Feuille de personnage

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Exemple de feuille de personnage, en allemand, pour le jeu de rôle Stormbringer.

En jeu de rôle sur table, une feuille de personnage, ou fiche de personnage, est un document décrivant un personnage-joueur ou un personnage non-joueur. Il s'agit en général d'une feuille de papier ou d'un document électronique (feuille dématérialisée, en particulier pour les parties virtuelles), mais sa fonction peut être remplie par d'autres types d'objets matériels, typiquement des cartes (dans le sens cartes à jouer) ou des compteurs (dispositifs affichant une valeur, un état).

Caractérisation[modifier | modifier le code]

C'est un accessoire de jeu qui représente un certain nombre d'éléments concernant le personnage. Ron Edwards distingue trois types d'éléments[1] :

  • des actionneurs (anglais : effectiveness), c'est-à-dire des éléments décrivant la manière dont le personnage peut agir sur le monde fictionnel : typiquement des caractéristiques, des compétences, le matériel qu'il possède ;
  • des jauges, des ressources (anglais : resources), c'est-à-dire ce qu'il peut « dépenser » pour provoquer des effets, ce qu'il peut gagner ou perdre : typiquement des points de vie ou d'endurance, points de destin…
  • des éléments diégétiques, des « postures » (anglais : positionning) : métier, caractère…

La feuille peut aussi contenir des éléments d'ambiance et d'immersion (illustration, texte descriptif) et des rappels de règle.

Cette catégorisation des éléments est perméable : par exemple, un score de force est un élément actionneur puisqu'il définit ce que peut faire le personnage dans le monde fictionnel — typiquement la charge qu'il peut soulever ou bien les dégât qu'il peut causer en frappant —, mais cela donne également une information sur la musculature donc sur l'apparence du personnage, cela a ainsi un caractère diégétique. Une classe de personnage implique à la fois un métier et une position sociale, c'est donc un élément diégétique ; mais cela implique également des capacités et pouvoirs, c'est donc aussi un élément actionneur. Par ailleurs, la gestion d'un élément peut changer d'un jeu à l'autre. Par exemple, la richesse ou les munitions sont une ressource dans la plupart des jeux (on comptabilise des pièces d'or ou les flèches) mais dans certains jeux, il s'agit d'un actionneur : on effectue un jet de dés pour savoir si le personnage est en mesure d'acheter un bien ou un service[2] ou s'il est à court de munitions[3]. À l'inverse, les capacités à agir sont en général des actionneurs, la réussite étant aléatoire, mais dans certains jeux il s'agit d'une ressource que l'on consomme[4].

Les trois catégories ont également des interactions :

  • les ressources influent sur les actionneurs et les éléments diégétiques : une baisse de points de vie peut entraîner un malus aux actions, la richesse influe sur la position sociale et l'apparence du personnage ;
  • les éléments diégétiques déterminent les actionneurs et les ressources : par exemple, le métier détermine un certain nombre de capacités et de jauges (endurance à la fatigue, revenus pécuniaires) ;
  • les actionneurs influent sur les éléments diégétiques et les ressources : certains métiers nécessitent des capacités minimales, les jauges de santé dépendent des capacités physiques.

Les interactions entre ces catégories définissent « l'économie du jeu » (anglais : game's currency).

La feuille de personnage de jeu de rôle peut être considérée comme un portfolio d'accomplissements, un élément essentiel dans la conception de jeu[5].

Historique[modifier | modifier le code]

La première édition du premier jeu de rôle, Dungeons and Dragons, ne possédait pas de feuille de personnage. C'est le fanzine Haven Herald de Stephen Tihor du 3 mai 1975 qui proposa pour la première fois une feuille de personnage à ses lecteurs, suivi un mois plus tard de la feuille de personnage du fanzine Alarums and Excursions [6].

Depuis, la quasi-totalité des jeux de rôle ont une feuille de personnage pour le joueur. Si la plupart ont la forme d'une feuille recto ou recto verso, certains jeux comme Castle Falkenstein ou Sailor Moon RPG proposent un livret complet de personnage. D'autres jeux comme Ars Magica (covenant sheet), Warhammer Fantasy RPG III (party sheet), Reign (company sheet), offrent une feuille de personnage pour le groupe de joueurs. Un jeu propose de recycler les feuilles de personnages morts en les jouant (Post mortem).

Usages[modifier | modifier le code]

Traditionnellement, la feuille de personnage s'utilise en écrivant dessus : valeurs, cases à cocher. Dans certains jeux, on peut corner un coin ou bien incliner la feuille pour indiquer un état particulier (par exemple blessé ou inconscient)[7],[8]. Les ressources peuvent figurer sous la forme de nombres, de cases à cocher mais peuvent aussi être géré en dehors de la feuilles : on peut utiliser des jetons, un dé dont on change la face visible (à l'instar du videau), un pion que l'on déplace sur une échelle ou bien un compteur de type cadran.

La feuille de personnage de jeu de rôle peut aussi être utilisée comme outil d'encadrement dans des activités de formation (par exemple: la feuille de personnage d'apprentissage pour les compétences informationnelles, ou Scholarly Character Sheet[9],[10]).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) D. Vincent Baker, « Things on Character Sheets », sur Anyway, (consulté le 19 décembre 2016)
  2. Jeff Grubb, Marvel Super Héros [« Marvel Super Heroes »], Schmidt Spiele, (1re éd. 1985)
  3. (en) David Black, The Black Hack, Gold Piece Publications,
  4. Robin D. Laws, gamme Gumshoe
  5. (en) Scott Beattie, Foundation of Digital Badges and Micro-Credentials, Springer, Cham, (ISBN 9783319154244 et 9783319154251, DOI 10.1007/978-3-319-15425-1_17, lire en ligne), p. 307–324
  6. (en) Jon Peterson, « Character Sheets in 1975 », sur playingattheworld.blogspot.ca, (consulté le 18 janvier 2018)
  7. Johan Scipion, « Sombre Zéro », Sombre, Terres Etranges,‎ , p. 46–48 (ISBN 978-2-9552-9201-3, ISSN 2118-1411)
  8. C'est aussi le cas du jeu Pokémon Cartes à jouer et à collectionner, si l'on considère que les cartes Pokémon sont des feuilles de personnage.
  9. Pascal Martinolli, « Parcours personnel : autoévaluation & mesure de progression / Scholarly character sheet », sur ACRL Framework for Information Literacy Sandbox, (consulté le 14 juin 2018)
  10. Pascal Martinolli, « Quatre fiches pour ludifier les fondements du nouveau Référentiel de l'ACRL », Congrès WILU 2018 "Information into Action",‎ (lire en ligne)