Hispano-Bretón

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Hispano-Bretón
Cheval Hispano-Bretón à Ávila, dans la Sierra de Gredos, communauté autonome de Castille-et-León en Espagne.
Cheval Hispano-Bretón à Ávila, dans la Sierra de Gredos, communauté autonome de Castille-et-León en Espagne.
Région d’origine
Région Castille-et-León, Drapeau de l'Espagne Espagne
Caractéristiques
Morphologie Cheval lourd
Registre d'élevage (es) Asociación Nacional de Criadores de Hispano Bretón
Taille 1,45 m à 1,54 m[1]
Poids 702 à 715 kg en moyenne[1]
Robe Alezan le plus souvent
Tête Forte et allongée
Statut FAO (conservation) Non menacéVoir et modifier les données sur Wikidata
Autre
Utilisation Production de viande

L’Hispano-Bretón est une race de cheval de trait espagnole rustique. Elle est issue de croisements entre des chevaux autochtones espagnols et des chevaux de trait Bretons, pratiqués au début du XXe siècle. La race servait historiquement pour la traction agricole, mais elle est désormais élevée pour sa viande. Le registre d'élevage est créé en 1998. Le travail de sélection mené durant la décennie qui suit permet de nettement améliorer la morphologie des chevaux. Les éleveurs, ayant fait le choix de promouvoir la viande de leurs bêtes dès 2008, sont fortement touchés par la fraude européenne à la viande de cheval et la suppression des primes d'élevage en 2013.

Ces chevaux de trait généralement alezans ne possèdent pas de standard de race, mais sont caractérisés par leur aspect massif et bien construit. Ils sont surtout élevés en semi-liberté dans les zones montagneuses de la communauté autonome de Castille-et-León. Les meilleurs individus de la race se retrouvent chaque année aux foires de San Emiliano, en août.

Histoire[modifier | modifier le code]

La race Hispano-Bretón est nommée à partir des deux autres races chevalines qui l'ont formée[1]. Elle est assez récente, puisqu'elle remonte au début du XXe siècle. Des juments autochtones d'Espagne et du nord du Portugal ont été croisées avec des étalons Bretons[2], afin de créer un cheval de trait plus puissant que les races déjà présentes sur place[1]. Le cheval Breton a été choisi à l'époque du fait de sa grande rusticité et de sa faculté d'adaptation aux conditions climatiques difficiles, comme aux privations alimentaires. L'Hispano-Bretón se répand sur la côte cantabrique, dans les Pyrénées espagnoles et en Castille-et-León[1].

La motorisation de l'agriculture entraîne une réorientation de son élevage pour la production de viande[1]. L'Hispano-Bretón est officiellement reconnu comme race espagnole en 1997, son stud-book est créé l'année suivante en Castille-et-León, par le ministère de l'agriculture et de l'élevage. Des aides financières sont débloquées pour soutenir l'élevage de cette race locale[3]. Le 20 septembre 1993, l’Asociatión Nacional de Criadores de Hispano Bretón voit le jour[4] et en 1999, c'est au tour de l’Asociación del Caballo Hispano Bretón (Association du cheval Hispano-Breton)[5]. Une décennie durant, elle travaille essentiellement sur le maintien de cette race que l'Union européenne considère comme étant en voie de disparition (avec un cheptel de 1 500 juments dans la province de Burgos), ainsi qu'à l'amélioration des paramètres raciaux[6]. Les services techniques (Agricultura y Ganadería de la Junta de Castilla y León) travaillent quant à eux sur le stud-book dès 2002[7].

