Frères Zeno

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Portulan d'après la carte des frères Zeno

Les frères Nicolò et Antonio Zeno, étaient des navigateurs vénitiens de la deuxième moitié du XIVe siècle. Ils étaient également les frères du héros naval vénitien Carlo Zeno. La famille Zeno était membre de l'aristocratie de Venise. Elle possédait une entreprise de transport entre Venise et la Terre sainte au moment des Croisades.

La légende[modifier | modifier le code]

Nicolò et Antonio Zeno sont célèbres en raison d'un ensemble de lettres et d'une carte, connue sous le nom de Carte Zeno, éditées en 1558 par le descendant de Nicolò (également nommé Nicolò Zeno).

Les lettres prétendument écrites par les deux frères à la fin du XIVe siècle décrivent des voyages d'exploration fantastiques effectués par eux en Atlantique nord, sur la demande d'un prince appelé Zichmni.

Ces récits controversés ne sont qu'une invention du descendant des frères Zeno, qui publie en 1558 sous le titre de Dello scoprimento dell' isole Frislanda, Estlanda, Engrouelanda, Estotilanda e Icaria fatto sotto il Polo artico, da' due fratelli Zeni, M. Nicolo il K. e M. Antonio (sur la découverte des îles Frislande, Estlande, Engrouelande, Estotilande et Icare fait sous le pôle Arctique, par les frères Zeni, maître Nicolo et maître Antonio), une saga censée s'être déroulée un demi siècle auparavant.

Malgré les incohérences, d'autres y virent la possibilité d'un voyage pré-colombien vers les côtes nord-américaines. Le naturaliste J. R. Forster, qui navigua avec Cook, identifia en 1784 Zichmni comme pouvant être Henry Ier Sinclair (1350-1404), Comte des Orcades. De nos jours, certains avancent l'hypothèse que la tour de Newport aux États-Unis pourrait être l'œuvre des compagnons de Zichmni.

Le point le plus remarquable fut donc la mystification elle-même : la carte Zeno qui accompagne les lettres, magnifique mais fausse, trompa les navigateurs les plus émérites pendant une centaine d'années.

Les lettres[modifier | modifier le code]

Les lettres sont divisées en deux parties : d'une part les lettres que Nicolò adresse à Antonio, d'autre part les lettres d'Antonio à leur frère Carlo.

Les lettres de Nicolò à Antonio décrivent un voyage qu'il a effectué en 1380 de Venise en Angleterre puis en Flandre. On sait qu'un tel voyage eut lieu et qu'il revint à Venise autour de 1385.

Des îles dans le nord[modifier | modifier le code]

Nicolò raconte comment il échoue sur une île située entre la Grande-Bretagne et Islande, appelée Frisland, décrite comme de taille plus grande que celle de l'Irlande.

Lors de ce naufrage, Nicolò est recueilli par Zichmni, un prince possédant au large de la côte sud de Frisland des îles appelées Porlanda, et qui règne sur le duché de Sorant, ou Sorand, au sud-est de Frisland. Nicolò invite alors Antonio à Frisland, qui accepte et qui y séjourne 14 ans.

Sous la direction de Zichmni, Antonio attaque Estlanda, manifestement les Shetland comme l'atteste la similarité des noms des lieux mentionnés. Puis Zichmni projette d'attaquer l'Islande, mais la trouvant bien défendue, il se rabat sur 7 îles de la côte est : Bres, Talas, Broas, Iscant, Trans, Mimant et Damberc. Toutes ces îles se révèlent fictives.

Zichmni fait construire un fort sur Bres qu'il confie à Nicolò. De là, celui-ci explore le Groenland, où il décrit dans une lettre un monastère équipé d'un système de chauffage central. Il retourne alors à Frisland où il serait mort après avoir passé 4 à 5 ans dans le Nord.

Notons qu'outre sa date de retour connue à Venise, des documents judiciaires vénitiens contemporains indiquent que Nicolò subit un procès en 1394 pour des détournements de fonds réalisés alors qu'il était gouverneur militaire de Modone et Corone, en Grèce, de 1390 à 1392. On sait par ailleurs qu'il écrit son testament à Venise en 1400, bien des années après sa mort présumée à Frisland.

Voyages à l'ouest[modifier | modifier le code]

Peu après la mort présumée de Nicolò, Zichmni apprend qu'un groupe de pêcheurs frislandais disparu était de retour après une absence de plus de 25 ans. Les pêcheurs racontèrent avoir accosté des pays inconnus dans l'ouest lointain du nom d'Estotiland et Drogeo, peuplés pour la première d'une population accueillante ayant des bibles en latin (le mythe se rapproche ici du Vinland) et pour la seconde d'animaux inconnus et de cannibales à qui ils apprennent à pêcher.

Zichmni entreprend alors un voyage à l'ouest avec Antonio, qu'il nomme chef de sa flotte. Ils atteignent une grande île appelée Icaria (cf. Carte Zeno), qui se révèle également fictive.

Selon les lettres, les habitants d'Icaria vinrent au-devant d'eux avant qu'ils puissent débarquer. Un seul des Icariens fut capable de converser dans une langue comprise de Zichmni. Ils désignèrent leur visiteurs comme non grata et manifestèrent leur volonté de défendre au besoin l'île jusqu'au dernier. Zichmni navigua alors le long des côtes pour trouver un point où débarquer, mais comme les icariens le suivirent, il abandonna.

Naviguant encore plus à l'ouest, ils débarquèrent sur un promontoire appelé Trin, à la pointe méridionale d'Engrouelanda. Zichmni y aima le climat et la terre, mais son équipage le trouva inhospitalier. Les marins rentrèrent à Frisland avec Antonio, Zichmni resta pour explorer le territoire et y bâtir une ville.

Références[modifier | modifier le code]

  • (en) Cooper, Robert L. D. (Ed.) The Voyages of the Venetian Brothers Nicolo & Antonion Zeno to the Northern Seas in the XIVth Century. Masonic Publishing Co. 2004. ISBN 0-9544268-2-7.
  • (en) Smith, Brian. Earl Henry Sinclair's fictitious trip to America. New Orkney Antiquarian Journal, vol 2., 2002

Liens externes[modifier | modifier le code]

Lire également[modifier | modifier le code]