Drôlerie

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Psautier, XIVe siècle

Une drôlerie ou grotesque désigne un type d'enluminures décoratives en marge des manuscrits représentant une scène de fantaisie plus ou moins comique, sans rapport avec le texte. Elles sont très fréquentes depuis le milieu du XIIIe siècle et jusqu'au XVe siècle, bien qu'on les trouve également dans des manuscrits antérieurs et plus tardifs.

Historique[modifier | modifier le code]

La marge à drôleries apparaît dans la première moitié du XIIIe siècle et se codifie vers 1250 à Paris. Elle se diversifie en Angleterre ainsi que dans le nord de la France et dans les Flandres, avant de se diffuser dans le sud, en Allemagne et en Italie vers 1300[1].

Les feuillages se multiplient au milieu du XIVe siècle et remplacent les drôleries, qui réapparaîtront toutefois sporadiquement jusqu'à la Renaissance[1].

Thèmes et motifs[modifier | modifier le code]

Le thème le plus répandu dans les marges des manuscrits est celui de la chasse, marqueur fort de l'appartenance à l'aristocratie au Moyen-Âge[2]. Toutes les formes de chasse sont représentées : chasse à courre et fauconnerie, mais aussi chasse à la licorne ou chasse inversée : un hybride lièvre/lapin poursuit un chasseur ou un chien[3]. Certains jeux, tels que les marionnettes, les déguisements, les tournois ou les jeux de société occupent également les marges[4].

Les marges peuvent contenir des scènes très violentes ou scabreuses : décapitation, baiser anal[5]. Les musiciens, danseurs et jongleurs, humains ou animaux, apparaissent fréquemment, probablement en raison du goût du commanditaire[6]. Les drôleries reprennent les thèmes de l'amour courtois, parfois de manière parodique[7].

Enfin les marges, bien qu'elles encadrent souvent des textes religieux, en particulier des psaumes, ne craignent pas de ridiculiser le milieu des prêtres et des moines : parodie de rites religieux et notamment de l'eucharistie par des animaux ou des êtres hybrides, combat de clercs entre eux ou contre des femmes, le contenu pouvant être véritablement blasphématoire[8].

Spécifiquement les images qui apparaissent sont parfois des créatures mixtes, mi-hommes mi-bêtes, deux, ou mixtes avec des végétaux : coqs avec têtes humaines, chiens transportant des masques humains, archers hors de la bouche d'un poisson, dragons avec la tête d'un éléphant à l'arrière, singe jouant de l'orgue. Parfois en lien avec le texte de la page et les grandes miniatures, elles font généralement partie d'un régime plus large des marges décorées, bien que certaines soient effectivement ajoutées ultérieurement.

Exemples[modifier | modifier le code]

  • Un manuscrit, Les Heures de Croy, en a tellement qu'il est resté connu comme « Le livre des Drolleries ».
  • Un autre manuscrit qui contient de nombreux « drolleries » est le Psautier de Luttrell qui a des créatures hybrides et autres monstres sur beaucoup des pages.
  • Le psautier-livre d'Heures à l'usage de Metz réalisé dans les années 1300 apparaît comme un « monument » de l'enluminure médiévale, par sa richesse en enluminures de marge animalière notamment.

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Wirth et Engammare 2008, p. 11.
  2. Wirth et Engammare 2008, p. 182.
  3. Wirth et Engammare 2008, p. 185 et suivantes.
  4. Wirth et Engammare 2008, p. 207 à 220.
  5. Wirth et Engammare 2008, p. 220 à 223.
  6. Wirth et Engammare 2008, p. 228 à 230.
  7. Wirth et Engammare 2008, p. 252 et suivantes.
  8. Wirth et Engammare 2008, p. 276 à 305.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Denis Muzerelle, Vocabulaire codicologique : répertoire méthodique des termes français relatifs aux manuscrits, Paris, Éditions CEMI, (lire en ligne)
  • (en) Michelle P. Brown, Understanding Illuminated Manuscripts : A Guide to Technical Terms, Getty Publications, , 127 p. (ISBN 0-89236-217-0).
  • Jean Wirth et Isabelle Engammare (avec Herman Braet, Andreas Bräm, Frédéric Elsig, Adriana Fisch Hartley, Céline Fressart), Les marges à drôleries des manuscrits gothiques (1250-1350), Genève, Librairie Droz, , 413 p. (ISBN 9782600012317 et 2600012311).
  • (en) Alixe Bovey, Monsters and Grotesques in Medieval Manuscripts, University of Toronto Press, 2002.
  • (en) Michael Camille, Image on the Edge: The Margins of Medieval Art, Harvard University Press, 1992.

Articles connexes[modifier | modifier le code]