Chiffre des francs-maçons

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Lettre datée de 1885 contenant de nombreux glyphes, dont une ligne utilisant le chiffre des francs-maçons.

Le chiffre des francs-maçons, aussi appelé chiffre pigpen, ou chiffre du parc à cochons, est un chiffrement élémentaire par substitution monoalphabétique qui s'appuie sur une construction géométrique mnémotechnique. Possédant de nombreuses variantes, et étant simple à utiliser, il possède surtout une valeur pédagogique, artistique, et dans une certaine mesure, historique. Comme toutes les substitutions du même type, ce chiffrement n'oppose aucune difficulté à la cryptanalyse et n'a donc aujourd'hui pas d'application industrielle, commerciale ou militaire. Utilisé sporadiquement par quelques sociétés secrètes ou occultistes, le chiffre des francs-maçons est aujourd'hui l'une des substitutions simples les plus connues[1],[2].

Principe général[modifier | modifier le code]

Le chiffre des francs-maçons est une substitution simple, où chaque lettre de l'alphabet est remplacée par un symbole géométrique. Ce symbole pourrait en principe être arbitraire ; ce qui caractérise le chiffre des francs-maçons et ses variantes c'est l'utilisation d'un moyen mnémotechnique géométrique pour attacher à chaque lettre son symbole.

La grille mnémotechnique est construite en regroupant les lettres de l'alphabet latin dans des grilles carrées, de taille 2×2 ou 3×3. Si plusieurs grilles de même taille sont présentes, on les distingue par un point (ou tout autre marque diacritique). L'apparence de cette grille évoque un parc à cochons stylisé, d'où l'un des noms de ce chiffre.

En considérant deux groupes de 9 lettres, et deux groupes de 4 lettres, dans l'ordre alphabétique, on obtient la grille suivante :

Grille mnémotechnique du chiffre des francs-maçons. En bas, le message « wikipedia » est écrit au moyen des symboles correspondants.
Symboles issus de la grille mnémotechnique ci-dessus.

Variantes[modifier | modifier le code]

Il existe de nombreuses variantes de ce chiffre, qui s'articulent sur une ou plusieurs des modifications suivantes :

  • L'ordre des lettres peut ne pas suivre l'ordre alphabétique ;
  • Des grilles de différentes tailles peuvent être utilisées ;
  • L'alphabet utilisé peut être une extension de l'alphabet latin, pour inclure par exemple des diacritiques ou certaines ligatures propres à la langue utilisée, ou au contraire pour réduire le nombre de signes en fusionnant les allophones ou quasi-allophones[3] (ainsi I = J, C = K = Q, U = V = W, etc.) ;
  • Des symboles plus précis que les points (ou plusieurs points) peuvent être utilisés pour distinguer plusieurs grilles de même taille[4],[5] (par exemple dans le chiffre dit des templiers, qui utilise uniquement des grilles 2×2).
Variante possible de la grille mnémotechnique pour le chiffre des francs-maçons.

Histoire[modifier | modifier le code]

D'après Cornelius Agrippa, une version primitive de ce chiffre était en usage chez les membres de la rose-croix autour du XVIe siècle, qui reposait sur l'alphabet hébreu. Toujours selon Agrippa, le rôle de ce remplacement des lettres par des symboles était d'abord lié à des raisons cultuelles, plutôt qu'au souci de protéger le contenu des messages ainsi écrits.

C'est surtout au XVIIIe siècle que la rose-croix et la franc-maçonnerie commencent une utilisation plus systématique du chiffre à des fins de confidentialité[6], pour conserver notamment les rites et minutes de leurs rencontres, et pour la communication entre responsables de loges[5]. Avant la fin du XVIIIe siècle, le chiffre commence à sortir des cercles maçonniques et apparaît par exemple dans certains manuels de terrain à destination des soldats combattant dans l'armée continentale au cours de la guerre d'indépendance des États-Unis[6].

Il est encore et surtout utilisé à des fins de divertissement[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en) Martin Gardner, Codes, ciphers, and secret writing, Dover, , 96 p. (ISBN 0-486-24761-9, OCLC 10725923, lire en ligne)
  2. (en) David Kahn, The codebreakers : the story of secret writing, Scribner, (ISBN 0-684-83130-9, OCLC 35159231, lire en ligne)
  3. Gabriel Louis Calabre Pérau, L'Ordre des francs-maçons trahi, et le Secret des Mopses révélé, Amsterdam, , 292 p. (ISBN 978-0-543-73526-3)
  4. (en) Wayne G. Barker, The history of codes and ciphers in the United States during the period between the World Wars, Aegean Park Press, (ISBN 0-89412-026-3, OCLC 4017324, lire en ligne), p. 40
  5. a et b (en) Fred B. Wrixon, Codes, Ciphers & Other Cryptic & Clandestine Communication : Making and Breaking Secret Messages from Hieroglyphs to the Internet, Black Dog & Leventhal Publishers, Inc., , 704 p. (ISBN 1-57912-040-7, OCLC 40126380, lire en ligne), p. 27, p. 182
  6. a et b (en) Fletcher Pratt, Secret and urgent : the story of codes and ciphers, Aegean Park Press, , 282 p. (ISBN 0-89412-261-4, OCLC 36653054, lire en ligne), p. 142

Annexes[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]