que batteur, futur membre de Zoopark, et de l’ingénieur du son Andreï Kouskov, mais Tsoï abandonne rapidement le projet. Les répétitions continuent néanmoins et le 19 février 1983, le groupe donne son deuxième concert électrique (et non plus à la guitare acoustique), aux côtés d’Aquarium. Youri Kasparyan commence à cette époque à assister aux répétitions, et deviendra par la suite le guitariste du groupe et un ami proche de Viktor Tsoï[9].

En raison de désaccords artistiques persistants, la relation entre Tsoï et Rybin se détériore jusqu’à pousser Rybin à quitter le groupe. Après une ultime dispute au mois de mars 1983, les deux membres du duo se brouillent définitivement et ne se fréquenteront plus.

Un album intitulé 46, non officiel car publié sans l’accord des musiciens, rassemble les démos datant de cette période.

Troisième album : « Natchalnik Kamtchatki »

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Viktor Tsoï, désormais accompagné par Youri Kasparyan à la guitare, commence à travailler sur le troisième album du groupe au début de l’année 1984 avec l’aide, une fois de plus, de l’entourage de Grebenchtchikov – Kino n’ayant toujours pas de composition fixe. L’album est intitulé Natchalnik Kamtchatki (en russe: Начальник Камчатки), qui peut être traduit comme « le chef de la Kamtchatka », cette dernière étant un kraï de la fédération de Russie. Ce nom est inspiré de celui du film Natchalnik Tchoukotki, « Le chef de la Tchoukotka », de Vitali Melnikov. En référence à cette chanson, la Kamchatka sera le surnom d’une chaufferie de Saint-Pétersbourg où Viktor Tsoï et d’autres de ses amis rockeurs travailleront plus tard.

A l’issue de l’enregistrement de ce premier album entièrement électrique, la composition en quatuor du groupe est fixée : Viktor Tsoï au chant et à la guitare, Youri Kasparyan à la guitare solo, Alexandre Titov à la basse, Georgiy Goulyanov à la batterie. Il sort le 23 juin 1984. Quoique le son de l’album ne soit pas à la hauteur des attentes de son protagoniste principal, il commence à intéresser la critique et la presse underground pétersbourgeoise. Un mois plus tôt, le groupe a déjà fait une apparence remarquée lors de la deuxième édition du festival du Rock club de Léningrad, et commence à gagner sérieusement en popularité. Dès lors, il multiplie ses représentations à travers l’Union soviétique.

« Eto ne lioubov’ » et « Notch’ »

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Au début de l’année 1985 le groupe se réunit pour travailler sur un nouvel album, mais le projet reste inachevé, Tsoï n’appréciant pas l’implication du producteur Andreï Tropillo. En parallèle, les musiciens se rendent régulièrement au studio du producteur Alexeï Vishnya, situé non loin de celui de Tropillo, pour enregistrer un album rassemblant les chansons d’amour de Tsoï. En seulement quelques semaines le projet est finalisé, et l’album Eto ne lioubov’ (en russe: Это не любовь, litt.« Ce n’est pas de l’amour »), sort le 14 septembre 1985. En novembre, Alexandre Titov, qui continuait de se produire au sein du groupe Aquarium en parallèle de Kino, éprouve de plus en plus de difficultés à cumuler ses deux activités. Il décide de quitter Kino et sera remplacé par Igor Tikhomirov, venant du groupe Djoungli. La nouvelle composition du groupe perdurera jusqu’à la fin.

En janvier 1986, Tropillo publie malgré tout Notch’ (en russe: Ночь, litt. « nuit »), le fruit du travail des musiciens dans son studio quelques mois plus tôt. Deux ans plus tard, il sera publié sous format vinyle par le label d’État Melodiya, suscitant la colère du groupe n’ayant pas donné son accord. Malgré tout, il s’écoulera à plus de deux millions d’exemplaires, étendant la reconnaissance du groupe à travers toute l’Union soviétique. Au sein de l’album, la chanson Mama Anarkhiya (en russe: Мама-анархия, litt. « Maman anarchie »), se démarque du répertoire habituel de Kino par son style résolument punk : elle sera pour un temps sous-titrée à dessein « parodie des groupes de punk occidentaux » afin de contourner la censure du ministère de la culture.

