Je suis un chat

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Je suis un chat (吾輩は猫である, Wagahai wa, neko de aru?) est un roman japonais de Sōseki Natsume, d'abord paru sous forme de feuilleton de 1905 à 1906 dans la revue littéraire Hototogisu.

Sujet[modifier | modifier le code]

Un jeune professeur pendant l'ère Meiji accueille un jeune chat chez lui. Le chat, observateur silencieux et plein d'esprit, va être témoin et chroniqueur de tout le petit monde d'hurluberlus entourant le professeur. Il va faire l'apprentissage de la vie aux côtés de ce qui convient le mieux à cet objectif : un grand professeur de littérature anglaise, le professeur Kushami ("éternuement" en japonais).

Détails[modifier | modifier le code]

Le titre original utilise un pronom de la première personne ayant une nuance d'arrogance. De plus, une traduction plus exacte du titre pourrait être «Moi qui suis un chat», puisque la manière la plus simple de dire cela en japonais serait tout simplement 猫 です (neko desu), sans la particule de thématisation は (ha) qui indique une certaine insistance (compréhensible quand on connait le caractère de ce chat).

Le roman figure parmi les classiques de la littérature japonaise et a fait l'objet de deux adaptations cinématographiques en 1935 et en 1975.

Les premières lignes du roman sont très célèbres au Japon : « Je suis un chat. Je n'ai pas encore de nom. Je n'ai aucune idée du lieu où je suis né », (吾輩は猫である。名前はまだ無い。どこで生れたかとんと見当がつかぬ。, Wagahai wa neko de aru. Namae wa mada nai. Doko de umareta ka tonto kentou ga tsukanu?). Il est à noter que le ton employé par le chat se perd à la traduction. Du reste, il est pompeux et grandiloquent, un ton qui serait seyant à quelque aristocrate ou un gentilhomme distingué. En effet, le chat se considère supérieur du simple fait d'être un animal domestique, doué de connaissances encyclopédiques, et non un "vulgaire" chat haret.

Histoire[modifier | modifier le code]

Un petit chat, qui n'a pas de nom, se retrouve dans le jardin du professeur Kushami dans la ville d'Edo (ancien nom de Tōkyō). Adopté par ce dernier, il devient le chat de la maison. Doté d'une grande fierté, le chat est souvent indigné de la façon dont on le traite et juge rapidement les humains comme des bêtes étranges et inconstantes. Il est par ailleurs étonnamment cultivé, il bénéficie d'une sorte d'omniscience encyclopédique.

Au fur et à mesure du roman, des personnages, tous plus caricaturaux les uns que les autres, défilent chez Kushami, et c'est là une belle occasion de dépeindre la société japonaise en pleine mutation pendant cette ère Meiji. Il y a là Meitei, l'étudiant fantasque et pédant, Kangetsu le doctorant original, et une foule d'autres visiteurs. Sans compter bien sûr la propre famille de Kushami avec sa femme, ses trois filles et O-San la bonne.

Sōseki développe ensuite une petite intrigue autour du mariage de Kangetsu avec la fille d'un riche marchand voisin. Il en profite pour critiquer le monde financier qui est en train de se créer à cette époque.

Lassé par ce feuilleton qui allait devenir le roman Je suis un chat, Sōseki y mit fin un peu brutalement, non sans y faire un dernier clin d'œil au grotesque de l'existence.

Construction du roman[modifier | modifier le code]

Sōseki, professeur de littérature anglaise qui avait séjourné en Angleterre, avait traduit le roman de Laurence Sterne, Vie et opinions de Tristram Shandy, gentilhomme. Il appréciait beaucoup ce roman qui pour beaucoup a inspiré Je suis un chat[1],[2]. L'influence du Chat Murr d'Hoffmann, autre roman au narrateur félin, est également explicite, le livre étant cité dans l'une des nombreuses digressions du récit.

Le personnage de Kushami, professeur de littérature anglaise comme Sōseki est le reflet plus ou moins fidèle de ce dernier avec sa maladie d'estomac qui lui donne mauvais caractère.

Références[modifier | modifier le code]

La bande dessinée Au temps de Botchan fait référence à Je suis un chat dans son premier tome.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. Thèse de doctorat de Jean-Pierre Lioger, Les écrits de Natsume Sôseki avant 1900: la formation d'un écrivain au seuil du XXie siècle, Université Paris III, 1982, directeur de recherches Jean-Jacques Origas
  2. préface de Jean Cholley à la version française du roman, Gallimard/Unesco, coll. « Connaissance de l'Orient », Paris, 1986 (ISBN 978-2070706341).