Académiques

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Les Académiques (en latin Academica) sont un dialogue de Cicéron publié en 45 av. J.-C., qui nous est parvenu dans un état très fragmentaire : un livre sur les deux de la première édition, des fragments du premier livre pour la seconde édition remaniée, qui comptait quatre livres.

On peut le considérer comme l’introduction naturelle aux ouvrages philosophiques de Cicéron qui suivent ; il s'y fait le porte-parole de la Nouvelle Académie, tradition philosophique sceptique issue de l'Académie de Platon et initiée par Arcésilas de Pitane.

La question principale abordée dans l'ouvrage est celle de l'accès à la connaissance, étape première dans la pensée grecque pour la conduite de l’être humain : peut-on vivre en s’appuyant sur des certitudes, ou s’il est impossible d’en établir, se déterminer son action selon les possibles. Cicéron présente les diverses positions soutenues par les successeurs de Platon, dont celles d’Arcésilas de Pitane, de Carnéade, de Philon de Larissa et d’Antiochos d'Ascalon. Toutefois, Cicéron refuse de s'aligner sur la doctrine d'une école particulière : puisque la vérité absolue est hors de portée, chaque thèse a sa part de probabilité, plus ou moins grande, sa méthode est de les mettre en présence, de les opposer ou de les faire s'appuyer mutuellement[1].

Dans le De divinatione, il les résume comme une présentation de la philosophie qui lui parait la moins arrogante[2]. Dans son Traité des devoirs, il déclare à son fils qu'il suit ce qui semble probable, qu’il rejette ce qui semble improbable, et qu’il évite les certitudes affirmées avec arrogance par certains philosophes[3].

Date[modifier | modifier le code]

Le décès de sa fille Tullia et la période de dépression qu'il connait interrompt la rédaction des ouvrages philosophiques que Cicéron a entamé avec l'Hortensius. Sa correspondance avec son ami Atticus permet de suivre l'élaboration des Académiques. Il séjourne dans ses villae d'Astura puis dans celle d'Atticus et enfin à Tusculum, et reprend son travail. Une lettre de mi-mars 45 av. J.-C. donne les indices d'une rédaction en projet ou en cours, et une lettre en date du 13 mai informe Atticus qu'il a terminé deux syntagmata, terme grec qui peut signifier ouvrages. Les traducteurs modernes pensent qu'il s'agit des deux livres des Académiques, dialogue philosophique écrit en deux mois entre Lucullus, Catulus et Hortensius (Academia Priora)[4],[5].

Par un courrier datant du 29 mai, Cicéron informe d'une modification, l'insertion d'un nouveau prologue à chaque livre, qui fait l'éloge de Catulus, puis de Lucullus[6].

Atticus l'informe que leur ami commun Varron compte dédier à Cicéron son traité sur la langue latine. Atticus suggère que Cicéron dédie à son tour un ouvrage à Varron. Cicéron travaille alors sur le De finibus bonorum et malorum, qu'il va dédier à Brutus. Il opte donc pour la republication des Académiques en remplaçant les interlocuteurs par Varron, Atticus et lui-même, mieux choisis pour présenter les doctrines philosophiques. La nouvelle version de l'ouvrage fait alors quatre livres, les Academia Posteriora[1].

Manuscrits sources[modifier | modifier le code]

Le texte latin dont nous disposons à l'époque moderne a été établi à partir de 69 manuscrits, tous lacunaires. Le texte cité en traduction dans la bibliographie a été reconstitué par le philologue allemand Otto Plasberg (de) à partir d'une soixantaine de ces manuscrits, avec quelques retouches de détails faites par le traducteur Kany-Turpin[7].

Contenu[modifier | modifier le code]

Academia Priora[modifier | modifier le code]

Sur les deux livres qui composent les Premières Académiques, nous ne possédons que le second, dit Lucullus, qui traite de la connaissance, c'est-à- dire de la possibilité de parvenir à la vérité.

Pierre Pellegrin présume que le premier livre, dans lequel Catulus a la parole, devait commencer par un prologue élogieux présentant Catulus père et fils. Ensuite Catulus devait présenter les positions d’Arcésilas et de Carnéade, tout en critiquant les innovations que Philon de Larissa avait introduites. Puis Hortensius présentait la thèse d'Antiochos d'Ascalon. Cicéron concluait en défendant la Nouvelle Académie[8].