Le 27 juin 1986 sort aux Etats-Unis Red Wave, une compilation rassemblant quatre groupes soviétiques dont Kino, sur une idée de Joanna Stingray, une chanteuse et productrice américaine proche du groupe souhaitant faire connaître plus largement le rock soviétique dans le reste du monde. Il s’agit du premier disque de musique d’URSS sorti officiellement à l’Ouest.

Apparitions cinématographiques et reconnaissance globale

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A l’été 1986, le groupe se rend à Kyiv pour participer au court-métrage Konets Kanikoul (en russe: Конец каникул, litt. « La fin des vacances »), le projet de fin d’études de Sergueï Lycenko[10]. Le tournage s’étend sur quelques semaines et inclut la performance de quatre chansons de Kino. Les musiciens participent également au court-métrage documentaire Ya Kha (en russe: Йя-Хха) de Rachid Nougmanov, qui se concentre sur la scène musicale rock léningradienne. Cette expérience ouvre la voie d’une série de caméos de Viktor Tsoï dans des productions cinématographiques :

-Assa (en russe: Асса), de Sergueï Soloviov, sorti en 1987 qui inclut une performance de la chanson de Kino Khotchou peremen (en russe: Хочу перемен, litt. « Je veux des changements »), ;

-Igla (en russe: Игла, litt. « L’aiguille »), de Rachid Nougmanov, sorti en 1988 et tourné au Kazakhstan, en partie à Almaty ;

-Gorod (en russe: Город », litt. « Ville »), d’Alexandre Bourtsev, sorti en 1988, qui suit les déboires d’un aspirant artiste à Léningrad.

Ces collaborations témoignent de l’effervescence artistique de l’époque et de la porosité entre les différents modes d’expression de la jeunesse. En outre, elles consacrent définitivement la popularité de Kino à travers l’Union soviétique, qui ne faiblira plus jamais. La présence de Viktor Tsoï à l’écran est très remarquée, et contribuera à façonner son mythe.

« Grouppa krovi » : l’entrée dans la légende

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En novembre 1987, Joanna Stingray et Youri Kasparyan se marient. Grâce à Stingray, qui vient originellement de Californie, le groupe se procure de nouveaux équipements musicaux de bien meilleure facture que leurs instruments originaux, dépassant largement la qualité du matériel alors disponible au Rock club de Léningrad. L’ensemble des instruments est offert par Stingray, en échange de photos promotionnelles avec les membres du groupe portant une variété de t-shirts floqués de noms de marques américaines[11]. Lorsque les musiciens entament l’écriture de leur nouvel album, Grouppa Krovi (en russe: Группа крови, litt. « Groupe sanguin »), ils disposent donc du meilleur équipement de leur carrière, comprenant un enregistreur de cassettes Yamaha MT-44 et une boîte à rythmes Yamaha RX-11.

En revanche, la question épineuse du choix du studio pour l’enregistrement se pose à nouveau. En raison des désaccords passés, le studio d’Andreï Tropillo est exclu des possibilités. Initialement, le studio d’Alexeï Vishnya connaît le même sort mais, après avoir écouté la démo du nouvel album, celui-ci saisit immédiatement son énorme potentiel et parvient à persuader Tsoï de collaborer à nouveau. Une fois de plus, le groupe est toutefois dépossédé de son contrôle sur l’album à l’issue de sa production : alors que Tsoï avait affirmé sa volonté de publier l’album avec l’aide de Stingray aux Etats-Unis plutôt qu’en URSS, Vishnya passe outre ses instructions et fait immédiatement circuler l’enregistrement chez les disquaires soviétiques. Tsoï apprend ainsi la sortie de son propre album en passant devant un magasin de disques à Almaty, au Kazakhstan, où il s’est rendu pour le tournage du court métrage Igla. La version finalisée de Grouppa Krovi sort en Union soviétique le 5 janvier 1988, puis un an plus tard aux Etats-Unis. Dès sa première mise en circulation non-officielle, l’album connaît un succès sans précédent, et les chansons de Kino résonnent à travers toute l’Union soviétique, éclipsant tous les autres rockeurs de l’époque[12].

Grouppa Krovi marque indéniablement la maturité artistique du groupe : il ne s’agit plus uniquement de fredonner des paroles bohèmes sur des accords de guitare faciles mais d’associer des riffs entraînants à des refrains qui seront chantés à tous les coins de rue. Par ailleurs, l’amélioration de la qualité du matériel et de la production musicale est immédiatement audible par rapport aux précédents albums du groupe dont la composition restait encore rudimentaire. Ainsi, la version de Dal’she Diestvovat’ budem my (en russe: Дальше действовать будем мы), enregistrée à l’époque de Notch’, semble faire office de démo comparée à celle parue dans Grouppa Krovi, tant la voix de Tsoï et les échos des instruments se mêlaient dans un brouhaha sans relief. Dans le mixage final de 1988, la piste instrumentale vient en renfort de la voix boudeuse de Tsoï, sans plus l’éclipser.  