En 2008 et 2009, un tournant est pris avec la promotion active de la viande de cheval issue de cette race[6]. Une rencontre gastronomique avec dégustations est organisée grâce à l'appui du gouvernement provincial de Castille-et-León en octobre 2008[8]. L'un des objectifs est de faire connaître cette production locale en Espagne, la viande étant beaucoup exportée en France et en Italie[9]. Pour cela, l’Asociación Burgalesa de Criadores de Raza Hispanobretona conclut des accords avec des boucheries espagnoles[10]. La qualité des animaux s'est alors nettement améliorée, à tel point que les meilleurs étalons reproducteurs de 2009 se négocient entre 1 700 € et 1 800 € lors des foires d'élevage[11],[7]. En août 2011, pour soutenir les éleveurs d'Hispano-Bretón de Burgos, un abattoir de proximité est ouvert à Villarcayo[12].

Description[modifier | modifier le code]

Article connexe : Morphologie du cheval.
Photo d'un cheval massif en train de brouter l'herbe rare et raze devant une maison en pierre.
Cheval de trait vraisemblablement Hispano-Bretón à Otero del Monte (es) en Cantabrie.

Il forme le plus grand cheval de trait de la péninsule Ibérique[13], c'est un animal hypermétrique et sublongiligne, bien construit et très massif[1], près de terre[14]. Rustique, il mesure de 1,45 m à 1,54 m selon les zones géographiques, pour un poids moyen de 715 kg chez les mâles et 702 kg chez les femelles[1]. Il n'existe pas de standard de race, aussi de grandes variétés se rencontrent dans la taille, le poids et le modèle[13].

La tête est très expressive, forte et allongée, le front est petit et plat, les lèvres sont grandes et les oreilles petites[13]. Le profil est rectiligne[15]. Ce cheval est généralement harmonieux et bien proportionné. La croupe est légèrement oblique[1], double et rebondie[14], la poitrine est étroite mais profonde. L'encolure, le dos, la croupe et la poitrine sont très musclés, donnant un aspect arrondi[1]. Le garrot est peu sorti[14]. Les jambes sont plutôt courtes, mais solides et bien fixées. Les crins sont particulièrement longs et abondants. À l'arrière des membres, l'Hispano-Breton présente aussi des fanons fournis[13].

Robes[modifier | modifier le code]

Dans un terrain sablonneux avec une herbe rare, un poulain bai tête librement sa mère.
Les robes rouannées (ici, une jument aubère) se rencontrent chez la race.
Article connexe : Robe du cheval.

Les robes peuvent être très variées, mais l'alezan est à la fois la plus fréquente et la plus appréciée. On trouve aussi des sujets bais et noirs, et même quelques rouans et des aubères[15]. Les marques blanches sont assez fréquentes[13], incluant listes, étoiles en tête et balzanes[1]. Il arrive aussi que les chevaux aient la tête plus foncée que le corps, particularité connue sous le nom de tête de maure (cabeza de moro). Les variations climatiques influencent l'apparence de ces chevaux avec la longueur de leur pelage[16].

Tempérament et entretien[modifier | modifier le code]

Les juments Hispano-bretonnes sont de bonnes mères, condition essentielle au maintien du cheptel en semi-liberté, sur des élevages très extensifs. Les poulains ne nécessitent pas de soins, ils tètent leur mère puis broutent des végétaux précocement[13]. La race est tout à fait adaptée aux milieux ruraux et reste dans des pâturages montagnards à la belle saison, pour redescendre dans les vallées en hiver. Des compléments alimentaires peuvent être apportés sous forme de foin et de paille. La reproduction s'effectue le plus souvent de manière naturelle. Les poulains sont sevrés en hiver, quand ils redescendent de la montagne vers les vallées[1]. Ces chevaux sont réputés tranquilles, mais énergiques[14].

Sélection[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs associations d'élevage pour la race. L’Asociación Nacional de Criadores de Hispano Bretón supervise l'ensemble[17]. Pour la communauté autonome d'Aragon, l’Asociación Aragonesa de Criaderos de Caballo Hispano-Bretón (ARAHISBRE) s'occupe de la sélection[18], tandis que pour Burgos, cette tâche est confiée à l’Asociación de Criadores de la Raza Hispano-Bretón de Burgos[17].

