Eloy Gutiérrez Menoyo

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Eloy Gutiérrez Menoyo
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Eloy Gutiérrez Menoyo, premier rang à droite de la manifestation de 5 mars 1960, au côté notamment de Fidel Castro et Che Guevara.
Naissance
Madrid (Drapeau de l'Espagne Espagne)
Décès (à 77 ans)
La Havane (Drapeau de Cuba Cuba)
Nationalité Drapeau de l'Espagne Espagne
Drapeau de Cuba Cuba
Pays de résidence Espagne (1934-1936 puis 1986)
France (1936-1945)
Cuba (1945-1961 puis 1964-1986 et enfin 2003-2012)
États-Unis (1987-2003)
Activité principale
Autres activités
Membre de l'organisation anticastriste Alpha 66

Eloy Gutiérrez Menoyo né le 8 décembre 1934 à Madrid et mort le 26 octobre 2012 à La Havane, a participé à la Révolution cubaine contre Fulgencio Batista. Puis après la victoire en 1959, il s'est opposé au gouvernement de Fidel Castro lorsque celui-ci a mis en place un régime communiste.

Il s'exile en 1961, participe à l'organisation anticastriste Alpha 66 et rejoint la rébellion de l'Escambray en 1964, rapidement arrêté il est condamné à mort, peine commuée en 30 ans de prison. Libéré en 1986, après une intervention de Felipe González, il revient à Cuba, s'y installe définitivement en 2003 et milite pour une démocratisation du régime.

Biographie[modifier | modifier le code]

Eloy Gutiérrez Menoyo est né à Madrid le 8 décembre 1934 dans une famille républicaine. Son père Carlos Gutiérrez Zabaleta, est médecin et militant socialiste. Lors de la guerre d'Espagne, il s'engage dans l'armée républicaine. Son frère aîné, José Antonio, est tué lors de la bataille de Majadahonda. Après la défaite, ses parents se réfugient en France. Un autre de ses frères, Carlos, rejoint la Résistance et rejoint la Division Leclerc pour libérer Paris. En 1945 la famille s'installe à Cuba[1].

Eloy Gutiérrez Menoyo rejoint le Directoire Révolutionnaire 13 mars (organisation urbaine qui luttait contre Batista) mais s'en sépare en raison de l'orientation politique à gauche du Directoire, et fonde le « Second Front de l'Escambray ». Selon le journaliste Pierre Kalfon, il est hostile à Fidel Castro et anticommuniste, il reçoit des financements de l'ancien président cubain Carlos Prío Socarrás mais « ne se prive pas pour autant de rançonner des paysans »[2].

Après que la fuite du dictateur Fulgencio Batista le 1er janvier 1959, Eloy Gutiérrez-Menoyo et ses troupes arrivent à La Havane le 3 janvier, quelques jours avant que Fidel Castro ne conduise sa propre armée dans la ville. Eloy Gutiérrez-Menoyo n'a pas eu de poste dans le gouvernement de Fidel Castro, et plus tard a déclaré qu'il n'en avait pas souhaité. Il a conservé le rang de commandant[N 1] grade le plus élevé à Cuba à l'époque. Ses troupes sont intégrées à la nouvelle armée cubaine[3]. En 1959, il est salué comme l'exemple de « la fidélité » et de « la vigilance» , il est nommé citoyen d'honneur de Cuba[4]. Comme l'Argentin Che Guevara, il obtient la nationalité cubaine[5]. Il participe au premier déplacement officiel de Fidel Castro en l'accompagnant au Vénézuéla[6].

Ultérieurement, en désaccord avec les orientations pro-communistes de Fidel Castro, Eloy Gutiérrez-Menoyo et une douzaine de partisans militaires et civils décident de se réfugier aux États-Unis en janvier 1961. Il s'installe à Miami et forme une organisation pour renverser Fidel Castro, il s'agit d'Alpha 66. Toutefois il ne participe pas l'invasion de la baie des cochons en avril 1961. Son organisation devient l'un des plus grands groupes exilés anticastristes[3]. Pour Eloy Gutiérrez Menoyo, Fidel Castro est un tyran pire que le précédent[7].