« Zvezda po imeni Solntse »

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En décembre 1988, le leader de Kino a composé suffisamment de nouvelles chansons pour entamer la production d’un nouvel album. Youri Belishkine, désormais manager du groupe, loue à cette occasion le studio professionnel du chanteur Valery Leontiev à Moscou. Si la composition de l’album est rapidement finalisée, les musiciens font le choix de ne pas précipiter sa sortie pour ne pas empiéter sur le succès encore très prégnant de l’album Grouppa Krovi. A la fin de l’été 1989, le public peut finalement mettre la main sur Zvezda po imeni Solntse (en russe: Звезда по имени Солнце, litt. « Une étoile nommée Soleil »). Au sein de l’album, Patchka sigaret (en russe: Пачка сигарет, litt. « Un paquet de cigarettes »), deviendra l’une des chansons les plus cultes du groupe, poussant à se satisfaire de peu de choses : « mais si tu as dans la poche un paquet de cigarettes / ça veut dire que tout ne va pas si mal aujourd’hui » (en russe: Но если есть в кармане пачка сигарет/ Значит, всё не так уж плохо на сегодняшний день). Elle symbolise l’essence de Kino, dont le parolier parvient en quelques phrases à toucher le plus grand nombre en mettant en musique le quotidien.  Selon ses termes, « parce que cette musique est un phénomène social, un air populaire de masse […] Ecrire est pour moi un processus imposé mais pas par le besoin, par ce qui me touche. Je parle de ce qui se passe autour de moi et si je n’étais pas concerné, le résultat sonnerait faux »[12]. Cette sincérité suppose de ne pas confier ses textes dans n’importe quelles mains : Tsoï refuse catégoriquement que cet album soit pressé par le label d’État Melodiya.

« Le dernier des héros » : une parenthèse française

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Au début de l’année 1989, les musiciens de Kino enregistrent un best-of dans le studio de Valery Leontiev, dont le mixage final est réalisé au studio du Val d’Orge, à Épinay-sur-Orge. La production de l’album en France est rendue possible par l’intermédiaire de Joël Bastenaire, alors attaché culturel au sein de l’ambassade de France à Moscou. Viktor Tsoï a sélectionné lui-même les chansons présentes sur l’album, spécifiquement à destination du public français. En effet, un an plus tôt, Joël Bastenaire avait déjà réalisé une compilation multi-artistes, Rock’in Soviet[13], mais la sélection d’artistes n’était pas du goût de Tsoï, qui saisit ainsi l’occasion de superviser sa propre compilation. Cette collaboration franco-russe est singulière mais aussi caractéristique de cette époque : elle vise à rapprocher l’URSS de l’Ouest, et montre la volonté de la France de tendre la main aux jeunes musiciens soviétiques. Le ministère de la culture français aurait même financé intégralement la production de l’album[14].

Il sort d’abord en France sous son nom français, Le dernier des héros, avec une set-list traduite en français[15], auprès du label Off The Track Records.

Il faudra attendre 1991 pour que ce best-of soit également publié en Russie, auprès du label Russian Disc.

24 juillet 1990 : dernier concert de Kino

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Au cours de l’année 1990 les concerts du groupe s’enchaînent, des États-Unis (apparition au festival du film de Sundance[16], le 25 janvier 1990) à la Russie en passant par l’Ukraine (participation au festival MuzEco-90[17] à Donetsk, début juin 1990).

Cette tournée se termine en apothéose le 24 juin avec une performance au stade Loujniki de Moscou, d’une capacité de 81 000 places[18]. Sans le savoir, les spectateurs assistent ce jour-là à la toute dernière représentation de Kino.

