Conte populaire au Maroc

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Le conte populaire au Maroc est un récit ou une histoire, raconté le plus souvent de bouche à oreille pour les jeunes générations. Dans le paysage culturel marocain, le conte populaire est l’une des manifestations spectaculaires de la mémoire collective et individuelle à la fois, du partage de cette mémoire dite, oralisée, racontée, autour d’un orateur doué, fort de sa parole et porteur d’un héritage en mots qu’il transmet par la même voie(x) orale[1].

Origine[modifier | modifier le code]

Dans le cercle familial, c'était généralement les personnes âgées, symboles de sagesse et d'expérience, qui racontaient, toujours oralement, ces récits aux plus jeunes, contes qu'elles ont elles-mêmes appris de leurs aïeux. Mais, quoi qu'il en soit, au Maroc comme ailleurs, si les contes, ces histoires venues de la nuit des temps, ont réussi à traverser les époques, les lieux et les civilisations, volant d'oreille en oreille, de lèvres en lèvres, cela amène parfois à ceux que ces récits soient modifiés ou deviennent plus subjectifs.

Les femmes jouent un rôle éminent dans la transmission et la conservation de ces contes populaires[2].

A qui s'adresse le conte traditionnel marocain ?[modifier | modifier le code]

Le conte traditionnel marocain ne s’adresse pas forcément à ceux auxquels on pense systématiquement, autrement dit les enfants. Il faut en effet rappeler qu'au départ, le conte traditionnel marocain proprement dit – avec ce qu'il implique comme dimension purement orale – n'était pas destiné aux enfants, ou en tous cas pas uniquement à ces derniers, mais à toute la communauté. Petits et grands, on se rassemblait dans les souks autour des « halkates » pour écouter les conteurs, ces magiciens de la parole, narrer de fascinantes histoires intemporelles.

Sens du conte populaire[modifier | modifier le code]

Le conte marocain est une création du peuple pour le peuple. Une parole vivante et féconde, reflet de l’intérieur des Marocains et de leurs rapports à la collectivité. Ses intrigues, ses dénouements, ses personnages archétypaux (créatures aux dons surnaturels, héros intrépides, ogres, marâtres méchantes ou orphelins opprimés, seigneur juste ou totalitaire, djinns bienfaisants ou esprits maléfiques, etc.) et ses animaux (bêtes ou rusés) sont porteurs de codes sociaux et de valeurs morales que le peuple assimile, de façon très souvent inconsciente, à son insu. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que le conte est très souvent irréel, le lieu et l'époque n'étant jamais définis avec exactitude.

La portée symbolique du conte est donc très grande ; sa fonction de régulation sociale également. Il rappelle à chacun les valeurs humaines fondamentales nécessaires à la vie en communauté (partage, humilité, bonté, pondération, etc.), apaise les craintes, apporte des réponses aux angoisses existentielles, à la peur de l'inconnu, mais aussi des solutions aux soucis de tous les jours. Chaque société adapte ensuite le conte à ses spécificités propres et aux messages qu'elle cherche à transmettre à ses membres.

Évolution du conte populaire[modifier | modifier le code]

Il y a réellement urgence de transcription et de collecte des contes traditionnels marocains. Il y va de l’identité marocaine même. La dernière génération qui détient encore ses contes oraux en mémoire est en train de partir, emmenant avec elle ce patrimoine historique et socioculturel considérable. La démocratisation de la télévision a chamboulé beaucoup de choses, son entrée massive dans les foyers marocains représente aussi un obstacle de taille au maintien et au développement du conte[3].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Le conte populaire marocain, entre sauvegarde et renouveau », sur Conteries .... Fatima Zahra Salih, (consulté le 17 octobre 2020).
  2. El Mostafa Chadli, « Conteuses arabophones et berbérophones », in Béatrice Didier, Antoinette Fouque, Mireille Calle-Gruber dir., Le dictionnaire universel des créatrices, Paris, Éditions des femmes (en ligne).
  3. « Le conte traditionnel marocain est un patrimoine culturel qu'il importe de préserver. Entretien avec Nadia Essalmi, directrice des Editions Yomad, qui essaie de réhabiliter ce genre littéraire. "Il faut transcrire nos contes traditionnels" », sur Maghress (consulté le 17 octobre 2020).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • El Mostafa Chadli, Le Conte merveilleux marocain, sémiotique du texte ethnographique, Rabat, Publications de la faculté des lettres et des sciences humaines, 2000.
  • El Mostafa Chadli, Contes populaires de Maknassa (Maroc), Paris, L'Harmattan, 2006.
  • Légey (Doctoresse), Contes et légendes populaires du Maroc recueillis à Marrakech et traduits, Paris, Ernest Leroux, 1926 ; réimpr., Casablanca, Éd. du Sirocco, 2010. (ISBN 9789954885109) (en ligne)
  • Alphonse Leguil, Contes berbères de l’Atlas de Marrakech, Paris, L’Harmattan, 1988.
  • Najima Thay Thay Rhozali, L'ogre entre le réel et l'imaginaire dans le conte populaire du Maroc, Paris, L'Harmattan, 2000, 274 p. (ISBN 9782296410053)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]