En février 2013, différents éleveurs du marché hippophagique espagnol ont créé la Federación Nacional de Hispano-Bretón (Fédération nationale de l'Hispano-Bretón) pour travailler sur l'atténuation des conséquences de la crise autour de la viande de cheval[19]. Comme pour toutes les races autochtones espagnoles menacées, les éleveurs bénéficiaient d'aides et de primes[20], mais le retrait du soutien à l'élevage de l'Hispano-Bretón (130 euros par animal) en 2013, en raison de la crise économique en Espagne, a fragilisé la filière[19].

Utilisations[modifier | modifier le code]

Sur une route au fonds d'une vallée, des chevaux cheminent tranquillement empêchant un véhicule de passer.
Groupe de chevaux en semi-liberté à Zuriza (es) en Aragon.

La vocation de cette race est essentiellement la production hippophagique[13], domaine dans lequel l'Hispano-Bretón bénéficie d'une conformation adaptée et d'organisations d'élevage. Ce type d'élevage est généralement associé à celui des bovins de boucherie, sur de petites exploitations familiales[1]. La viande issue des poulains Hispano-Bretón (carne de potro Hispano-Breton) est considérée comme étant de qualité[5]. Ces poulains se vendent entre 300 et 500 euros au sevrage en 2013[19].

Les éleveurs affrontent une crise depuis la fraude européenne à la viande de cheval[21]. La création d'une indication géographique protégée ou d'une marque de garantie a été proposée pour permettre une distinction entre la viande de l'Hispano-Bretón et d'autres viandes chevalines de qualité moindre. La faible demande en viande de cheval en Espagne pousse les éleveurs à exporter vers la France, l'Allemagne et l'Italie[19]. De manière plus anecdotique, l'Hispano-Bretón convient à l'attelage, aux travaux agricoles et aux loisirs, vers lesquels il est de plus en plus souvent reconverti. Les juments saillies par des ânes produisent des mules de bonne qualité[22].

Diffusion de l'élevage[modifier | modifier le code]

L'Hispano-Bretón est considéré comme une race locale, qui n'est pas menacée d'extinction[23]. Le Catálogo Oficial de Razas de Ganado de España (catalogue officiel des races de bétail de l'Espagne) inclut l'Hispano-Bretón dans le groupe des races autochtones en danger d'extinction[1]. Fin 2003, 4 561 individus sont recensés, principalement dans la province espagnole de Castille-et-León[24], sur les zones montagneuses. On trouve aussi ces chevaux en Cantabrie, à La Rioja et dans les Pyrénées aragonaises[1]. Elle est présente en faibles effectifs dans une grande partie de l'Espagne[3]. Une variété du cheval Hispano-Bretón est nommée caballo de pie redondo (« cheval de marche rond »), elle s'élève dans la Cerdagne et compte entre 1 100 et 1 200 représentants en 2003[13]. En 2012, les effectifs de la race se sont révélés stables[20] mais en 2013, certains éleveurs ont rendu leurs chevaux à la vie sauvage car leur élevage devient non-rentable[19].

