Chatouillement

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Le chatouillement, dit familièrement chatouilles ou guili guili, consiste à exciter l'épiderme d'une personne dans le but de la faire rire.

Étymologie[modifier | modifier le code]

En ancien français, « chatouiller » se disait catiller ou catouiller ; bien que l'origine soit incertaine, plusieurs hypothèses ont été avancées. Graziadio Ascoli postule que « chatouiller » et ses équivalents dans les autres langues romanes proviennent, via les termes dérivés catrulus, catriculus, catuculus, catruccius du latin catus, chat[1]. Chatouiller pourrait également être rapproché du latin catullire (être en chaleur) qui aurait évolué en catulliare et aurait eu le sens de « faire éprouver »[2].

L'hypothèse la plus probable reste celle d'une origine pré-latine : la succession de consonnes « k-t-l » se retrouve dans plusieurs langues indo-européennes[3]. On trouve par exemple kittle en anglais, kitla dans les langues scandinaves, kitzeln en allemand. De même dans les langues gallo-romanes (katle). On rapproche k-t-l de g-t-l, et catillier donne gatillier ou dans les parlers du midi gatilha. Ces derniers termes évoquent grata (de fait, les chatouillements reviennent à un léger grattage)[4].

Physiologie[modifier | modifier le code]

Les gargalesis sont considérées comme étant limitées aux humains et aux autres primates, mais des études ont montré que les rats y sont sensibles[5]. Cette sensation se réfère à un sentiment agréable (qui provoque le rire ou annonce d'autres comportements identiques) causé par une pression plus profonde transmise au-delà de la peau vers diverses régions du corps[6].

Se chatouiller soi-même[modifier | modifier le code]

Depuis au moins Aristote, il est établi que dans la plupart des cas, lorsqu'une personne se chatouille elle-même, celle-ci ne ressent pas les mêmes sensations que si le chatouillement est administrée par une tierce personne[7]. Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer ce phénomène : la prédictibilité de la simulation, la présence d'une rétroaction de la part du bras effectuant la chatouille, la présence d'une décharge corollaire due au mouvement du bras effectuant la chatouille ou l'absence de contexte social ou sexuel[8]. Diverses expériences ont été réalisées afin d'expliquer ce phénomène.

Au laboratoire de psychologie de l'université de Cambridge, des expériences réalisées en 1971 avec une machine permettant de se chatouiller de façon automatique ont montré de façon expérimentale que lorsqu'une personne se chatouille elle-même, la sensation est beaucoup moins importante que lorsque la chatouille est administrée par une tierce personne[9].

Une autre étude utilisant un robot fut réalisée à l’Institut de neurologie de Londres. Dans le premier cas, lorsqu'un robot contrôlé de l’extérieur stimule les patients, la sensation de chatouillement est normalement perçue. Dans la seconde expérience, les sujets disposaient d’un bouton de commande du robot chatouilleur, ce qui finalement ne produisait aucune réaction. Dans la troisième expérience, les sujets commandaient le robot dont les stimulations étaient décalées de quelques fractions de secondes. À partir d’un délai d’un cinquième de seconde, les sujets répondaient à la stimulation. Ces expériences montrent qu'une zone du cervelet est active et qu'une anticipation des conséquences, en avertissant le cerveau, permet de ne pas tenir compte des stimulations à venir. La troisième expérience montre que l'avertissement du cervelet vers le cerveau est limité dans le temps et qu'après un certain délai, le cerveau réagit à nouveau à la stimulation. Cela nous montre également que le cerveau est capable de filtrer les messages sensoriels provoqués par nos propres actions, afin de rester réceptif aux messages venant de l'extérieur[10].

Torture par chatouillement[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Chatouillement (torture).

Le chatouillement ne peut être ressenti que dans une situation de relative confiance en l'autre. En effet les sensations ne passant pas par le système nociceptif (de la douleur) le cerveau peut donc « choisir » l'impact d'une sensation. L'état mental est primordial dans la perception des chatouilles. Lors d'une séance annoncée de torture, la confiance est absente. Mais il est tout à fait possible de torturer sérieusement quelqu'un en le chatouillant[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Définition de « chatouiller », Littré (1863-1877).
  2. (Auguste Scheler 1862, p. 58)
  3. Définition de « chatouiller », Centre national de ressources textuelles et lexicales.
  4. Dictionnaire étymologique de la langue française, PUF, 1975
  5. (en) Panksepp J, Burgdorf J, « "Laughing" rats and the evolutionary antecedents of human joy? », Physiol. Behav., vol. 79, no 3,‎ , p. 533–47 (PMID 12954448, DOI 10.1016/S0031-9384(03)00159-8, lire en ligne)
  6. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte ; aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Selden, S. T. 2004
  7. Harris CR, Christenfeld N, Can a machine tickle?, Psychon Bull Rev. 1999 Sep;6(3):504-10.
  8. Claxton, G. (1975). Why can’t we tickle ourselves?. Percept. Mot. Skills 41, 335-338
  9. L. Weiskrantz, J. Elliott & C. Darlington, Preliminary Observations on Tickling Oneself, Nature 230, 598 - 599 (30 April 1971)
  10. Paul M. Bays, Daniel M. Wolpert and J. Randall Flanagan, Perception of the Consequences of Self-Action Is Temporally Tuned and Event Driven, Current Biology, Vol 15, 1125-1128, 21 June 2005
  11. P. H. Benamou, Erotic and sadomasochistic foot and shoe, Médecine et Chirurgie du Pied, Volume 22, Number 2 / juin 2006

Bibliographie[modifier | modifier le code]