En décembre 1964, déterminé à instaurer une démocratie à Cuba[8], il revient pour participer une guérilla anticastriste (Rébellion de l'Escambray). Il est rapidement arrêté par les forces gouvernementales, après un procès expéditif il est condamné à mort puis sa peine est commuée en 30 ans de prison, il restera 22 ans dans les geôles cubaines. Il y subira des sévices et restera handicapé[3]. Un interrogatoire d'Eloy Gutiérrez Menoyo par la Sécurité d'État cubaine est retransmis par la télévision. Il se décrit comme seul au milieu d'un monde paysan hostile, poursuivi par des ouvriers qui s'arment contre lui et sa bande, il dénigre Manuel Artime le responsable de playa Giron. Quand il est libéré 22 ans plus tard, il indique que cette auto critique lui a été arrachée par Fidel Castro afin d'éviter à ses compagnons d'armes d'être fusillés[9].

Il doit sa libération en 1986 à l'intervention du socialiste Felipe Gonzalez, Président du gouvernement d'Espagne, auprès des autorités castristes[3]. Il se réfugie en Espagne en 1986 puis rejoint Miami aux États Unis[10].

Après sa libération, il retourne à Cuba à plusieurs reprises. En 1995, il rencontre Fidel Castro et essaye de le convaincre d'engager des changements démocratiques mais sans succès[1]. Après plusieurs visites, il décide de rester définitivement et vivre à Cuba en 2003[11]. Il déchire son passeport. Les autorités cubaines refusent de lui fournir des papiers d’identité[12].

Il est mort à La Havane en octobre 2012 et laisse un « texte testament »[13] attestant de ses combats perdus : « Le caractère éthique du processus de 1959 est devenu inexistant. Cette révolution n’a plus de sens moral. Le Cubain a perdu peu à peu son essence. Il survit dans la dissimulation et cet étrange phénomène, le double langage. La Constitution ne fonctionne pas. Le système juridique est une blague. La division des pouvoirs n’est même pas une chimère. La société civile est, comme le progrès, un rêve ajourné pendant un demi-siècle »[12].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Note[modifier | modifier le code]

  1. Au côté de l'Argentin Che Guevara et de l'Américain William Alexander Morgan il est le troisième commandant de la Révolution cubaine d'origine étrangère.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jean-Michel Caroit Eloy Gutiérrez Menoyo, compagnon d'armes puis adversaire de Fidel Castro Le Monde, 30 octobre 2012
  2. Pierre Kalfon, Che, Points, , page 266
  3. a b c et d (en) Eloy Gutiérrez-Menoyo, Cuban Dissident, Dies at 77 New York Times, 26 octobre 2012
  4. Verdès-Leroux 1989, p. 148
  5. Eloy Gutierrez Menoyo, de la révolution à l'opposition La Libre Belgique, 2 janvier 2009
  6. Max Lesnik Je me suis toujours considéré comme un socialiste
  7. Verdès-Leroux 1989, p. 320
  8. (en) [www.independent.co.uk/news/obituaries/eloy-guti-rrez-menoyo-fidel-castros-dissident-spanish-comandante-8262173.html%3Famp Eloy Gutiérrez-Menoyo: Fidel Castro's dissident Spanish comandante] The Independent , 31 octobre 2012
  9. Verdès-Leroux 1989, p. 325
  10. (en) Juan Tamayo Revolutionary commander, anti-Castro activist Eloy Gutiérrez Menoyo dies in Cuba Miami Herald, 26 octobre 2012
  11. Cuba. A 50 ans, la révolution ne fait plus rêver Courrier international publié par El Païs, 7 janvier
  12. a et b Paulo A. Paranagua (journaliste du Monde) Eloy Gutiérrez Menoyo, commandant de la révolution et dissident, est mort à Cuba 27 octobre 2012
  13. (es) Testamento de Gutiérrez Menoyo: “La revolución cubana está agotada”

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]