Dans le second livre, Lucullus soutient la théorie d'Antiochos d'Ascalon, qu'il avait côtoyé en Asie et qui considère qu'il est possible de connaître la Vérité. Cicéron s'en tient à la position de Philon de Larissa : il existe une vérité, mais nous ne sommes jamais surs de la connaître avec certitude, nous ne pouvons qu'avoir une vue probable, et agir en conséquence[5].

Academia Posteriora[modifier | modifier le code]

Les protagonistes de la première version, Lucullus, Catulus et Hortensius, quoique cultivés, ne constituaient pas des personnages crédibles pour une soutenir un débat philosophique de ce niveau[9], ce que Cicéron reconnait lui-même dans sa correspondance[10].

Cicéron reprend sa première édition des Académiques et remplace les précédents protagonistes par Varron, formé aux écoles philosophiques dont il défend les théories, Atticus et lui-même. Des quatre livres des Secondes Académies, il ne reste qu'une partie du premier[1].

Le livre I commence par un échange de vues entre Varron et Cicéron, sur l’intérêt de se contenter des traités philosophiques en grec, avis de Varron, ou d’en transcrire la pensée en latin, volonté de Cicéron [11]. Varron fait ensuite l’historique de l’Académie, depuis Platon jusqu’aux innovations de Zénon de Kition, qui fonde la tendance stoïcienne. Il expose de façon synthétique la partition de la philosophie en trois domaines : l’éthique ou façon de bien vivre[12], la compréhension de la nature et des choses cachées avec la théorie des quatre éléments[13], la logique, argumentation pour la détermination du vrai et du faux, du cohérent et du contradictoire[14].

Dans le dernier fragment du livre I, Cicéron présente Arcésilas, fondateur de la Nouvelle Académie qui revient au scepticisme de Socrate[15]. Dans la suite qui manque, Cicéron devait comme dans la première version, exposer le scepticisme relatif de Philon. La suite est conjecturale : pour Pellegrin, Cicéron expose probablement la doctrine de Carnéade dans le livre II, Varron lui répond dans le livre III en exposant les critiques de Carnéade formulées par d'Antiochos d'Ascalon, dont il fut l'élève. Cicéron devait conclure dans le livre IV par la défense du scepticisme de la Nouvelle Académique[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Grimal 1986, p. 354
  2. Cicéron, De divinatione, II, 1
  3. Cicéron, Academica Priora, II, II
  4. Pellegrin 2010, p. 53
  5. a et b Grimal 1986, p. 353
  6. Pellegrin 2010, p. 303, note 1
  7. Pellegrin 2010, p. 67 et 339
  8. Pellegrin 2010, p. 54
  9. Pellegrin 2010, p. 55
  10. Cicéron, Ad Atticum, XIII, 13,1
  11. Academica posteriora, livre I, I-IV
  12. Academica posteriora, livre I, V-VI, 19-23
  13. Academica posteriora, livre I, VII, 24-29
  14. Academica posteriora, livre I, VIII, 30-32
  15. Academica posteriora, I, XII, 44-46
  16. Pellegrin 2010, p. 57

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Traductions[modifier | modifier le code]

  • Secondes Académiques, à Terentius Varron, traduit par A. Lorquet, 1848, Paris, lire en ligne
  • Premières Académiques, intitulées Lucullus, traduit par A. Lorquet, 1848, Paris, lire en ligne
  • (la), (fr) Cicéron, De la divination - du Destin - Académiques/Lucullus, (trad. Charles Appuhn), Paris, Garnier, 1936, en ligne sur Itinera Electronica
Notes critiques de Edmond Liénard sur cette traduction, In L'antiquité classique, Tome 8, fasc. 1, 1939. pp. 264-265 lire en ligne.
  • Cicéron. Academica posteriora. Liber primus. (Secondes Académiques. Livre I), (trad. Michel Ruch), PUF, 1970, 100 pages.
Notes critiques de Martin Van den Bruwaene sur cette traduction, In L'antiquité classique, Tome 41, fasc. 1, 1972. pp. 307-308 lire en ligne.

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]