Les foires de San Emiliano constituent un rendez-vous pour les acheteurs et les passionnés de ce cheval de trait[25]. La vingt-quatrième édition s'est tenue en aout 2013[26], et a attiré 30 élevages et leurs 200 chevaux, pour l'attribution de 8 000 € de primes diverses[27].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o (es) « Hispano Bretón », Feagas - Federación Española de Asociaciones de Ganado Selecto (consulté le 11 janvier 2014)
  2. Lætitia Bataille, Races équines de France, France Agricole Éditions, , 286 p. (ISBN 9782855571546, lire en ligne), p. 148.
  3. a et b (es) « El Hispano-Bretón », Carne de potro Hispano-Bretón de Burgos (consulté le 11 janvier 2014).
  4. (es) « Historia de la asociación » (consulté le 12 janvier 2014).
  5. a et b (es) M. M., « Potro hispano bretón: firme apuesta por la salud y por la economía rural burgalesa », El Correo de Burgos,‎ (lire en ligne).
  6. a et b (es) A.C. / Soncillo, « El hispano-bretón, en busca de nuevos mercados », Diaro de Burgos, (consulté le 11 janvier 2014).
  7. a et b (es) A. Castellanos / Soncillo, « El hispano bretón, cada vez con más raza », Diaro de Burgos, (consulté le 11 janvier 2014).
  8. (es) « Criadores de hispano bretón impulsan la comercialización de carne de potro », Diaro de Burgos, (consulté le 11 janvier 2014).
  9. (es) « Criadores y hosteleros ven en el potro hispano-bretón un recurso económico a explotar », Diaro de Burgos, (consulté le 11 janvier 2014).
  10. (es) A. Castellanos, « La carne de potro hispanobretón llega a nueve carnicerías de Burgos », Diaro de Burgos, (consulté le 11 janvier 2014).
  11. (es) Estíbaliz lópez / Soncillo, « La subasta de hispano-bretones consiguió un total de 7.800 euros », Diaro de Burgos, (consulté le 12 janvier 2014).
  12. (es) A.C. / Villarcayo, « El matadero comarcal comienza el jueves a sacrificar ganado caballar », Diaro de Burgos Digital,‎ (lire en ligne).
  13. a, b, c, d, e, f, g et h Collectif 2003, p. 83
  14. a, b, c et d (es) « Descripción de la raza », Carne de potro Hispano-Bretón de Burgos (consulté le 11 janvier 2014).
  15. a et b Collectif 2003, p. 82.
  16. (es) « Morfología y capas del Hispano-Bretón », Asociación Nacional de Criadores de Hispano Bretón (consulté le 11 janvier 2014).
  17. a et b (es) « Miembros de la Asociación », Asociación Nacional de Criadores de Hispano Bretón (consulté le 11 janvier 2014).
  18. (es) « Asociación Aragonesa de Criaderos de Caballo Hispano-Bretón (ARAHISBRE) », Feagas - Federación Española de Asociaciones de Ganado Selecto (consulté le 11 janvier 2014).
  19. a, b, c, d et e (es) A. Domingo, « Los criadores de hispano-bretón solicitan ayuda a Silvia Clemente », Diaro de León, (consulté le 11 janvier 2014).
  20. a et b « La cifra de caballos de raza hispano-bretón y de criadores se mantuvo en Cantabria en 2012 », Europa Press, (consulté le 11 janvier 2014).
  21. (es) Marta Cuervo, « La polémica de la carne equina afectará al mercado hispano-bretón de Babia », Ileón.com, (consulté le 11 janvier 2014).
  22. Elise Rousseau (ill. Yann Le Bris), « Hispano-Breton », dans Tous les chevaux du monde, Delacheau et Nietslé, , 544 p. (ISBN 978-2603018651), p. 100
  23. (en) Rupak Khadka, « Global Horse Population with respect to Breeds and Risk Status », Uppsala, Faculty of Veterinary Medicine and Animal Science - Department of Animal Breeding and Genetics, , p. 59 ; 64.
  24. Collectif 2003, p. 57.
  25. (es) « Concurso-exposición de caballo hispano bretón », Asociación Cuatro Valles León (consulté le 11 janvier 2014).
  26. (es) « Encuentro de Hispano-Bretones en San Emiliano de Babia », Ileón.com, (consulté le 11 janvier 2014).
  27. (es) « 200 ejemplares y 30 ganaderías participan en San Emiliano en XXIV edición de este concurso-exposición de caballos », Ileón.com, (consulté le 11 janvier 2014).

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (es) Collectif, Estudio y caracterizacion del sectór equino en España, Ministerio de Agrícultura, Pesca y Alimentacíon, (lire en ligne)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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