Gaius Amafinius

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Amafinius
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Gaius Amafinius est un écrivain et philosophe épicurien romain actif à la fin du IIème siècle acn et/ou au cours du Ier siècle av. J.-C.[1]. On ne connaît rien de sa biographie. Il serait le premier auteur philosophique en langue latine.

Sources[modifier | modifier le code]

Il n'est connu que par des passages de Cicéron, adversaire déclaré de l'épicurisme[2]. C'est donc au travers de ce filtre dépréciatif qu'il faut tenter d'en retracer l'œuvre et l'impact.

Œuvre et impact[modifier | modifier le code]

On ignore le nombre et les titres de ses ouvrages.

Si l'Épicurisme était déjà connu et s'était implanté dans les classes supérieures romaines bilingues au cours du second siècle acn, il fallut attendre qu'Amafinius publie des traités épicuriens en langue latine pour que cette philosophie se répande rapidement et largement dans le monde latin[3], aux dires de Cicéron[4] :

« Est apparu C Amafinius pour en parler (de l'épicurisme). La parution de ses ouvrages fit forte impression sur la foule qui se porta avec une très nette préférence vers cette doctrine[5]... »

Cicéron donne à la suite son explication personnelle, dénigrante, pour cet engouement[6]:« ... ou parce qu'il était bien facile de l'apprendre ; ou parce que les charmes de la volupté y portaient; ou peut-être aussi parce qu'on n'avait rien encore publié de meilleur en matière de philosophie. Une foule d'écrivains ont marché sur les traces d'Amafinius; ils ont inondé de leurs ouvrages toute l'Italie; et au lieu de conclure que leur doctrine étant ainsi à la portée et au goût de l'ignorance, elle n'a donc rien de bien recherché, ils prétendent que c'est au contraire ce qui en fait le mérite[7]. »

Dans la partie précédente à ces deux passages, Cicéron explique les raisons pour lesquels personne n'avait encore publié d'ouvrages sur les doctrines « sérieuses  », à ses yeux (le stoïcisme, le platonisme, Aristote), laissant de facto le monopole à l'épicurisme :

« Jusqu'à présent donc notre langue ne nous fournit point ou presque point de lumières sur cette véritable, sur cette belle philosophie que Socrate mit au jour, et qui s'est perpétuée, tant parmi les péripatéticiens que parmi les Stoïciens (...). Jusqu'à présent, dis-je, nos Romains ont peu écrit sur cette partie de la philosophie, soit qu'ils aient été trop occupés d'ailleurs, soit qu'ils n'aient pas cru qu'elle pût être bien reçue d'un peuple ignorant[7]. »

Langue et style[modifier | modifier le code]

Dans ses Académiques, Cicéron attaque violemment Amafinius dans des propos qu'il fait porter à Varron[8] : « ...car vous savez que nous ne pouvons ressembler à ces Amafinius, à ces Rabirius, qui, sans aucun art, dissertent sur toutes choses en style vulgaire, n'emploient ni définitions ni divisions, argumentent sans aucune rigueur, et croient enfin que l'art de la parole et celui du raisonnement sont de pures chimères[7]. ». En réalité, Épicure prônait la simplicité dans le style et dans l'exposé de l'argumentation. Le contraire de Cicéron. D'après les maigres indices dont nous disposons, on peut supposer qu'Amafinius respectait cette préconisation et qu'en particulier il sut trouver des mots latins concrets pour traduire des concepts grecs: c'est à lui que l'on doit, par exemple, la traduction de l'abstrait grec « ἄτομος » atomos (in-sécable) au concret latin « corpusculum » (tout petit corps)[9]. On peut dès lors comprendre la rapide diffusion de ses ouvrages et de la doctrine qu'ils contenaient dans la population unilingue[10] éduquée de l'Italie latine.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Amafinius Klebs, in Pauly-Wissowa, Real-Encycl. d. class. Altertumswiss. I, col. 1714.
  • E. Zeller, Philos. d. Griech., 3e éd., III, i, p. 372.
  • (en) Neal Wood,Cicero’s Social and Political Thought, University of California Press, 1988 (paperback edition, 1991). (ISBN 0-520-07427-0))
  • (en) H.M. Howe, Amafinius, Lucretius and Cicero, American Journal of Philology, 77, 1951, p. 57–62. Consultable en ligne (après inscription): http://www.jstor.org/stable/291962
  • Y. Benferhat, Cives Epicurei, les épicuriens et l'idée de monarchie à Rome et en Italie de Sulla à Octave, collection Latomus, 2005.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Benfherat 2005 préconise une datation ancienne (vers 130-125). A l'inverse, Howe 1951 en fait un contemporain de Lucrèce en prenant au pied de la lettre le passage du De Rerum Natura (IV, 1-25) où Lucrèce se déclare le premier à écrire en latin la doctrine d'Epicure. Discussion et références chez Benfherat 2005, p.61-62. Voir également la page de discussion.
  2. Pour une synthèse sur ce point : Y. Benferhat, « Cum scriberem contra Epicureos… Cicéron et l'épicurisme dans les Tusculanes, I-II » , Vita latina, 164, 2001, p. 21-35. En ligne: persee.fr
  3. Sur la diffusion de l'épicurisme dans le monde romain : Pierre Grimal, L'épicurisme romain, Actes du VIIIe Congrès de l'association G. Budé, 1969, p. 139-168 et Y. Benferhat 2005, chapitre II, p.57-97.
  4. Tusculanes, IV, 6
  5. "... C. Amafinius extitit dicens, cuius libris editis commota multitudo contulit se ad eam potissimum disciplinam..." La phrase n'est pas si évidente, en particulier l'emploi de "dicens". Une interprétation est qu'Amafanius commença d'abord par un enseignement oral, en latin, qui ne touchait forcément qu'un nombre restreint. Ce n'est qu'ensuite qu'il toucha un nombreux public par la publication de son enseignement (ce serait le sens de l'ablatif absolu "libris editis" plutôt que d'y voir un complément d'agent pour "commota". Discussion de ce point dans Howe 1951, p.58.
  6. Encore faut-il définir le public qui se cache derrière le terme "multitudo" employé par Cicéron. Howe 1951 (p.60) propose la classe italienne suffisamment aisée et éduquée que pour avoir accès au livre, mais insuffisamment versée dans le grec que pour lire dans cette langue et, de toute façon, peu attirée par la littérature sophistiquée et parée de rhétorique telle que la préconisaient Cicéron et les élites.
  7. a, b et c Traduction Nisard
  8. Académiques, I, 2
  9. Cicéron, Académiques, I, 5. A l'inverse, son contemporain Lucilius (28.15) emploie encore directement les termes grecs (en italique) : « Eidola atque atomus vincere Epicuri volam » (« Je voudrais que les simulacres et les atomes d'Épicure l'emportent »). Cette phrase ne devait guère être compréhensible par un latin ignorant du grec et de son vocabulaire philosophique.
  10. Comme le fait remarquer Cicéron avec perfidie (Tusculanes, V, 116): "Epicurei nostri Graece fere nesciunt." "Nos épicuriens d'ordinaire ignorent le Grec."