L’arrivée de l’été est l’occasion d’une pause dans les représentations publiques. Ainsi, au mois de juillet 1990, Tsoï et Kasparyan se retrouvent dans une maison de vacances, au sein du petit village letton de Plieņciems que Tsoï a l’habitude de fréquenter l’été, pour se reposer mais également pour travailler un nouvel album qu’ils prévoient d’enregistrer à Saint Pétersbourg ou Moscou, puis de mixer en France[18]. Grâce au matériel musical et à un appareil d’enregistrement portatif apportés par Kasparyan, ils mettent au point une démo qui comprend pour l’essentiel de nouvelles compositions, mais également quelques chansons plus anciennes qui n’avaient jamais été enregistrées jusqu’alors. Au milieu du mois d’août la cassette démo est déjà finalisée, et Kasparyan rentre à Léningrad.

« Ferme la porte derrière moi, je m’en vais… » : mort de Viktor Tsoï

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Tsoï, quant à lui, compte prolonger son séjour letton pour profiter de la nature environnante. Au petit matin du 15 août 1990, il part à bord de sa Moskvitch-2141 pour pêcher au bord d’un lac du coin. Sur le trajet du retour, pour une raison inconnue, il dévie de sa voie et vient s’encastrer dans un bus en sens inverse au kilomètre 35 de la route P128 entre Sloka et Talsi[19]; selon l’enquête officielle, il se serait endormi au volant[20]. Viktor Tsoï meurt sur le coup.

La nouvelle de son décès est un choc pour les fans du groupe ; elle aurait même poussé certains d’entre eux au suicide[19]. Au total, 30 000 personnes assistent à ses funérailles à Léningrad[19].

Sa mort prématurée, à tout juste 28 ans et au pic de sa popularité, lui confère définitivement le statut de légende. Tsoï est encore aujourd’hui un symbole culturel incontournable dans tous les pays de l’ex-URSS. De nombreuses villes ont érigé des monuments à sa mémoire tandis que le street art fait librement référence à ses chansons et à ses films. L’immuabilité de la popularité de son œuvre malgré sa disparition est résumée dans le slogan « Tsoï jiv » (en russe: « Цой жив », litt. « Tsoï est vivant »).

« Tchorny albom » : dernier album et séparation de Kino

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Surmontant l’émotion suscitée par cet évènement tragique, les musiciens du groupe se réunissent pour finaliser la production de leur dernier album. Dès l’annonce de la mort de Tsoï a commencé à circuler une rumeur selon laquelle une cassette intacte, contenant des enregistrements inachevés, aurait été retrouvée sur les lieux de l’accident alors même que la voiture à l’origine de la collision a été intégralement détruite par l’impact. Ainsi, les musiciens se pressent de finaliser la réalisation de l’album avant la fin de l’année 1990, conscients de l’impatience des fans qui attendent les nouvelles chansons à paraître. Leur base de travail est plus vraisemblablement la cassette démo ramenée par Kasparyan, sur laquelle la voix de Tsoï avait, par chance, été enregistrée sur une piste séparée, facilitant le travail de production des versions finales.  

Conformément aux plans initiaux du groupe, l’album est d’abord enregistré au studio « Videofilm » à Moscou puis mixé à Paris. Il est présenté au public en décembre 1990, puis le vinyle paraît le 12 janvier 1991. Officiellement sans titre, il est toutefois connu du public sous le nom de « Tchorny albom » (en russe: Чёрный альбом, litt. « L’album noir »). A l’issue de cette ultime publication, le groupe se sépare, ayant conscience qu’il n’a plus de raison d’être sans son leader.

Au sein du disque, deux chansons se démarquent : Leto (en russe: Лето, litt. « L’été »), et Kukushka (en russe: Кукушка, litt. « Le coucou »), dont la signification prend une teinte toute particulière compte tenu du contexte de la mort de leur chanteur. Dans Leto, Tsoï déclame : « J’attends une réponse / Il n’y a bientôt plus d’espoir / Bientôt l’été se terminera ». Dans « Kukushka », il s’adresse au coucou, un oiseau qui, dans le folkore russe, prédit par ses cris le nombre d’années restant à vivre à celui qui le convoque.  

Reformation du groupe

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En 2019 Aleksandr Tsoï, le fils de Viktor Tsoï, propose aux membres de Kino de se produire à nouveau, en utilisant d’anciennes pistes vocales du chanteur associées à de la musique live. En raison de la pandémie de COVID-19, les représentations sont repoussées en 2021. Depuis, le groupe reformé continue à se produire régulièrement.

Le 22 décembre 2022, ils publient 12_22, une compilation de chansons utilisant des archives vocales de Tsoï.

En 2024 paraît une version remasterisée de l’album Eto ne lioubov’ (Это не любовь (Remake 2024)).

