Fra Dolcino

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Fra Dolcino
Fray Dulcino.jpg

Fra Dolcino. Lithographie de Michele Doyen (1809 - 1881).

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Fra Dolcino Tornielli (généralement appelé Dulcin dans les textes français antérieurs au XXe siècle[1]), né v. 1250 à Novare et brûlé sur le bûcher le , est un prêcheur italien souvent décrit comme un hérétique inspiré par les théories franciscaines. Il conduit une révolte populaire d'inspiration millénariste en Italie du Nord.

Biographie[modifier | modifier le code]

L’inquisiteur Bernard Gui affirme que Fra Dolcino était le fils illégitime d’un prêtre qui, après avoir été arrêté comme voleur, s’était enfui à Verceil pour suivre la secte du prêcheur radical Gherardo Segarelli, qui prônait le refus de l’institution du mariage et la redistribution des richesses parmi les chrétiens pauvres. La plupart des sources considèrent cependant que Dolcino était issu d’une riche famille et qu’il entreprit des études théologiques dans sa jeunesse.

Selon l’Église de Rome et la plupart des historiens de la période, lui et ses partisans, en réaction aux attaques des troupes catholiques, n’hésitèrent pas, pour leur survie, à piller et à dévaster des villages, tuant ceux qui s’opposaient à eux et brûlant leurs maisons. Pour justifier les méfaits de ses partisans il citait volontiers saint Paul (épître à Tite 1,15)

Tout est pur pour les purs. Mais pour ceux qui sont souillés et qui n’ont pas la foi, rien n’est pur. Leur esprit même et leur conscience sont souillés.

Fra Dolcino devint en 1300 le chef du mouvement apostolique et, influencé par les théories millénaristes de Joachim de Flore, il donna naissance au mouvement dolcinien qui a duré de 1300 à 1307. Au nombre de ses idées on compte :

  1. Le refus de la hiérarchie ecclésiastique et le retour aux idéaux originaux de pauvreté et d’humilité.
  2. Le refus du système féodal
  3. La libération de toute contrainte et de tout assujettissement.
  4. L’organisation d’une société égalitaire d’aide et de respect mutuel, mettant en commun les biens et respectant l’égalité des sexes.

Il connut une fin tragique dans les vallées montagneuses de Sesia et dans la région de Biella, dans le Piémont, en Italie, le , quand de nombreux croisés achevèrent de conquérir les fortifications construites sur le mont Rubello par les Dolciniens.

Beaucoup de contemporains le dénoncent toutefois comme un manipulateur et un séducteur, utilisant des arguments religieux pour asseoir une autorité personnelle.

On le considérait comme un orateur intelligent, érudit et charismatique. Il a exprimé ses idées dans une série de lettres adressées aux apostoliques dans les années 1300-1307.

Son mouvement reste isolé à l'époque. Les attentes eschatologique et les prédictions apocalyptiques sont restées pendant tout le siècle circonscrites au milieux des lettrés et des hommes d'Église. On trouve des révoltes analogues après la diffusion de l'imprimerie avec le mouvement des Taborites en Bohême au XIVe siècle et avec le mouvement de Thomas Müntzer au XVe siècle en Allemagne du sud[2].

Exécution[modifier | modifier le code]

Après leur capture par l'Église, Fra Dolcino et sa compagne Margherita Boninsegna n'ont pas eu droit à un procès. Ils ont été torturés, Fra Dolcino a subi une castration, puis le couple a été démembré. Les parties de leurs corps ont ensuite été mises au bûcher par le bourreau. En 1322, soit quinze ans plus tard, une trentaine de disciples de Dolcino ont été brûlés vifs sur la place du marché de Padoue. L'histoire des Dolciniens est extrêmement mal documentée.

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

Dante Alighieri, dans la Divine Comédie, mentionne Dolcino, comme étant attendu prochainement en enfer (l’enfer XXVIII) dans un passage qui exprime l’admiration du poète pour la défense désespérée du mont Rubello sans que cela implique une approbation de ses idées.

Il est mentionné souvent dans le roman d’Umberto Eco, Le Nom de la rose. Le dialogue entre le narrateur Adso et le vieux prêtre Ubertin laisse l’histoire de Fra Dolcino à l’imagination du lecteur.

Il est le thème du chapitre 9 du livre de Marcel Schwob, "Vies Imaginaires".

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Sources anciennes[modifier | modifier le code]

  • Historia fratris Dulcini heresiarche di anonimo sincrono : De secta illorum qui se dicunt esse de ordine Apostolorum di Bernardo Gui, a cura di Arnaldo Segarizzi. Città di Castello : S. Lapi, 1907.

Études[modifier | modifier le code]

  • (it) Elena Rotelli, Fra Dolcino e gli Apostolici nella storia e nella tradizione, Marietti, 1980.
  • (it) Raniero Orioli, Fra Dolcino : nascita, vita e morte di un'eresia medievale, Jaca Book, 2004.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Voir par exemple Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1880, article Dulciniste.
  2. Roberto Rusconi « La religion flamboyante », in Histoire générale du christianisme t.1, ouvrage collectif sous la direction de Jean-Robert Armogathe (avec Pascal Montaubin et Michel-Yves Perrin pour le t.1), éd. PUF, Collection Quadrige, septembre 2010, 2896 pages.

Lien externe[modifier | modifier le code]

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