Brillant et mat

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Tissu brillant : satin.

Le brillant et le mat sont des caractéristiques opposées d'une couleur, que la colorimétrie mesure par la différence entre la réflexion diffuse et la réflexion spéculaire d'une surface.

La lumière se reflète dans une couleur brillante, alors que l'aspect d'une couleur idéalement mate est identique dans toutes les directions d'observation et de lumière.

Les peintures prévues pour la décoration se vendent en qualité mate ou brillante. En jargon professionnel, on parle de gloss.

Propriété des couleurs[modifier | modifier le code]

La brillant ou la matité est, au même titre que la couleur, une qualité de l'apparence visuelle de des surfaces, au même titre que la couleur, dont elle ne se détache pas aisément.

Exemple : lustré, moiré, mordoré :

« On était pimpant, lustré, moiré, mordoré, voltigeant, mignon, coquet, ce qui n'empêchait pas d'avoir l'épée au côté », écrit Victor Hugo dans Les Misérables.

Les trois adjectifs lustré, moiré, mordoré, qualifient l'aspect du vêtement des personnes décrites. Lustré implique un reflet diffus, moiré une couleur changeante selon l'angle, et mordoré une couleur sombre à reflets dorés.

La colorimétrie a concentré son effort sur la caractérisation des rayonnements lumineux sans se soucier de l'aspect brillant ou mat de la couleur. Les noms et adjectifs de couleur ne s'y appliquent pas explicitement : il n'en existe pas qui s'applique exclusivement à une couleur de l'une ou l'autre sorte. Ce n'est pas le cas en japonais[1]. De même, le latin distinguait le blanc mat, albus, du blanc brillant candidus, aussi bien que le noir mat ater que le noir brillant niger[2].

Évaluation[modifier | modifier le code]

Le brillant sensoriel s'évalue, sans mesure, en examinant si on peut voir en reflet sur la surface, une image comme la croisée d'une fenêtre. Plus celle-ci est nette et contrastée, plus la surface est brillante. On peut ainsi classer des échantillons.

Les mesures du brillant objectif s'effectuent en éclairant la surface avec une source ponctuelle, et en mesurant la luminance à des angles fixés par une convention.

Une surface peut présenter des brillants différents selon l'orientation de la mesure. C'est le cas par exemple des tissus de satin. Ces variations, et d'autres, plus directement rattachées à la distinction difficile entre réflexion spéculaire et réflexion diffuse, font que les évaluations de brillant ne donnent une cote utilisable que pour des surfaces de même nature. On compare un papier avec un papier, une peinture automobile avec une peinture automobile.

Difficultés de la caractérisation[modifier | modifier le code]

Les praticiens de l'éclairage ont en général une bonne notion de la brillance des objets, et en tirent les conséquences nécessaires pour leur art. Mais il est très difficile de donner des caractéristiques numériques qui permettraient de comparer deux surfaces sur catalogue.

Définir le brillant comme la différence entre la réflexion diffuse et la réflexion spéculaire implique que l'on sache faire la différence entre les deux.

Dans l'examen visuel du matériau avec une croisée de fenêtre, cette différence suppose que ce que l'on voit est l'image nette de la fenêtre, produite par la réflexion spéculaire, à laquelle se superpose un voile uniforme produit par la réflexion diffuse. Cependant, la plupart du temps, ce que l'on voit est l'image floue et voilée de la croisée.

Dans la plupart des matériaux, il n'y a pas à proprement parler de réflexion spéculaire. À un certain angle, qui n'est pas forcément égal à l'angle d'incidence de la lumière, la réflexion atteint un maximum.

La comparaison du brillant de deux états de surface requiert ainsi une assez grande quantité de données, supérieure à celles nécessaire pour caractériser une source primaire, et constitue au début du XXIe siècle, un domaine de recherche d'autant plus important que la production de surfaces (comme les peintures) devient indépendante de la production des objets qu'elles couvrent (comme les automobiles).

Matières mates et brillantes[modifier | modifier le code]

La matité d'une peinture dépend de son état de surface. La rugosité s'associe généralement à la matité. On l'obtient en associant au liant des charges quand la granularité de pigment lui-même est insuffisante. Pour éviter l'opacité, qui empêche d'atteindre la profondeur de coloration, on formule les peintures avec des mélanges de charges comme le talc ou les silices synthétiques. La contraction des vernis lors du séchage favorise aussi la matité (PRV2). La peinture métallisée utilisée pour les automobiles augmente le brillant par l'inclusion dans une peinture transparente de fines plaquettes métalliques.

Le mode de tissage et de préparation influe sur la brillance d'un tissu. Le satin et le bazin obtiennent un aspect brillant par des moyens radicalement différents.

Gloss[modifier | modifier le code]

Le terme anglais gloss désigne souvent un indice de brillance d'un vernis dans les applications de vernis et de peintures dans les domaines de l'ameublement et de l'automobile.

Plus l'indice est élevé plus le vernis est brillant. On les classe généralement de la manière suivante :

  • plat (ultra mat) : 1-9% gloss
  • mat : 10-19% gloss
  • coquille d'œuf : 20-29% gloss
  • satiné : 30-45% gloss
  • semi-brillant : 46-69% gloss
  • brillant : 70-89% gloss

Ce classement change en fonction des fabricants et des angles de mesure par un gloss-mètre. Cela fait aussi varier la couleur de la peinture ou la teinte du vernis.

Le terme s'utilise aussi pour les papiers destinés à l'imprimerie ou à la photographie.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Éclairage », dans Commission électrotechnique internationale, CEI 60050 Vocabulaire électrotechnique international (lire en ligne), p. 845-04-73 « Brillant »
  • Jean Petit, Jacques Roire et Henri Valot, Encyclopédie de la peinture : formuler, fabriquer, appliquer, t. 1, Puteaux, EREC, , p. 402 « Brillant »
  • Jean Petit, Jacques Roire et Henri Valot, Encyclopédie de la peinture : formuler, fabriquer, appliquer, t. 2, Puteaux, EREC, , p. 83 « Mat »
  • Robert Sève, Science de la couleur : Aspects physiques et perceptifs, Marseille, Chalagam, , p. 255-295.
  • (en) Robert Sève, « Problems connected with the concept of gloss », Color Research and application,‎ (présentation en ligne)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel Pastoureau, Dictionnaire des couleurs de notre temps, symbolique et société, Bonneton, , 2e éd..
  2. Michel Pastoureau et Dominique Simonnet, Le petit livre des couleurs, Paris, Éditions du Panama, coll. « Points », , p. 48.