Le 2 octobre 2025, une nouvelle version de la plupart des chansons de l'album Natchalnik Kamtchatki (Начальник Камчатки), accompagnée de titres supplémentaires, est sortie, avec les voix originales et de nouveaux arrangements instrumentaux[21].

Composition du groupe

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Les membres du groupe ont évolué au fil du temps :

Discographie

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Albums studio

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Compilations

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  • Red Wave, 1986, (Etats-Unis). Compilation vinyle multi-artistes, comprenant cinq chansons de Kino.
  • Rocking Soviet, 1987, (France). Compilation vinyle multi-artistes, comprenant les chansons de Kino « Maman Anarchie » (Мама-анархия) et « Train de banlieue » (Электричка).
  • Le Dernier des héros ou Последний герой (Posledniy geroy), 1989, (France).
  • 12_22, 2022 (Russie).
  • Это не любовь (Remake 2024), 2024, (Russie).

Filmographie de Viktor Tsoï

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Notes et références

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  1. http://eurock.blogs.liberation.fr/express/2012/12/kino.html
  2. « Стена Виктора Цоя на Арбате », sur etovidel.net (consulté le ).
  3. « Orizon Photography », sur orizon-photo.com via Wikiwix (consulté le ).
  4. « Révolution rock 1/5 : URSS - Le rock soviétique, « Mouvement vers le printemps » (1957-91) », sur France Culture, (consulté le )
  5. (ru) « «Песенки они считали баловством»: как чекисты курировали Ленинградский рок-клуб », sur Газета.Ru,‎ (consulté le )
  6. « Leningrad, 1980 : le rock au pays des Soviets », sur France Culture, (consulté le )
  7. « Самое культовое «Кино» в истории СССР: как Цой придумывал название группы » [« « Le « Kino » le plus culte de l’histoire de l’URSS : comment Tsoï a choisi le nom du groupe » »]
  8. (en) « КИНО - Альбом: 45 - Звуки.Ру », sur Zvuki.ru (consulté le )
  9. (ru) Репродуктор, « Юрий Каспарян о знакомстве с Виктором Цоем и приходе в Кино »,‎ (consulté le )
  10. (ru) « Конец каникул. Цой в Киеве », sur WAS (consulté le )
  11. « Что носили и на чём играли ленинградские рокеры в восьмидесятые » [« Que portaient et avec quoi jouaient les rockeurs de Léningrad pendant les années 80 »]
  12. a et b Joël Bastenaire, Back in the USSR - Une brève histoire du rock et de la contre-culture en Russie (ISBN 978-2-36054-050-1), p. 303 citant Arguments et faits, n°39, 1987
  13. TÅЯTÅЯSĶY, « rocking soviet - 1987 », sur l'oreille cassée,‎ (consulté le )
  14. (ru) Андрей Карельский, «Кино» на экспорт. Как Франция заказала Виктору Цою альбом «Последний Герой» [« Comment la France a commandé à Viktor Tsoï l’album Le dernier des héros »], sur AiF,‎ (consulté le )
  15. (en) Kino = Кино - Le Dernier Des Héros,‎ (lire en ligne)
  16. [vidéo] « Viktor Tsoi concert at Park City Utah State Sundance Film Festival USA 25.01.1990 Цой в США », iFreebie - Chill out! - Relax, Take It Easy !,‎ , 17:31 min (consulté le )
  17. [vidéo] « Кино- концерт в Донецке (МУЗ-ЭКО-90) », Кино,‎ , 68:56 min (consulté le )
  18. a et b (ru) « 24 июня 1990 года Виктор Цой и группа «Кино» выступили в последний раз : Le 24 juin 1990, Viktor Tsoï et le groupe Kino se produisent pour la dernière fois », sur Родина,‎ (consulté le )
  19. a b et c (ru) « «Словно выстрел из пушки»: как погиб Виктор Цой », sur Газета.Ru,‎ (consulté le )
  20. (ru) « 34 года назад погиб Виктор Цой: его творчество, борьба и версии смерти », sur Life.ru,‎ (consulté le )
  21. (en) Кино - Молнии Индры,‎ (lire en ligne)
  22. « The Needle (1988) - IMDb » [vidéo], sur imdb.com (consulté le ).

Bibliographie

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Joël Bastenaire, Back in the USSR: Une brève histoire du rock et de la contre-culture en Russie, Éditions Le Mot et le Reste, Marseille, 2012 (ISBN 978-2360540501).

Articles connexes

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Liens externes

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